Archive pour la catégorie ‘Sebastien Girard’
Histoire d’un immigrant illégal
Bonjour à tous,
Eh oui, aujourd’hui est ma dernière journée de travail et comme dernier commentaire, j’ai envie de vous raconter l’histoire de mon ami Giovanni. Giovanni à 37 ans et il est professeur d’anglais pour l’organisation où je réalise mon stage. Il est professeur d’anglais car il a habité aux Etats-Unis durant 20 ans, de façon illégale. Voici ce qui il a bien voulu me raconter de son périple.
À 17 ans, voyant son père travailler des journées entières pour un salaire misérable, Giovanni décide de partir pour les Etats-Unis. Avec 6 autres de ses copains, tous mineurs, et 50 quetzals en poche (7$), il quitte la ville de Guatemala à pied pour les Etats-Unis. Il traverse le Mexique en 19 jours, suivant les voies ferrées, dormant dans la rue et dans les cimetières, se faisant pourchasser par des gardes armées et se faisant parfois tirer dessus. Des sept jeunes qu’ils étaient au début, seulement 4 atteignent le Rio Grande, la frontière entre le Mexique et le Texas. Il traverse la rivière à la nage. En arrivant de l’autre côté, épuisé, ses copains et lui, ainsi que les autres Mexicains qui ont traversé, se font attraper par les agents de l’immigration américaine. Les Mexicains sont immédiatement retournés de l’autre côté de la frontière. Ses copains et lui ont semble-t-il de la chance ce jour-là. Puisque le Guatemala est toujours en guerre civile à ce moment, ils ont le droit de se qualifier pour le statut de réfugié politique. Pour cela cependant, ils doivent se présenter devant un responsable de l’immigration à Houston d’ici trente jours.
À ce moment commence alors la lutte pour le rêve américain. Il marche vers Houston qui est à environ 400 km d’où il se trouve. Il rencontre des gens qui lui donne un petit coup de main, il dort dans des granges et fait des petits boulots. Une fois enregistré, il travaille 12 heures par jour dans un champ de tabac en virginie, dormant dans une cave sans fenêtre sur un matelas à même le sol et sans couverture. Il parvient à économiser et à rembourser le transport de Houston à la Virginie de 500$. Il apprend l’anglais, avec un dictionnaire et quelques livres. Sa situation s’améliore, il obtient une fausse Carte verte (Green Card) qui lui permet de se trouver de meilleurs emplois en attendant d’avoir une vraie Carte verte. Il finit par s’en sortir et vivre une vie normale.
Un jour cependant, en revenant de la plage en Caroline avec ses copains, d’autres latinos, il se fait arrêter par la police pour une inspection de routine. Vérifiant ses papiers, la police s’aperçoit que quelque chose cloche. La police de l’immigration arrive quelques minutes plus tard. Son statut de réfugié politique n’est plus valide. Il devait le renouveler, mais la documentation fut envoyée à son ancienne adresse. Il est donc arrêté et emprisonné.
Il passe 16 mois en prison et il rencontre 4 juges. À chacune de ses rencontres, le jugement est remis à plus tard. Le quatrième juge statue finalement qu’il est illégal dans le pays puisque son pays est maintenant en paix. S’il veut porter le jugement en appel, il devra attendre 18 à 24 mois derrière les barreaux le nouveau jugement. Fatigué et désabusé, il décide de revenir au Guatemala. Le juge lui dit qu’il sera dans le prochain avion pour le Guatemala. Il passe tout de même 2 mois supplémentaires en prison à attendre ce prochain avion!
Une fois revenu dans sa terre natale, il ne reconnaît plus rien. Il tente de refaire sa vie. Il travaille comme professeur d’anglais 7 jours sur 7. Il travaille fort, il est toujours à l’heure, toujours motivé et ses étudiants l’adorent. Malgré tout, recommencer sa vie après avoir passé 20 ans aux Etats-Unis, après avoir eu son emploi, son appartement et ses amis là-bas, n’est pas une chose facile.
Et moi, j’ai écouté son récit tout en remplissant son verre et le mien de rhum et de coke, sans réfléchir. Je me disais peut-être que ça allait lui donner un baume sur ses plaies et que ça m’aiderait à diminuer mon malaise. Diminuer mon malaise d’être né dans un pays riche et en paix, dans une bonne famille, où j’ai eu la chance d’étudier, de voyager et de m’amuser. Avec du recul, je crois que je n’ai aucune raison d’être mal à l’aise. Je n’ai pas pris la place de personne en naissant au Canada. J’ai eu de la chance certes, mais je n’ai pas à me sentir coupable de quelque chose dont je ne suis pas responsable.
J’écris tout cela non pas parce que je cherche à finir mon stage sur une note triste. Je crois cependant que souvent nous attendons parler des immigrants illégaux aux Etats-Unis et qu’il nous est impossible de mettre un visage sur ces gens. Je tenais à fournir un de ces visages afin d’apporter une touche humanité sur le sujet très controversé des immigrants illégaux.
Alors voilà, je crois que cela consistera en mon dernier commentaire. Peut-être j’en ferais un dernier une fois de retour. Je verrai.
À bientôt, peut-être,
Sébastien
Plus qu’une semaine
C’est pratiquement la fin. Il ne me reste plus qu’une semaine de travail et mon stage au Guatemala sera terminé. Cette semaine, j’ai terminé mon rapport sur les réformes que je propose. Tous mes autres mandats ont été finalisés la semaine passée. Il me reste qu’à présenter le tout au directeur général lors d’une réunion mercredi prochain. Je vais donc avoir beaucoup de temps pour avancer mon rapport de stage la semaine prochaine.
Je suis plutôt content que mon stage se termine enfin. J’ai hâte de revoir ma copine, ma famille et mes amis et de profiter des quelques jours d’été qu’il va me rester à mon retour. Ce n’est pas la première fois que je pars pour un long séjour à l’étranger mais c’est la première fois que j’ai si hâte de retourner à la maison. De plus, je sens que j’ai vraiment fait le tour de la question avec mon organisme d’accueil. Comme j’ai dit, mes mandats sont terminés et ils ne m’ont pas impliqué dans d’autres projets, et ce malgré mes demandes répétées. Je suis donc très enthousiaste de rentrée à la maison et d’entreprendre de nouveaux défis!
À bientôt,
Sébastien
Un concentré de péripéties
Bonjours à tous,
Depuis mon arrivée au Guatemala, j’avais plutôt été chanceux. J’avais réussi à mener une petite vie tranquille sans trop de problèmes et de mésaventures. Les choses ont drôlement changé dans la dernière semaine.
Tout d’abord, j’apprends, il y a un peu plus de deux semaines, la mort de ma grand-mère que j’aimais énormément. Je décide donc de me prendre un billet d’avion pour un aller-retour éclaire à Montréal afin d’assister au service de ma grand-mère et de soutenir un peu ma mère dans cette épreuve. Le billet est du 15 au 21 juillet sur les ailes de American Airlines. À partir de ce moment, les mésaventures se sont poursuivies en rafale! En voici le résumé :
Le 14 juillet, une journée avant mon départ, mon ordinateur refuse d’ouvrir. Il semble avoir un problème avec le système d’exploitation! La bonne nouvelle, je retourne au Québec et il me sera plus facile de me le réparer là-bas. La mauvaise nouvelle, je n’ai pas fais de back-up de mon travail. Le fruit de mes deux mois de travail est peut-être perdu… un peu stressant!
Toujours le 14 juillet, en soirée, je souffre d’une intoxication alimentaire. Je passe ma nuit au toilette et ne dort que 3 petite heures. Moi qui voulais me coucher tôt pour mon vol le lendemain matin, eh bien c’est raté!
Dans l’avion le 15 juillet, suite à mon manque de sommeil, j’attrape un bon rhume de je ne sais qui. J’ai donc passé toute la semaine à Montréal à ne pas pouvoir embrasser mes proches et ma copine car je ne voulais pas leur transmettre ma maladie. Excellant timming pour tomber malade!
Le 21 juillet, pour mon vol de retour, l’avion a un problème mécanique. La compagnie s’en rend compte une fois que tout le monde est dans l’avion. J’attends un bon 6h30 supplémentaire à Montréal. Au lieu de partir à 13h00, l’avion décolle vers 19h30. Je manque évidemment mon second vol à Miami. Je fais donc la queue pour avoir droit à ma chambre d’hôtel et à mon petit coupon de repas. Je finis par avoir ma chambre vers 1h30 du matin. Je reprends un autre vol le lendemain matin et une fois arrivée à l’aéroport, ma valise, elle, n’y est pas. Il fallait s’y attendre avec tout ce chamboulement dans mon horaire! Je le mentionne à la responsable et elle me dit qu’elle devrait arriver demain! Je l’espère car je ne vais pas faire long feu sans mes effets personnels!
Malgré tout cela, je suis resté très zen dans toutes ces aventures : Mon ordinateur fut réparé à Montréal et toutes les mésaventures de vols ne m’ont coûté que du temps et beaucoup d’énergie et de patience. Ma valise m’a finalement été livrée et mes back-up sont faits.
Je suis donc de retour au bureau et je débute le dernier droit de mon stage. Il ne me reste que 3 semaines environ. Cela me devrait être suffisant pour terminer mes dossiers et avancer un peu mon rapport de stage. Je devrais être amplement occupé dans les prochaines semaines!
Sébastien
Les restes de 30 ans de guerre civile au Guatemala
En 1996, un accord de paix historique entre les rebelles et l’armée guatémaltèque fut signé, mettant fin à 30 ans de guerre civile. Les deux côtés procédèrent à des exactions terribles contre la population locale durant ces 3 décennies. D’ailleurs, pour que la population puisse se protéger elle-même, le gouvernement eut l’idée à un certain moment d’armer ses propres citoyens! Une fois la paix revenue, il va sans dire que ces quantités phénoménales d’armes furent recyclées par le crime organisé et les bandes armées.Ainsi, chaque jour les nouvelles font état de plusieurs morts par balle. Les causes sont multiples : règlement de compte, vol, extorsion, etc. Il n’est pas rare que ce soient des jeunes, parfois de 14 ou 15 ans, qui commettent ces crimes. Donc, la ville n’est pas des plus sécuritaires. Certes, il y a des quartiers pires que d’autres. Moi, j’ai la chance d’habiter le quartier historique et commercial. Il y a donc une foule de policiers et chaque commerce possède un moins un garde armé pour le protéger, souvent avec un fusil de calibre 12. Plus le fusil est gros, plus c’est intimidant. Néanmoins, il y a aussi eu des attaques contre bus touristiques, des enlèvements de touristes et des viols. Les étrangersn’y échappent donc pas.Tout récemment, le gouvernement a interdit d’être deux ou plus sur une moto. Trop de meurtres avaient été effectués à partir d’une moto. La deuxième personne abattait en pleine course une personne dans la rue alors que le conducteur se chargeait de prendre la fuite. Je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai pas l’impression que le taux de meurtres va diminuer malgré ce règlement…Autre événement, quelques semaines après mon arrivé, il y eu une grève des chauffeurs d’autobus. Deux de leurs collègues avaient été abattu car ces derniers avaient refusé de payer les montants que des gangs armées tentaient de leur extorqué en échange du droit de passage sur leur «territoire».Dans la ville, pour ces raisons de sécurité, tout se termine à vers 20h00. La population rentre chez elle après le travail et y reste pour la soirée. Sortir, c’est courir après les problèmes. Il n’y a que le vendredi, soirée traditionnelle pour sortir et festoyer, qu’il y a plus de gens dans les rues.De mon côté, je suis très prudent. Je prends des rues qui sont sécuritaires et je ne sors pas une fois le soir tombé. Malheureusement, cela a pour conséquence que mes soirées sont plutôt tranquilles et solitaires. En effet, comme tout le monde reste chez soi, eh bien j’en fais autant. Je me suis fait une petite routine, mais disons que j’ai souvent hâte au vendredi où je peux sortir sans trop de souci pour ma sécurité!Voilà, à bientôtSébastien
La routine…déjà!
Bonjour à tous,
Petite semaine tranquille au boulot. J’ai avancé mes différents dossiers de manière productive. Je me suis habitué au rythme de travail de l’organisation, rythme qui n’est pas nécessairement plus lent comme les clichés sur l’Amérique latine nous le présentent, mais tout simplement différent. Par exemple, tout le monde ici travaille très fort, cela ne fait aucun doute. Mais tout le monde semble être à la dernière minute. Je crois que cela s’explique non pas par un manque de planification, mais plutôt par un manque de personnels. Tout le monde a toujours quelque chose à faire qui est à remettre immédiatement.
De mon côté, je suis moins dans le stress de l’immédiat puisque mon travail consiste en un travail d’analyse et de recommandation. Je suis donc dans le moyen et long terme. Je brasse des idées et des concepts. Je suis donc dans une ambiance totalement différente de celle de mes collègues. Ce qui explique pourquoi j’ai parfois de la difficulté à avoir du temps avec eux. Dans leur échelle de priorités, la réforme du Parque de service technologique ou la mise à jour du cahier de postes de l’institution leur semblent très loin en comparaison au quotidien qui est très pressant. Je réussis malgré tout à bien avancer mes choses. Je me suis adapté et je demande maintenant mes rencontres une semaine à l’avance. De cette façon, je ne manque pas de boulot et mes dossiers avancent de façon régulière.
Sur une note personnelle, ma copine arrive aujourd’hui! Nous allons passé environ trois semaines ensemble et nous allons profiter des fins de semaine pour visiter le pays. Jusqu’à maintenant, je me suis promené dans la ville de Guatemala, mais je n’en suis jamais sorti. J’ai bien hâte de voir un peu de pays et de découvrir le Guatemala, pays qui me semble extrêmement joli!
Voilà les dernières nouvelles, bonne semaine à tous.
Sébastien