Archive pour la catégorie ‘Rachel Vincent’

En vacances

Bonjour à tous!

 Eh oui, mon stage s est déjà terminé.  Si les deux premiers mois m avaient paru assez longs, les trois derniers ont passé comme l éclair!!

Ma dernière semaine de travail fut occupée par l inauguration du Laboratoire organisationnel de terrain.  Cette activité fut de toute beauté ou du moins pour nous, les organisateurs.  En quoi consiste-t-elle?  C est la suite logique des ateliers de projets.  Nous présentons les cours techniques aux différentes communautés qui reçoivent  les ateliers de projets en lien avec les idées de projets de nos étudiants.  Toutefois, le but, c est qu eux-mêmes s organisent et prennent toutes les décisions.

Que faisons-nous?  Nous leur offrons les cours, les instructeurs et un budget et un certain soutien, surtout au début.  Lors de la réunion d information, ma collègue, après avoir introduit le laboratoire (très brièvement) dit aux participants (qui sont environ 200): « bon vous viendrez me voir quand vous serez organisés » et elle éteint le microphone et s assoit.

Je n oublierai jamais les visages des gens!  Tous sont restés silencieux sans bouger, certains incrédules, d autres effrayés, d autres persuadés que c était une blague et quand ils ont finalement saisi que Karol n allait pas reprendre la parole et qu elle disait vrai, s ils voulaient les cours, ils devaient s organiser, s ensuivit un mouvement de panique.  Mais on est beaucoup trop!  C est impossible de s organiser!  On vit trop loin les uns des autres!  On ne se connait même pas!  Tout le monde a des horaires différents!  Ils nous assaillirent de questions, mais tout ce qu on devait faire, c était leur dire, revenez-nous quand vous serez organisés!

 Eh bien, ce ne fut pas une mince affaire, mais après deux heures de tergiversations, nous étions face à un conseil de représentants élus par chacune des communautés!  C en était émouvant!

Cette activité sonna le glas de mon implication dans le projet directement au Costa Rica.  Parce qu en fait, je rapporte du travail au Canada.  Je dois terminer de faire l analyse des entrevues et monter le registre d entreprises de Bejuco.  Cette activité est prévue pour mon retour, car pour le moment, je suis en vacances!

J ai eu une formation finale avec AFS qui servait à nous préparer au choc du retour chez soi!  J;ai commencé à vivre le choc avec une copine québécoise ici avec qui je voyage.  Nous parlons le français le plus horrible qui soit, une sorte de dialecte à moitié français, à moitié espagnol avec des expressions espagnoles traduites littéralement en français et qui sonnent vraiment étrangement.  De plus, écrire ce blogue me prend vraiment beaucoup de temps, parce que je ne sais plus quels accents mettre sur mes a et mes e, ni comment s écrivent des mots d orthographe de base, je dois réfléchir vraiment fort pour écrire une phrase qui se tient plus ou moins… je ne veux pas penser à la rédaction de mon rapport de stage, ça me fait un peu peur!

Mais bon en attendant, le Costa Rica recèle mille richesses à explorer.  Avec des compagnes de la Suisse, de la Suède, de l Égypte et du Québec, je suis allée visiter un lieu qui s appelle Bahia Drake, situé au sud du Costa Rica.  Cet endroit, c est l idée exacte qu on se fait d une île déserte couverte par la jungle.  Nous avons vu toutes les bêtes imaginables dans la jungle, dans la mer, de nuit comme de jour!  J ai ensuite dirigé mes pas vers une petite ville dans les montagnes pour me délecter d un climat frais et pluvieux, ce que je n ai pas vu beaucoup dans les cinq derniers mois!  Je vous écris présentement d Arenal, où se dresse le volcan le plus connu du Costa Rica.  J ai profité des sources chaudes ce matin et ce soir je fais ce qui s appelle un Lava Tour, ça promet!

J en profite, parce que je sais que je ne chômerai pas à mon retour!  Et en passant, merci à Christina pour la divine description de Québec!  Ça me fait trépigner d impatience de rentrer d imaginer mon quartier de la basse-ville rempli de japonais!

Bonne St-Jean à tous, quant à moi, je serai à Québec pour la fête du Canada…  Bon stage à tous ceux qui ont mis les pieds dans des contrées étrangères récemment!

Dernier sprint

Et voilà.  Plus que 10 jours avant la fin de mon mandat.  10 jours durant lesquels je ne chômerai certainement pas.

Qu est-ce qui m’a occupé récemment?  Les fameuses activités de suivi.  En effet, une partie de mon mandat était de développer une méthodologie et des instruments afin de monter un registre des entreprises qui se sont créés à la suite des ateliers de projets dans la région de Bejuco (toujours au Guanacaste) et de faire l’analyse des impacts du cours.

Cette partie, je l’ai terminée il y a environ trois semaines.  On m’a donc programmé une sortie pour aller appliquer cette fameuse méthodologie.  Ainsi, du 26 au 28 mai, je suis restée dans une maison louée à un des participants aux ateliers qui a maintenant une entreprise d’hébergement.  Je disposais de tout ce dont j’avais besoin et même plus: une chambre confortable, deux salles de bain, une cuisine full equiped et même la télévision satellite, mais surtout une grande table ou je pouvais étendre toute ma paperasse!

Voici donc le mandat qui m’est imparti pour ces 3 jours.  Localiser les 60 personnes qui ont participé aux ateliers et réaliser une entrevue avec chacune d’entre elles (utilisant de ce fait même les instruments que j’ai développés).  Le hic, aucun transport motorisé n’étant disponible, je dois me déplacer en bicyclette!  J’hérite donc d’une bicyclette de très moyenne qualité, ce dont je ne me plaindrais pas normalement, mais le contexte cette fois-ci, est tout autre.  Le pueblo ou je suis logée, Corozalito est au niveau de la mer, sur le bord de la plage et c est bel et bien un trou, dans le sens ou la seule façon d’en sortir est en montant d’énormes côtes au nord comme au sud.  À l’ouest, c’est la jungle, à l’est c’est la mer.

Donc, ce vélo de piètre qualité ne m’a malheureusement guère servi à franchir les côtes (qui sont parmi les plus abruptes que j’aie eu la chance de contempler) puisque l’engrenage n’avait pas l air de servir à faire le changement de vitesse, le tout se faisant en effet de manière très aléatoire.  Bon, les côtes ce n’est pas tout.  J’ai deux jambes et il se trouve que je suis quand même en forme et donc, elles ne furent pas un défi insurmontable.

Je crois que réellement le pire fut que les routes sont pratiquement faites en pierres, non pas en douces pierres pavées ou en gravier, mais bien en grosses pierres rondes et pointues et donc la partie de mon corps qui a le plus souffert de cette balade, c’est sans aucun doute mon derrière!! Ah comme je m ennuyais de ces fameux bancs de gélatine…

Malgré toutes ces misères, ces trois jours furent des plus intéressants et des plus divertissants.  Eh oui, je me suis surprise à éprouver du plaisir dans l’exécution de cet effort physique intense.  C’est quand même pas tous les jours qu’on a l’occasion de se payer un trip de vélo de montagne dans une région reculée d’Amérique centrale.  De plus, le mandat de rencontrer les gens étaient des plus plaisants, c’était un peu comme un petit rallye : arriver dans un village, s’asseoir tranquillement avec une famille de ticos et prendre en note les adresses et les numéros de téléphone de tout le monde!

Les entrevues furent également des plus intéressantes.  Je ne veux pas tirer de conclusions hâtives, il me reste encore à faire l’analyse des résultats, mais c’est encourageant de voir le nombre de micro-entreprises qui se sont créées et de toutes les sortes : cabinas, atelier d’ébénisterie, restaurant, artisanat, production agricole, élevage, garage, crèmerie, construction, groupe folklorique, il ne manque rien!

Les gens sont très contents de se confier, de raconter leurs problèmes, comment ils les ont surmontés et c’est toujours un peu déconcertant (désolée pour le préjugé) d’être face à face à quelqu’un qui n’a pas terminé l’école primaire, mais qui discute aisément de l’instabilité des prix sur les marchés, d’une baisse de la demande et de ses nouvelles stratégies de commercialisation.

Miguel Sobrado, le coordonnateur du projet d’Alphabétisation entrepreunarial a toujours dit que le plus difficile dans ce projet, c’était faire confiance aux gens, croire que ceux-ci pouvaient surmonter les difficultés et se sortir eux-mêmes de leur pauvreté ou du moins améliorer sensiblement leurs conditions de vie.

Face à tous ces gens que j’ai rencontrés la semaine dernière, j’étais continuellement portée à les comparer avec les étudiants actuels des ateliers de projet, qui sont à l’étape de l’élaboration, qui prennent 10 minutes pour calculer un pourcentage, qui formulent leurs idées bien maladroitement.  Deux ans plus tard, avec l’expérience et la pratique, les participants de Bejuco sont beaucoup plus sûrs d’eux, ils ont assimilé les concepts et ils travaillent eux-mêmes au développement de leur communauté et de leur région.

Mon bilan de ce stage est extrêmement positif : j’y aurai fait de belles rencontres, j’aurai appris à travailler directement avec les communautés, j’aurai connu une réalité extrêmement différente de la mienne et par le fait même une conception de la vie différente.

C’est donc des projets pleins la tête que je serai de retour au Québec le 30 juin prochain!

Pilas, une des communautés cibles

Pueblo Nuevo, au nord de Pilas

Là où je me logeais

Une de ces fameuses côtes

Corozalito

Mon vélo prend une pause

Le cas Lagarto

Lagarto, c’est une petite communauté de pêcheurs située dans le district de 27 de Abril.  L’indice de pauvreté y est très élevé, l’unique source de revenus est la pêche, il n’y a pratiquement ni service ni commerce et les habitants ont conscience qu’ils vivent au moins 50 ans en arrière, mais ceux-ci n’ont jamais appris à rien faire d’autre que pêcher et donc, c’est ce qu’ils font.  Malgré sa situation en bord de mer et son climat ensoleillé, son éloignement l’a gardée à l’abri des touristes.   

Toutefois, on sait tous que c’est rarement bon pour une région de n’avoir qu’un seul moyen de subsistance.  Aussi, en avril dernier, est survenue une marée rouge dans les environs, qui a eu des conséquences dévastatrices sur la communauté.  Pendant des semaines, rien n’a pu être pêché et certaines zones n’ont pas encore été décontaminées. 

Lagarto est une des régions où nous sommes allées présenter le projet.  Comme ici, les pouvoirs municipaux se concentrent dans les villes et laissent les régions s’organiser elles-mêmes, pour contacter ces différentes communautés, nous avons passé par les leaders communautaires, c’est-à-dire le comité scolaire ou le comité de l’église.  À Lagarto, il n’existait aucune association de ce genre au moment de la convocation, puisque le comité scolaire venait de s’effondrer par manque de participation.  Nous avons donc convoqué un monsieur du nom de Don Luis Alberto Calderon, qui est un leader informel, dans le sens où, par lui-même, il prend des initiatives pour la propreté des lieux, le développement d’une coopérative de pêcheurs, etc. 

C’est donc à lui que nous avons confié la tâche d’informer les gens que nous viendrions faire une présentation de notre projet à Lagarto.  Il a réuni un certain nombre de gens et avec eux, nous réalisons un premier diagnostic du village, c’est-à-dire, les sources de revenus, les problèmes sociaux, les organisations existantes, etc.  Nous nous informons toujours du nombre de familles pour avoir une idée de la population et les gens présents (environ 25 personnes, la moitié étant des femmes et l’autre moitié étant des hommes) nous ont affirmé qu’il y avait environ 16 familles, ce qui nous a semblé tout à fait possible puisque Lagarto en entier ne contient qu’une seule rue et se traverse à pieds en 5 minutes. 

Quelle ne fut pas notre surprise et notre déception de ne voir seulement que 10 personnes inscrites au cours et parmi ces dix personnes, aucune femme et pratiquement que des membres de la future coopérative de pêcheurs.  Cela nous a intrigué.  Nous nous sommes donc rendus à la municipalité pour faire des recherches sur la communauté et avons découvert qu’il y avait en fait une soixantaine de familles enregistrées à Lagarto et un autre secteur un peu plus éloigné.  La dame qui nous a accueilli là-bas nous a d’ailleurs raconté une histoire qui a confirmé nos soupçons.  Elle avait organisé une activité afin que les pêcheurs de la zone (Lagarto ainsi que quelques autres communautés des alentours) puissent obtenir certains permis et avait convoqué une réunion.  Personne de Lagarto n’est venu.  En revenant à la municipalité, elle a rencontré des pêcheurs de Lagarto et ceux-ci lui ont affirmé que Don Luis, qui avait été mis en charge d’informer les pêcheurs, n’avait pas passé le message. 

Cette semaine, alors que nous commençons les ateliers de projets dans toutes les autres communautés, Lagarto est toujours en stand by.  Denia et moi, nous sommes rendues sur place pour tenter de clarifier la situation.  Nous avons rencontré Don Luis qui nous a effectivement confirmé qu’il y avait 60 familles à Lagarto, mais celui-ci nous a affirmé que toutes les autres familles ne sont pas intéressées par le développement du village, qu’elles préfèrent continuer à vivre ainsi et donc que ça ne vaut pas la peine de les inviter.  Ces gens font partie du nouveau comité scolaire et ils refusent de prêter l’école à Don Luis et ses compagnons pour l’atelier de projets.  En ce qui concerne le manque de participation des femmes, le fils de Don Luis nous explique qu’en fait, les femmes à Lagarto ne sont que des « medias personas », alors il ne faut pas s’en faire. 

Nous avons réussi à lui extirper quelques noms et numéros de téléphone des gens faisant partie du comité scolaire (nouvellement formé) sous prétexte de les convaincre de nous prêter l’école.  Nous sommes donc allées rencontrer Doña Esther et nous avons découvert qu’il existait une grande rivalité entre les familles de Lagarto et ainsi Don Luis et sa clique avaient exclu le reste du village de la capacitation!! 

Nous avons fixé une réunion avec elle pour la semaine prochaine afin de développer des stratégies pour rejoindre le reste des gens du village.  Reste à voir si ce sera possible d’allier les différents clans et de les rassembler dans une seule classe…

Les pêcheurs de Lagarto

Denia en discussion avec Doña Esther

Des nouvelles d’Alphabétisation entrepreneuriale

Déjà trois mois sont passés depuis mon arrivée au Costa Rica.  Me voilà bien intégrée à l’équipe de travail et totalement vendue à la méthodologie de capacitation massive!

Si au début du stage, les choses ont commencé tranquillement, cela a bien changé depuis.  J’ai beaucoup de travail dans le cadre du projet et comme je travaille sur un campus universitaire, plusieurs personnes me demandent de leur rendre des services… Par exemple, des étudiants sont constamment dans mon bureau parce que leurs professeurs leur donnent comme devoir d’interviewer des étrangers sur tel ou tel sujet.  D’autres font un travail sur le Canada et veulent que je les aide.  Les professeurs de français et d’anglais du campus ainsi que des campus environnants (environnant étant deux heures d’autobus) veulent tous que je participe et que je fasse des ateliers,  des gens des autres projets me demandent de leur traduire des documents ou de les aider dans l’organisation de telle activité…

Bref, ça ne s’arrête jamais.  Au début, je disais oui à tout, mais je me suis vite rendue compte qu’à ce rythme-là, je n’avancerais jamais dans mon projet alors je tente de trouver l’équilibre entre ne pas paraître de mauvaise volonté et faire mon travail.

Comme je vous ai déjà dit dans mon article précédent, nous avons présenté le projet dans diverses communautés.  Nous avons reçu une réponse très positive et je suis présentement en train de travailler à déterminer combien de groupe s’ouvriront, sur quels horaires, etc.

Je travaille également sur l’analyse du laboratoire organisationnel de Santa Barbara qui s’est terminé le 28 mars dernier.  Comme travail final, les étudiants doivent organiser une feria où ils présentent ce qu’ils ont appris dans les différents cours.  Nous avons eu droit à d’émouvants discours, des prestations de différente nature (chant, danse), la remise des diplômes et une visite aux exposants.  Les cours de bijouterie présentaient leur création, les cours de cuisine et pâtisserie nous avaient préparé quelques plats et le tout se déroula en présence d’un groupe de musiciens qui jouait du marimba, un instrument traditionnel.  C’est un événement très motivant pour nous puisque nous pouvons voir les premiers fruits de notre travail!

Dans le cadre de mon mandat, je devais également travailler sur le suivi des ateliers de projet qui se sont donnés au cours des cinq dernières années.  Je travaille présentement à développer la méthodologie et les instruments de suivi.  Techniquement, je devais aller rencontrer les gens, monter un registre d’entreprise et en faire l’analyse, mais je doute que cela se réalise.  Premièrement, il ne s’agit pas de l’activité prioritaire aux yeux du coordonateur de projet et donc, elle passe en dernier.  Deuxièmement, les communautés ne sont pas accessibles par transport public, je dois donc obligatoirement avoir accès à une voiture.  Avec l’université nationale, il faut programmer ces activités avec beaucoup d’anticipation et comme les chauffeurs et les voitures sont très sollicités, il est difficile de les avoir au moment où on le veut.  C’est à suivre…

Si non, un des ateliers de projet est déjà commencé.  Pour le moment,  je ne fais qu’accompagner Denia (la coordonatrice régionale du projet et ma coéquipière) et l’assister dans les activités, mais très bientôt, j’animerai une partie du cours ou bien il se peut également que j’aie mon propre groupe.

Dernièrement, je travaille aussi sur la rédaction d’une demande de financement et à la recherche de financement externe pour la poursuite du projet.  Il va sans dire que toutes ces activités me gardent très occupées et j’ai découvert la joie de travailler dans la chaleur (40 degrés).  Je pourrais d’ailleurs faire une étude sur à quel point la chaleur rend l’être humain improductif!!  Il y a certains après-midi où j’ai l’impression que nous ne sommes qu’une bande de zombies luttant contre le sommeil.  En fait, c’est tellement courant ici de se plaindre de la chaleur qu’il fait qu’on pourrait presque dire que c’est une forme de salutations obligatoire!!

Alors, comme il est de coutume, hasta luego et il fait trop chaud aujourd’hui!

Voici quelques photos de la fête de clôture du LOT de Santa Barbara.

La table d’honneur pour la graduation

Danse traditionnelle de Guanacaste

La remise des diplômes

Les merveilles du cours de pâtisserie!

Les joueurs de marimba

Les créations du cours de confection de bijoux

Les étudiants de coiffure

Le pourquoi du projet

Maintenant que vous êtes familiarisés avec la méthodologie de capacitation massive, voici un petit aperçu du contexte dans lequel est né le projet, du pourquoi on l’applique ici dans la province de Guanacaste. Originellement, cette province située au nord-ouest du Costa Rica était un territoire autonome du Nicaragua. 

La région était divisée en seigneuries et donc quelques riches et puissants avaient main mise sur tout.  De cette situation, s’est développée une certaine culture de servitude, dans le sens où les gens se sont habitués à une agriculture de subsistance et à ne pas être propriétaires.  Ainsi, maintenant, soit les costaricains de la région travaillent pour des producteurs étrangers ou de grandes compagnies ou ils continuent à pratiquer une agriculture de subsistance.  Plusieurs sont devenus propriétaires, car une organisation l’Instituto de Desarrollo Agrario (IDA) a développé un programme de redistribution des terres.  Toutefois, la plupart des bénéficiaires de ce projet n’ont pas su en tirer profit.  Chacun a des poules, quelques vaches, un cheval et cultive un peu de riz et de maïs et vend ses surplus, mais sans projet mercantile précis. 

Cela leur permet au moins d’avoir un logement, de se nourrir et d’avoir accès à l’eau potable (quand il y en a, le Guanacaste est la région la plus aride du pays avec six mois de saison sèche sans une goutte de pluie et il arrive souvent que l’eau courante vienne à manquer) et à l’électricité.  Toutefois, on ne peut pas nécessairement parler de qualité de vie, seulement de la satisfaction des besoins primaires. 

De plus, dans les dix dernières années, le tourisme est devenue la principale activité économique du pays.  Or, si le tourisme peut parfois être saludaire, il peut également être dévastateur pour les locaux lorsqu’ils n’en n’ont pas le contrôle.  Le tourisme, s’il produit de l’emploi, produit rarement des emplois de qualité : ceux-ci sont saisonniers, mal rémunérés, sans avantages sociaux et les gens sont complètement dépendants des étrangers (par exemple, dans un contexte de situation économique comme celui que l’on connait actuellement, l’industrie est durement touchée par un facteur extérieur sur lequel le pays n’a aucune prise).   De plus, sans apporter les problèmes sociaux qui sont souvent déjà présents dans les communautés, ils peuvent les aggraver, entre autres, la consommation de drogues et la prostitution (deux services pratiquement essentiels dans un contexte de tourisme de masse).  Dernièrement, le Costa Rica, réputé pour son extraordinaire biodiversité et sa conscience environnementale hors pair, perd beaucoup lorsqu’il vend des territoires protégés à des promoteurs voulant construire des condos ou de grands complexes hôteliers. 

La plus vieille démocratie d’Amérique Latine fait la sourde oreille aux réclamations des citoyens qui souhaitent conserver leur patrimoine et qui s’organisent de plus en plus face à ce fléau.  Or, si pratiquement tout le monde sait lire et écrire, beaucoup sont peu scolarisés (il ne manque pas d’écoles ici, mais il manque de professeurs prêts à s’installer dans les régions éloignées; autre problème quant à la scolarité, c’est que beaucoup ont des enfants très jeunes (14 ans) étant donné le tabou de la sexualité et le peu d’informations à propos des moyens de contraception) et ne disposent donc pas des outils pour se prendre en main et proposer des projets concrets.  La région fourmille de bonnes idées et de ressources également (il y a en effet une grande présence d’ONG, de crédit populaire et de programmes de développement gouvernementaux, ce qui lui manque c’est une certaine pensée entrepreneuriale, des instuments concrets pour que les idées passent du rêve à la réalité. 

C’est là qu’intervient le projet d’Alphabétisation entrepreunariale et son programme de capacitation massive.  Si jusqu’à maintenant, il semble avoir obtenu un certain succès dans la région (on compte un grand nombre d’entreprises s’étant développées), on n’a toutefois jamais fait d’analyse approfondie afin d’en mesurer les impacts.  De plus, un des principaux instigateurs du projet est décédé subitement en janvier dernier en emportant la plupart des informations clés dans sa tombe puisqu’il ne gardait aucun registre écrit ou informatique. 

Une équipe (dont je fais partie) travaille donc à remettre le projet sur les rails en tentant de le réaliser dans de nouvelles communautés et parallèlement, on veut essayer de recueillir de l’information sur les expériences antérieures afin de connaître les méthodes expérimentées et déterminer à quel point la capacitation a vraiment influencé la création d’entreprises. Pour terminer, voici quelques photos des communautés où nous avons présenté le projet.

Publicité à 27 de Abril

La charmante ville de 27 de Abril

Présentation du projet à la communauté La Florida Scène typique de la Florida

Le cours de couture du LOT de Santa Bárbara

L équipe de travail

La communauté Lagarto

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