Archive pour la catégorie ‘Pierre Gauthier’

Théorie comptable….dans la neige

Et oui, le sol est blanc.

Heureusement que mon chiot Patate a une tache brune sur le front sinon il serait difficile à retrouver !

Ça brasse à Kuujjuaq en ce moment. Il y a le Nunavick Trade show annuel qui regroupe des exposants de tous les services régionaux du Nunavick.  Ma conjointe, qui occupe un poste aux communications de l’ARK, était justement dans le feu de l’action à cet événement.  Et de ses commentaires, ceux que je retiens le plus  concernent l’engouement réel qui semble se dessiner autour du développement des Parcs Nationaux du Nunavick. Ils sont réellement grandioses. Aussi dans la région, le dernier sealift de l’année vide ses nombreuses barges de marchandises, la préparation des budgets de 2010 se met en branle ainsi que la préparation à la fin de l’année financière et, les élections municipales du 4 novembre arrivent à grand pas avec tous les chambardements que cela impose.

Ces éléments impactent sur le travail et le développement de nos équipes et comme on m’a demandé d’assumer les fonctions de trésorerie de ma collègue, jusqu’à son retour prévu d’ici Noël, je devrai mettre les bouchées doubles d’ici la fin du projet. Heureusement que je dois rédiger mon quatrième rapport mensuel au prochain week-end. Ça me permettra de faire le point sur les événements récents et ré-enligner le tir pour terminer notre processus budgétaire en beauté.

J’ai débuté mon intérim par une solide rencontre avec la firme de vérificateurs externes de l’organisation. Toujours le même choc de titans entre la pensée financière vs celle de management. Et pour résumer cette intense semaine de théorie comptable, je reconnaîtrais qu’elles sont fort complémentaires.  À mon humble avis, seule une conciliation adéquate de ces deux champs d’application de la comptabilité permet un tout logique et une information financière de gestion qui soit fiable, pertinente et aussi autant que possible, selon évidemment, la capacité réelle des ressources disponibles aux gestionnaires. Ce, peu importe la taille du projet en marche.

À bientôt,

PG

Panne Internet….

Il suffit de manquer de service Internet quelques jours et le facteur isolement prend beaucoup plus d’ampleur dans le Grand Nord.  Nous avons donc, ma conjointe et moi, acheté les sacs de couchage les plus chauds sur le marché au cas ou cet hiver, il y aurait des pépins avec les génératrices du village en plein blizzard. On nous a dit que cela arrivait parfois. En général, les gens habitués à l’endroit ont un drôle de petit sourire lorsqu’on leur dis que nous allons vivre notre premier hiver ici….. pas très rassurant  :o )

Le conseil régional de septembre est à peine passé que déjà, nous devons préparer le prochain, qui en sera un spécial juste avant les élections de début novembre. L’élection municipale au Nunavik a un attrait particulier au Canada puisqu’elle élit aussi en quelque sorte la plus part des membres qui constitueront le futur Conseil Régional du Nunavik, soit nos patrons pour les prochaines trois années.

Pendant que ce branle bas de combat politique se met en marche, nous nous efforcerons a finaliser la mise à niveau de nos outils budgétaires et comptables. La prestation de notre trio de gestion en tant que responsables des finances, trésorerie et ressources humaines au dernier conseil régional semble avoir plu puisque la rédaction d’une nouvelle politique financière m’a été demandée et notre nouvel outil de présentation des budgets n’a pas fait trop de vagues. Nous avons donc obtenu le go pour présenter la structure budgétaire que notre équipe a en tête, en parallèle à la préparation de la dernière révision budgétaire qui doit être présentée au conseil spécial pré-électorale du 27 octobre prochain. Si tout va bien, cette nouvelle structure sera intégrée au tableau de bord d’appoint qui devrait déjà être fonctionnel pour la nouvelle année budgétaire 2010. Cela nous permettra de maintenir une vue acceptable de nos activités financières malgré la période de transition nécessaire vers le nouvel outil ERP, pour lequel nous recevons de plus en plus d’appui sérieux. Tout semble indiquer une possibilité d’implication à long terme pour mes collègues et moi.

Et voilà un autre joli exemple de situation de gestion typique aux régions isolées. Les ressources locales peuvent difficilement atteindre le niveau de connaissances générales  des différentes sciences modernes nécessaires au maintient et au développement des systèmes en places, les rendant en quelques sorte dépendantes temporairement de ressources externes qui doivent à la fois opérer ces systèmes et former les utilisateurs locaux potentiels. De ces ressources externes, certaines s’intègreront définitivement dans la micro-économie qu’elles déservent mais la plus part repartiront après quelques annés, ou même dès la première panne Internet vécue…:o)

Cela amène donc une panoplie de défis de gestion complexes qui n’existent pas dans les modèles de gestion habituels tel que l’intégration temporaire des enfants des travailleurs dans un réseau d’éducation particulier à la région, les plans de pension à long-terme vs les produits à court terme, la presque innexistance de disponibilité du logement etc. Je m’en voudrais donc ici de ne pas souligner le support d’organisme, tel que celui tout juste annoncé de la Fondation de la famille Choquette, envers l’engagement de MngrSF au développement des aptitudes de gestion dans ces régions éloignées.  Je crois sincèrement que ces efforts porteront des fruits inestimables pour tous, dans un avenir peut-être pas si lointain.

PG

Dernier droit dans la Toundra

Me voici dans le dernier mois du stage. Je n’ai toujours pas reçu de nouvelles de mes deux premiers rapports de stage et il me semble déjà avoir assez de matière pour en écrire deux autres. Tout se déroule très rapidement maintenant. Mon objectif de présentation au Conseil Régional de la mi-septembre arrive à grand pas. Je « gruge » des chiffres du matin au soir, 7 jours par semaines, depuis quelques semaines et je commence à voir le bout du tunnel. Je crois avoir maintenant cumulé suffisamment d’arguments chiffrés pour convaincre même un iceberg de la validité de mes recommandations.

Il reste maintenant à savoir comment me préparer à l’aspect culturel de ce défi, soit la présentation de notre travail au Conseil Régional des Élus du Nunavik.  Mon principal atout de présentation, ma partenaire de travail, vient de m’annoncer qu’elle ne pourra être présente lors de cette rencontre. Comme nous devons y présenter notre travail je comptais beaucoup sur son talent d’orateur, surtout en Inuktitut. Plusieurs participants à ce conseil préfère cette langue pour recevoir des explications alors il me sera plus difficile de faire valoir nos points de vues. Néanmoins, j’ai bien hâte de vivre cette expérience. J’en reparlerai surement d’ici peu !

Pour le reste, tout va bien. Les gens sont charmants et on ne manque pas d’activités. Oh, et il a neigé hier. Mais cela ne nous a pas empêché de déguster notre caribou sur la braise, merci à nos amis David et Sandra …:o)

Chilubula Village, Zambie !

Je suis à Kuujjuaq, au nord du 58ieme parallèle, et pourtant je peux presque sentir la chaleur de Chilubula Village en Zambie tellement notre petit projet de Centre Local de Développement dans cette micro-économie se concrétise. C’est fou comme on ne réalise pas la puissance des technologies modernes quand on ne s’arrête pas à y penser. Alors que je suis impliqué à fond dans mon stage, pour le développement d’un petit gouvernement régional ici dans le Grand Nord, je peux tout de même maintenir, par temps libre, ma collaboration avec les intervenants de la Zambie afin de suivre l’évolution de notre première récolte depuis le début du projet Chilubula.

Ce village d’Afrique centrale qui porte un riche héritage historique et une situation géographique particulière, nous sert en quelque sorte de petit laboratoire des sciences de la gestion par lequel nous tentons de lancer une micro-économie autonome et adaptée à sa réalité socio-économique. Il faut dire que cette région très éloignée et isolée du nord de la Zambie est contrôlée et développée par un diocèse Catholique jeune, éduqué et très dynamique. Cela offre une stabilité et une fiabilité des ressources en place qui est hors du commun, permettant ainsi d’élaborer un projet auquel les termes « durable et équitable » prennent un vrai sens. L’objectif y est commun à tous et l’influence des intérêts personnels et de l’individualisme ne semble pas encore y êtres aussi présente que dans les organismes modernes classiques que j’ai connu à ce jour. Cependant, ce contexte entraine aussi en contre-partie quelques contraintes d’ordre moral qui nous forcent à évoluer dans un cadre différent des structures commerciales auxquels je suis habitué.

Notre objectif pour cette récolte est en fait d’obtenir nos premières données sur la capacité de production du village, la variété des produits, l’identification des marchés potentiels et surtout l’organisation marketing nécessaire pour les atteindre. À cette fin, nous investirons simplement sur une « pesée » et quelques produits d’emballage de qualité, et nous utiliserons ces données pour une offensive marketing beaucoup plus importante la saison prochaine. D’ici là, nous pourrons finaliser la structure légale et financière de ce charmant petit projet. Le fait de pouvoir travailler en parallèle sur deux projets aussi diamétralement opposés, tant au plan géographique que économique, me donne à mon avis une vision privilégiée du coté scientifique du management. Même si l’un des projets est sans budget et sans ressource autre que la bonne volonté des gens d’une région quasi-tropicale alors que l’autre est en région très froide et avec beaucoup de budget et de support des gouvernements concernés, il est étonnant de voir à quel point les mêmes formules de management peuvent s’y appliquer et surtout, à quel point plusieurs problématiques similaires s’y retrouvent également.

Reste à savoir si des solutions similaires pourront également y être appliquées……. si nous les trouvons!

De retour au Nunavik au prochain blog.

Au gré des marées

Lorsque l’on est originaire de l’Abitibi, la marée est une notion lointaine, presque folklorique dans notre esprit. Mais ici, à Kuujjuaq, ce phénomène naturel influence fortement la vie des gens qui y sont confrontés.  Pendant la saison ou les traineaux à chien et motoneiges sont au rancart, le ravitaillement, l’amusement, la quête de nourriture et autres déplacements dépendent souvent du niveau d’eau de la rivière. C’est donc un tout nouveau paramètre dont nous devons tenir compte lors de nos planifications du week-end, mais aussi dans le cadre du travail.

On m’a d’ailleurs encore confirmé cette semaine que ce serait ici au Nunavik que certaines des plus fortes marées au monde auraient été enregistrées. Nous l’avons constaté à nos dépends, ma conjointe et moi, lors d’un voyage de pêche au saumon sur cette superbe rivière. Notre première erreur fut de se fier aux prédictions météo d’environnement Canada, ce qui fait bien rire les gens d’ici. Puis, nous avons voulu aller trop haut sur la rivière. Avec du beau temps ça aurait passé. Mais comme les vagues sont devenues trop grosses, nous avons du nous résigner à attendre la prochaine marée pour revenir, et coucher dans le bateau pour la nuit. La pluie et les mouches n’ont pas aidé au confort mais néanmoins, cela nous a permis une nuit hors de l’ordinnaire, de belles discussions et du temps de réflexion de qualité.

C’est donc dans ce contexte que je me convainquis que cet élément tout à fait local pouvait être traduit, en langage de gestion, comme un paramètre à tenir compte lors de nos tentatives d’ajustement des horaires de travail. Si la marée haute passe à  14:00hrs le vendredi, nous aurons peut-être beaucoup de réception de marchandises à effectuer mais les employés qui veulent se rendre à leur chalet pour le week-end ne voudrons surement pas attendre à la prochaine. C’est évidement bénin comme problématique comparée à toutes celles afférentes au lancement d’un nouveau petit gouvernement en région émergeante, mais je trouve qu’elle représente bien la diversité des défis de gestion auxquels nous avons la chance d’être confrontés en tant que potentiel Managers sans frontières. Celui-là, je l’appellerais la gestion au gré des marées…..

Et pour le reste, tout avance bien. Les vacances de la direction me permettent d’avancer mon travail plus aisément et il semble que l’idée de structure comptable que nous aimerions proposer en résultat de ce projet, fasse son petit bonhomme de chemin. Nous l’appelons le « Six wheel drive ». Il s’agit du regroupement des nombreux départements actuels et de ceux qui sont à prévoir lors de l’intégration des autres organismes régionnaux, dans ce que nous appelons déjà les 6 futures ministères régionnaux. Cette structure est dessinnée et présentée sur fond de système ERP dont la colonne centrale tire ses données de 3  secteurs disposés de chaque cotés et avec la direction générale représentée au devant. La représentation graphique de l’ensemble fait donc étrangement penser à un véhicule tout terrain à 6 roues…. très pratique ici. Et par expérience (car je suis un vieux future Mngrsf), lorsqu’un projet est présenté dans une sauce locale…. il se digère souvent mieux !

Bonne semaine à tous et merci pour vos belles histoires pleines de soleil et de courage.

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