Archive pour la catégorie ‘Mélissa Chaput’

Merci Niger

Pardonnez moi, j’ai l’impression de vous avoir laissé tomber, mais détrompez-vous l’aventure nigérienne continue! Je peux même dire que l’aventure se termine. Comme certain d’entre vous le save, je termine mon stage début novembre. Je prépare maintenant mon retour au Québec, je dois dire que ce n’est pas évident de penser à cela alors que je suis toujours dans un autre monde. Le Niger m’aura donné beaucoup, m’aura appris beaucoup et m’aura fait vivre beaucoup.

La semaine dernière j’ai eu la chance d’aller dans un village nigérien, Tombo Peulh. Les missions en brousse sont des purs plaisirs pour moi. Niamey est une capitale, bien qu’il soit possible de l’oublier parfois. La vie urbaine n’a vraiment rien à voir avec la vie rurale. Les villageois nous ont accueillis à bras ouverts, ils ont préparé notre arrivée et nous ont laissé être dans leur quotidien pour une journée. Les femmes avec leur maquillage, leur coiffure et leur habits nous ont laissé prendre soin de leur bébé, nous ont laissé cuisiner…tout en se moquant bien de nous! J’ai encore uen fois la chance de vivre une expérience qui va au delà des mots. Le Foulfouldé, langue des Peulh, n’a rien de similaire aux que je connais, mais les sourires, les rires, les gestes m’ont permis de vivre un moment précieux avec les gens du village.

Il ne faut pas croire que cette mission, incluant les 12 membres de mon équipe de travail, s’est déroulée comme prévu, je dirais plutôt le contraire. Ces imprévus, réajustements ponctuels sont perçus et surtout vécus différamment. Comme toute population, la population nigérienne est constituée de sous-groupes dont 2 qui sont les villageois et les citadins. Je n’avais pas imaginé un fossé si grand entre les 2, en fait j’avais oublié la vie de village. Pour certains expatriés le choc s’est fait sentir….de même que pour certains nigériens. Toute cette histoire m’a rappelé l’importance de connaître les gens à qui sont destinés tous les programmes de développement. L’importance de les adapter, de les garder réalistes et surtout significatifs pour ceux qui ont vraiment besoin de ceux-ci pour améliorer leur qualité de vie.

Sinon la vie à Niamey a repris son cours. Le mois du Ramadan est passé, l’école a recommencé et les pluies sont terminées.  J’avais un peu oublié comment s’était cette « normale ». On me dit n’avoir rien vu encore que bientôt tout va encore changer parce que le froid va s’installer. J’avoue ne pas trop comprendre de quoi on me parle, parce que le froiddu Sahel je connais pas. J’ai de la difficulté que dans se pays où tout fond dans les 5 minutes laissé au soleil, il peut faire froid. Mais ce ne sera pas cette année que je connaîtrai car j’ai un hiver canadien a affronter!

Le Niger m’aura donné beaucoup, m’aura donné beaucoup et m’aura fait vivre beaucoup. Je vous laisse avec les phrases typiques des discours nigériens: Merci aux vaillantes populations du Niger, Vive la solidarité internationale, Vive le Niger.

la routine… vraiment??

On sait qu’on est bien intégré à l’étranger quand on ne sait plus qu’est-ce qui est différent ici de chez nous! A maintenant près de 4 mois passé au Niger, je crois avoir su me faire un quotidien ici. La routine s’est installée, bien que je sois à des kilomètres de ma terre natale. En fait, j c’est ce que je croyais avant la semaine passée ! Voilà le plaisir de l’étranger, lorsqu’on croit avoir compris où on se trouve quelque chose vient nous rappeler qu’on est ailleurs. Ce quelque chose a pour moi été le début du Ramadan. Je croyais savoir, je croyais avoir une bonne idée du déroulement. J’avais sous estimé. En fait, Niamey reste Niamey mais prend soudainement un autre rythme. L’appel à la prière est devenu plus long, les mosquées sont plus remplies et les gens semblent plus assidus aux prières. Mais tout ça je ne peux pas trop vous expliquer parce que je ne serai pas bien rendre compte du Ramadan selon l’aspect religieux de celui-ci.  Selon le fameux dictionnaire Wikipedia le Ramadan s’est : « Le mois de Ramadan est pourtant pour un musulman plus qu’un jeûne, c’est un mois de recueillement, de compassion envers les personnes les plus pauvres. C’est le mois du pardon et du jeûne. » Voilà ce qui m’intéresse, au-delà du jeûne pendant la journée, cette notion de communauté. Il suffit de voir les gens s’attrouper à la boulangerie devant chez moi à 18h pour comprendre que cette pratique est presque respectée par tous ici. Voilà ce qui m’impressionne, voir des masses de gens vivre au même rythme et être solidaire lorsque le coucher du soleil se fait attendre.  Mais pour moi, petite catholique, beaucoup de question me viennent à l’esprit que je cherche évidemment à répondre.Pourquoi les gens mangent plus de pain pendant le Ramadan ? Réponse totalement logique : Parce que le pain tu peux le manger deux fois. Une fois à 19h pour casser le jeûne et une autre fois pendant la nuit lorsque la faim se fait sentir. Il faut dire que le riz ou la pâte de mil ce n’est pas ce qui a de plus doux sur l’estomac avant de dormir. Pourquoi les gens crachent plus pendant le Ramadan ? Réponse très peu religieuse : Parce que certaine gens vont à l’extrême et se disent qu’avaler la salive c’est comme boire de l’eau donc que ça casse le jeûne. Mais parfois ce sont les mêmes gens qui lors des ablutions (toujours selon notre fameux dictionnaire Wikipedia : purification rituelle, souvent avec de l’eau, de certaines parties du corps avant certains actes religieux) se permette d’avaler de l’eau parce que leur gorge est trop sèche. Voilà seulement quelques unes de mes questions.  Une autre chose qui nous fait sentir que le temps passe et qu’on est installé ailleurs c’est lorsque les gens partent, mais que nous on reste. C’est ce qui fait la beauté de ces expériences, elles durent un temps limitées, elles changent nos vies et nous montrent autre chose que ce que l’on connaissait ou croyait connaître.   

genre: femmes/hommes ou jeunes/vieux

Maintenant rendu à ma période de mi-mandat, je m’arrête pour réfléchir. Je veux réfléchir sur tout ce que j’ai entendu, tout ce que j’ai vu et tout ce que j’ai ressenti depuis ces 3 mois au Niger. Je dois avouer que la première chose qui me vient en tête pour faire se résumé est de bien faire la distinction dans mes propos entre les jeunes et les vieux. Il faut aussi dire qu’ici sois tu es enfant (de 0 à 14 ans) sois tu es jeune (de 14 à 35 ans) sois tu es vieux (de 35 ans à la mort).  Pour la première catégorie, il n’est peut-être pas trop nécessaire de s’y attarder puisque des enfants ici ou des enfants ailleurs ça reste la même chose. La particularité d’ici à ce niveau est celle des rôles sociaux des enfants selon les sexes, mais en fait se sont les mêmes qui dureront tout au long de la vie. Un petit garçon peut plus jouer qu’une petite fille, puisque celle-ci doit s’attarder aux différentes tâches de la maison dès son jeune âge.  Pour la deuxième catégorie, les jeunes, la particularité de celle-ci est l’absence des jeunes filles. Mais où sont les filles ?? Cette question a été la ligne directrice de mes deux dernières semaines, je cherche les filles. Oh ! J’ai trouvé une fille dans une formation sur le genre et le VIH, dès que je la voie je lui demande une entrevue pour discuter de ma question obsédante. La journée prévue de la rencontre, je me retrouve autour d’une table avec 4 hommes. J’insiste pour qu’on attendre la jeune avant de débuter, puisqu’à la base c’est elle que je devais rencontrer et pas les autres ! Ils me font comprendre que c’est elle qui les avait informé de notre rencontre, mais que sûrement elle ne pourrait pas venir. Ah oui et pourquoi ? Voila mon explication qui me ramène à la réalité d’une jeune fille nigérienne. Les jeunes filles ne peuvent pas trop s’absenter de la maison parce qu’elles ont beaucoup de boulot à faire à la maison ; parce qu’une fille qui est trop souvent sortie a mauvaise réputation ; parce que la moyenne d’âge de mariage des filles est de moins de 20 ans donc finit la vie de jeune elle est devenue femme.  Ok, je me résigne je prendrai donc la version des jeunes garçons pour me faire une idée e la vie des jeunes nigériens. Dans leur discours je sens leur déchirement entre la tradition et l’appel de la modernité. Les cellulaires, les ordinateurs et les vidéos de coupé-décalé (musique ivoirienne avec des vidéos clips très explicites et une danse très provocante) font partie du quotidien de ces jeunes. De l’autre côté, ces jeunes perpétuent les traditions qui font partie de leur identité, ils portent les scarifications, ils participent aux différentes cérémonies et transmettent les croyances. Je ne veux pas être trop précise sur les différentes traditions parce que beaucoup de celles-ci dépendent des régions, des ethnies et des familles. Après discussion, je réalise que ce déchirement se traduit aussi dans les informations qu’ils reçoivent. D’un côté ils reçoivent tous les messages rationnels de prévention de toute sorte et de l’autre côté les messages de leurs aînés, des marabouts et des chefs religieux. Pour la troisième catégorie, les vieux, la particularité de celle-ci est l’écoute et l’importance qui leur est donnée. Le droit d’aînesse ici est respecté au plus au niveau, si c’est le vieux qui a dit ou fait on doit de respecter et  ne pas remettre en doute. Il est très intéressant d’assister à des discussions de groupe composé de jeunes et de vieux pour voir les différences de préoccupations et de réalités. Les vieux s’inquiètent pour la jeunesse, parce que la vie a changé depuis leur temps, mais ne sont pas prêt à accepter les solutions proposées par ceux-ci. Les jeunes ont des idées, mais ne veulent pas nécessairement être ceux qui vont contredirent les aînés. Étrangement, c’est dans ces dans la catégorie des vieux que les hommes et les femmes semblent s’entendre le mieux. Les femmes ne sont plus dans les illusions, acceptent la réalité et connaissent les hommes. Mais ce qui m’inquiète c’est que les jeunes filles deviennent vite des femmes et disparaissent tôt des débats publics. Bien que certaines d’entre elles restent impliquées dans les ONG et dans certaines sphères publiques, elles nomment clairement qu’elles sont d’abord femmes et mères. Ce qui sous entends que leur priorité c’est de s’occuper de leur mari, de la maison et des enfants. Difficile de trouver du temps pour militer à temps plein ! Si vous revenez au début du texte vous voyez que dès qu’il est dit aux fillettes qu’il n’est pas le temps de jouer cette phrase leur reste à vie. Tout ce que je leur souhaite c’est de le faire par choix et de s’épanouir dans leur vie de femme.   

La puissance des chiffres

Pas facile de trouver sa place dans tout cela. Pour moi 6 mois c’est beaucoup, pour moi en 6mois beaucoup de choses peuvent se faire ou au moins s’organiser. Le plus difficile est par contre de savoir où s’arrête ce que moi je crois possible et ce que les autres croient possible. Il y a parfois une confusion de pensées. Voilà cette semaine je suis confrontée à cela. Je me questionne sur le point où les actions arrêtent de m’appartenir, le point où je dois prendre la position d’humble serviteur à l’écoute des besoins du terrain. En d’autres mots, je dois mettre mon rythme de côté parce que je m’épuise !

 

En fait les chiffres me font peur. J’ai peur quand je vois qu’il y a 15 millions d’orphelins du Sida dans le monde dont plus de 2 millions en Afrique subsaharienne. J’ai peur quand je vois qu’en 2010, ils seront entre 20 et 25 millions et qu’en 2020 ils seront 40 millions. Présentement au Niger, il y  a 8 900 orphelins du Sida, donc avec un petit calcul fort simple il est possible de dire approximativement qu’en 2020 ils seront 24 030 orphelins du Sida au Niger.

 

Le taux de séroprévalence du Niger est de 0.7% (49 000 personnes) ou 0.8% selon l’étude que vous préférée. Pas si mal quoi ! Il faut garder en tête que le VIH peut disparaître s’il arrête d’être transmis, mais il peut aussi se propager très rapidement s’il continue à être transmis dans un pays où le taux de natalité est le plus haut au monde soit de 7,1 enfants par femmes.

 

D’autres chiffres qui cette fois me rassurent. Les jeunes sont la clé du succès du Niger contre ce fléau qu’est le VIH ou toute autre difficulté rencontrée par ce pays. Les jeunes de moins de 15 ans représentent  47,41 % de la population. Vous imaginez une gang d’ados qui se mettent ensemble pour changer les choses ! Voilà la deuxième partie de mon mandat : trouver des informations sur les jeunes nigériens. Et c’est ce qui me redonne des forces et qui remet mes idées dans le bon ordre, il y a ici une foule de jeunes pleins d’énergie et d’avenir !

 

C’est 4 paragraphes ont pris une journée à écrire, vous pouvez y voir l’évolution de ma pensée. Parfois, il faut se laisser choquer pour après rebondir et repartir !

mais que se passe-t-il vraiment?

Cette semaine j’ai entendu une phrase très intéressante, je vous la site: Après les beaux discours, pour savoir l’importance qu’un gouvernement accorde a une situation, il suffit de regarder les budgets. 

Le Niger se trouve présentement dans une situation quelque peu fragile. Premièrement, les gens souffrent de la montée des prix des darées. Je crois vous l’avoir déjà dit, concrètement cela se voit au fait que des gens qui avait l’habitude de manger 3 repas par jour n’ont maintenant les moyens que de manger 1 repas par jour. Malgré cela, le gouvernement nigérien trop fier, continue a affirmer qu’il n’y a pas de famine dans le pays. Pour continuer la logique de départ, les bugets alloués et l’engagement du gouvernement face à cette crise est assez faible.

Un autre des squellettes dans le placard du Niger, est la rebellion dans le Nord. Ce sujet, je l’ai déjà abordé sur ce même blog mais il faut y revenir. En capitale, cette rebellion ne se fait pas vraiment sentir. Par contre, il suffit d’écouter un peu les Touaregs pour constater que des choses graves se déroulent dans le désert. Cette semaine, je vois un ami affreusement triste. Il m’explique qu’un village où habitaient des gens qu’il connaissait a été bombardé. J’utilise le passé parce qu’on dit que même pas une poule a survécu à cette attaque. Et oui, le Niger possède 2 avions, avant il y en avait 4 mais deux sont inutilisables maintenant, dommage qu’ils servent à bombarder. Mais une question reste: qui a fait cette attaque? Les rebelles affirment ne pas toucher au civil et le gouvernement nie le conflit. Des questions restent en suspend. Le gouvernement lie ces attaques a des actes isolés de petits bandits qui se servent de l’instabilité pour sévir. Alors vous pouvez imaginer les budgets alloués pour règler la situation.

Ce qui mobilise actuellement le pays, est l’arrestation de l’ancien président Hama pour détournement de fonds. La  plainte a été déposé cette semaine, l’arrestation s’est faite cette semaine. Est-ce qu’il sera relâché cette semaine? Le problème dans cette situation est de trouver le politicien du pays qui peut se dire blanc comme neige sur ce sujet. Certaines manifestations se sont déroulées autour de cet évènement, comme si le pays n’avait pas besoin de cet argent! Suite à cela, des patrouilles de militaires, d’équipes antiémeute et de policiers sont postées à certains endroits stratégiques. Voilà où sont les budgets!

Pendant ce temps, Niamey, capitale du Niger, s’est retrouvé sans électricité pendant plus de 2 jours et depuis le courant est intermittant. Les gens ici me disent ne jamais avoir vu une situation semnblable en 20 ans. La Nigelect est la compagnie qui fournit le Niger en électricité. Où est le directeur pendant ce temps? En vacances avec sa femme en France! Certains croient que cette situation cache des choses pas nettes, peut-être un moyen d’attirer l’attention sur autre chose que ce qui se trame vraiment. Dans tous les cas, beaucoup de questions restent sans réponse. Et pour ce qui est de la circulation d’informations et de la transparence nous n’y sommes pas encore. Nigeriens gardez la paix si fragile.

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