Archive pour la catégorie ‘Genevieve Bedard’

Quand la routine s’installe…

Sous la pression de mon cher public, n’écoutant que mon désir de le satisfaire et de le combler, je réponds à la remarque d’un lecteur assidu qui m’a gentiment souligné que mon dernier message remonte à… il y a trop longtemps. Je fais donc amende honorable et me remets à mon clavier, pas trop certaine de quoi vous entretenir…

Voilà ce qui arrive après quelque temps dans un même endroit : la routine s’installe, tout devient normal. Alors, que raconter de ce quotidien, somme toute, banal ? Il faut dire que la saison des soirées dans les ambassades semblent terminée. Il y eut une faible tentative de reprise hier. Je suis allée à un BBQ de Canadiens/Québécois chez des collègues humanitaires où j’ai rencontré, à défaut d’un ambassadeur, des gens qui travaillent à l’ambassade du Canada. Je sais, je sais, on est loin des tites bouchées en talons hauts dans le gazon d’une immense villa. Mais c’est hors saison, il faut être indulgent !

Parlons donc saison… je ferai des jaloux en disant que ce qu’on appelle l’été au Québec est la saison sèche ici. C’est le temps le plus frais de toute l’année et la saison des moustiques. (Bon d’accord, là vous n’êtes plus jaloux !) Le ciel est grisounant en permanence. On est tout content quand on voit un soupçon de tentative de percée de soleil et c’est le comble quand le ciel prend l’allure d’un fond de bleu délavé. Mais la végétation est bien verte, les hibiscus sont en fleurs.

Dès le mois de septembre-octobre le mercure prendra une tendance vers le haut. Il fera de plus en plus chaud pour atteindre les sommets vers mars-avril. Les pluies vont aussi commencer à l’automne. Le ciel redevient bleu, le soleil brille (entre les averses, bien évidemment !) Sur les routes très sablonneuses et dans un état parfois déjà très délabré en saison sèche, j’ose à peine imaginer ce que ça donne en saison des pluies. Même à Kinshasa, certains quartiers doivent beaucoup souffrir lors des précipitations. Imaginez dans le reste du pays, sur les pistes en pleine forêt ! Certaines deviennent impraticables ! Mais bon, je ne parle pas par expérience, je rapporte ce qu’on m’en a dit.

Je suis ici depuis 2 mois. Je me suis concocté une petite routine kinoise fort pépère et pantouflarde ! Je poursuis les efforts pour intégrer l’activité physique à mon quotidien. Jusqu’ici je suis assez assidue. Avec le temps plus chaud qui commence, la course deviendra peut-être de plus en plus difficile, mais la piscine reprend du service le 1er septembre, ce qui sera bienvenu. Et avec les talents culinaires de notre cuisinier, roi des gâteaux, des tartes, des pizzas, et friand des féculents à chaque repas, vaut mieux rester active et garder la forme !

Je m’accommode assez bien de la vie de commune. Il y a des hauts et des bas, mais dans l’ensemble c’est plutôt positif. C’est une expérience de vie intéressante, où on découvre des côtés de soi qu’on ne connaissait pas, des façons de réagir, d’interagir, de voir les choses. Cette expérience étant assez circonscrite dans le temps, avec une échéance précise et connue, je garde une certaine distance, un certain détachement. Je suis bien intégrée au groupe et je m’investis dans mon travail, mais je sais que je pars dans quatre mois… Ce qui présente l’avantage que je reste « cool Abdul » face à des situations qui pourraient autrement m’irriter, mais l’inconvénient que je me sens aussi « en attente » d’être ailleurs.
Je sympathise de plus en plus avec le personnel national, notamment certains chauffeurs et gardiens et quelques collègues congolais dans les bureaux. Ce sont des gens faciles d’approche, souvent curieux et intéressés à en savoir plus sur moi, mon pays (la neige et le –30° sont un succès assuré !!), et ouverts pour parler de leur famille, leurs enfants, etc. Je crée de bons liens avec les expats avec qui je partage mon quotidien à la maison et au bureau. On s’amuse bien et j’apprends beaucoup de leur expérience, car la plupart roule leur bosse dans l’humanitaire depuis de nombreuses années. Les anecdotes et histoires abracadabrantes ne manquent pas !

J’espère aller bientôt sur le terrain pour pouvoir vous raconter un peu les programmes d’ACF (à Kinshasa il n’y en a aucun, que la coordination et la logistique), mes impressions de la vie au fond de la savane congolaise, et autres réflexions hautement philosophiques. Amener un peu d’eau au moulin de mon inspiration, qui tourne à vide un peu ces temps-ci, vous l’aurez remarqué !

A suivre donc…

Département des affamés : fermé samedi et dimanche

Je vous ai brièvement parlé de la situation problématique avec les expulsions qui ont lieu en Angola pour retourner en RDC les personnes en situation irrégulière. On dénombre déjà des milliers de personnes expulsées et on s’attend à en voir défiler encore des milliers, voire des dizaines de milliers. Le chiffre de 150 000 a été évoqué. La réponse s’organise, les organisations concernées se concertent, les gouvernements congolais et angolais sont interpellés, on espère arriver à des dénouements satisfaisants… bientôt (ne me demandez pas de définir « bientôt » par contre !).

J’ai assisté, la semaine dernière, à une réunion thématique (« cluster » pour ceux qui connaissent le jargon humanitaire) sur la protection, et les expulsés d’Angola étaient le sujet du jour. Les organisations présentes démontraient un réel intérêt à apporter de l’aide à ces gens qui n’ont rien à part la chemise qu’ils portent, s’ils ne l’ont pas déjà vendue pour s’acheter à manger.

Bien sûr, à Kinshasa, on a une vision macro de la situation. On a tenté de recenser les principaux postes d’entrée, le nombre de personnes qui y passent par jour ou par semaine, et aussi ce que font ces gens une fois rendus au Congo. Cette donnée est importante dans l’élaboration de la réponse humanitaire. Eh ben, oui, on ne donnera pas des outils agricoles ou du matériel pour se construire un abri en dur à des gens qui ne sont qu’en transit et n’ont aucune intention de rester sur place. Le statut de ces gens posent également problème, car ils ne sont ni des déplacés (migration à l’intérieur d’un même pays), ni des réfugiés (migration transfrontalière), ni des refoulés (on ne leur refuse pas l’accès à un pays), mais bien des expulsés! Cette précision est loin d’être un caprice sémantique. Elle est fondamentale pour dicter la réponse des humanitaires. A chaque statut son intervention !

Dans ce cas de figure très précis, le rôle des humanitaires se limite donc, d’une part, à offrir aux expulsés le nécessaire (le stricte nécessaire) pour survivre et continuer leur route. C’est-à-dire un peu d’eau, de nourriture, des couvertures, quelques soins médicaux de base. Et, d’autre part, faire des pressions auprès des autorités pour que les expulsions se fassent dans le respect des droits humains (ce qui est loin, très loin, d’être le cas à l’heure actuelle. Je vous épargne les détails et vous laisse imaginer).

Tout cela se défend, se comprend et s’intellectualise si bien autour d’une table de conférence, à l’air climatisée, le chauffeur et le 4X4 (climatisé lui aussi !) qui nous attendent dehors…

En rentrant de cette réunion où, penchés sur des cartes et des cadres logiques, les acteurs de la scène humanitaire planifiaient le sort de dizaines de milliers de personnes, j’ai pris l’apéro avec celui qui a donné, en mains propres, des rations de survie, pour 5 jours, à près de 300 expulsés et qui, 5 jours plus tard, a dû leur faire face encore car la suite du plan d’action n’avait pas encore été finalisée à Kinshasa. En effet, ce soir-là, le chef de la base ACF située là où ont été expulsés des centaines de non congolais (ceux précisément dont je vous ai déjà parlé), était de passage à la maison. Expérience schizophrénique !!

Et pendant ce temps, dans la vraie vie…
Il y a un mois, j’étais avec le chef de mission en direction de ma première réunion chez les UN quand ce même chef de base réclamait la permission de donner à manger à ces gens. Il fallait attendre l’autorisation du bailleur, du fournisseur de bouffe, de machin, de bidule… La réunion a été l’occasion pour le chef de mission de faire part de nos préoccupations à toute la joyeuse bande humanitaire, espérant avoir un OK pour distribuer des vivres (peut-être pas une autorisation sur le banc, « live » devant tout le monde, mais au moins après la réunion…).

« Vous inquiétez pas, nous a-t-on répondu, une équipe de travail a été créée spécifiquement pour les expulsés d’Angola, la première réunion aura lieu lundi 15h00. Il serait intéressant qu’ACF y participe, on y parlera de ces non-congolais et de la possibilité de leur distribuer des vivres. » Le type avait l’air convaincu que sa réponse nous soulagerait. Ouf ! Une chance qu’ils sont là !

Le hic, c’est que tout ceci se déroule le vendredi à 11h. Et les expulsés (près de 300 hommes – ici le masculin n’est pas utilisé dans un sens générique pour alléger le texte) sont à nos portes, nous demandant ce que nous pouvons faire pour eux… c’est vrai qu’avec un nom comme Action contre la faim, on ne peut pas les blâmer d’avoir pensé qu’on pourrait faire quelque chose… surtout qu’on est à peu près le seule ONG sur la zone !

Réunion lundi 15h00 donc… Mais, d’ici là ?! J’en ai peut-être manqué un bout, mais on n’arrête pas d’avoir faim, ce me semble, parce que c’est le w-e !! Je n’en croyais pas mes oreilles encore candides et pleines d’idéaux !

Et mon collègue du terrain de me rejouer la scène, quand le chef de mission l’a appelé après la réunion pour lui donner la réponse qu’on avait eue !! « Non, mais qu’est-ce que je lui dis, moi, au chef des expulsés? Revenez lundi après-midi, ou plutôt mardi matin, (le temps qu’ils écrivent le compte rendu de la réunion…) j’aurai sûrement une réponse pour vous. Peut-être rien à manger, mais un communiqué officiel, ça peut pas faire pareil ? » C’est pas vrai, il n’a pas dit ça, j’enrobe et je romance un peu. Mais ce n’est pas très loin de l’essence de son discours.

Finalement, avant la fin de ce fameux vendredi, il avait l’autorisation du bureau chef de procéder à une distribution d’urgence pour 5 jours. Dès le lendemain, ça s’organisait et les gens ont eu de quoi manger. Mais la situation s’est répétée 5 jours plus tard ! Il y a trois semaines de cela, et aucune solution durable n’a encore été mise en œuvre. Ces africains de l’ouest, pour la plupart des musulmans, ont depuis été recueillis par la mosquée locale, hébergés, nourris, soignés. Mais cette situation ne saurait durer. Les moyens, l’espace, les vivres, les médicaments viendront rapidement à manquer. On parle ici d’une zone où il n’ y a rien, rien de rien, à 12 heures de piste de la ville la plus proche!

C’est bien évident que ces quelques centaines de personnes ne sont pas significatives sur le lot de tous les expulsés qui, puisqu’ils sont congolais, sont dans une situation différente. Mais pour celui qui les voit parqués devant le bureau quand il arrive le matin, qui leur parle, qui leur serre la main, quelques centaines de personnes, ça fait beaucoup de bouches à nourrir, beaucoup de regards à soutenir, beaucoup d’espoir à entretenir !

Chenilles, anguilles, tripes et autres délicatesses…

Le choc culturel, inhérent à toute aventure en terres étrangères, peut se vivre de moult façons, et les habitudes alimentaires locale sont certes un lieu où les références culturelles sont ancrées profondément et pour lesquelles on trouve peu de fondements rationnels. Les goûts ça ne se discutent pas, paraît-il ! La meilleure attitude à adopter, pour moi, est de faire preuve d’ouverture d’esprit pour comprendre l’engouement de l’autre pour un mets dont il raffole, mais qui ne nous dit rien qui vaille (du moins au premier regard, car il arrive qu’on se surprenne soi-même !), tout en connaissant et respectant ses propres limites (il n’y a pas de honte à ne pas saliver devant des tripes de quadripèdes à la mode de je ne sais où !).

Hier fut une de ces soirées imprévues, imprévisibles, improbables et improvisées qui s’avèrent uniques et délicieuses. J’étais pénarde et tranquille, profitant de la fin de l’après-midi pour lire sur la terrasse pendant que le reste de la maisonnée s’affairait à faire la sieste. Et voilà que la sympathique Malgache, rencontrée à l’ambassade France le soir du 14 juillet, m’appelle à ma plus grande surprise : on n’avait pas échangé nos numéros de téléphone ! Par un concours de circonstance, montrant une fois de plus que le monde est petit, elle venait de faire la connaissance de mon collègue/co-loc Sénégalais parti prendre un verre chez un ami qu’ils avaient en commun elle et lui. Il s’est présenté à elle en disant qu’il travaille chez ACF, elle lui a donc dit qu’elle avait rencontré une fille de chez ACF (moi en l’occurrence !) et qu’elle aurait bien voulu la revoir. En moins de deux, il lui filait mon numéro, elle m’appelait et je partais la rejoindre pour une soirée imprévue, imprévisible, improbable et improvisée qui s’est avérée unique et délicieuse.

Je la rejoins donc, dis-je, chez cet ami commun avec une de ses collègues, juste à temps pour l’apéro. Les filles ont pour plan d’assister à un concert au Cercle culturel français et les gars préfèrent rester tranquille sur place. « Mais vous mangerez bien une bouchée avant de partir, la cuisinière a préparé tout plein de spécialités congolaises. » Je sais déjà qu’il est inutile de s’évertuer à refuser lorsqu’un africain vous offre de partager son repas. Faim, pas faim, temps, pas temps, laissez faire les palabres et asseyez-vous, il vous faudra de toute façon prendre quelque chose quels que soient vos arguments. On prend donc tous place autour de la table et l’hôte nous présente les plats. Attachez vos tuques !

Précisons d’emblée que l’hôte, un grand gaillard, congolais d’origine, raffole de ces délicatesses culinaires et se réjouit de pouvoir s’en régaler ce soir-là. Il connaît bien, par ailleurs, la réaction des expatriés face à ces mets et ne s’offusque pas si on plisse du nez ! L’atmosphère est détendue et ouverte, l’ambiance est à la rigolade.

Se côtoient donc sur la table des chenilles grillées (un délice paraît-il et une excellente source de protéines m’assure-t-on !), des anguilles ayant la même allure que leurs comparses rampants, un tantinet plus grosses, des tripes de je ne sais plus quoi, mais bon ça ne change pas grand-chose en fait car peu importe le propriétaire des tripes ça finit par être des boyaux (à l’allure un peu caoutchouteuse) farcis de quelque chose (farce qui peut s’avérer délicieuse, soit dit en passant). Avec ceci, du poisson salé (ou fumé ? je ne sais plus) dans une sauce à la tomate avec ce que je crois deviner être du chou, et du foufou, un mets très populaire ici fabriqué à base de farine de manioc, de maïs ou autre céréale, mélangée avec de l’eau. C’est donc un genre de pâte à texture un peu de colle qui, au final, ne goûte pas grand-chose. Il faut l’accompagner de quelque chose. Que choisir avec toutes ces options devant moi !?! Je n’ai pourtant pas hésité longtemps et j’ai joué la carte de la sécurité. J’ai pris un peu de foufou, avec le poisson salé/fumé en sauce et j’ai goûté à la sauce dans laquelle avaient été cuites les tripes (je sais, je sais, aucun courage ! Mais c’est bon j’ai les 4 grrrrrroupes, pas besoin d’un apport protéinique supplémentaire !) C’était pas mal. Le poisson était certes le plat que j’ai préféré, la sauce des tripes était bonne et assez relevée, j’en ai imbibé le foufou pour lui redonner un peu de pep !

Après ces agapes, nous voilà parties pour le spectacle. Un genre de concert rock en plein air, 2$ l’entrée, pleine lune et ciel étoilé inclus. Plutôt génial ! La première partie était pleine de bonne volonté et on félicite le chanteur pour son ardeur au travail, mais c’était vraiment la deuxième partie le plat de résistance ! Sao : un groupe formé d’un chanteur congolais et de musiciens français. Ils chantent des rythmes africains en français et lingala (une des cinq langues principales parlées au Congo). C’était super chouette ! On a rencontré sur place une de mes collègues/co-loc d’ACF et ses amis, dont une qui a eu le béguin soudain pour le chanteur.

Sans que je ne sache trop comment on s’est retrouvé après le spectacle à prendre un verre avec les musiciens et le chanteur et à être invités à la fête où ils allaient terminer la soirée ! Wow ! C’était presque comme aller backstage après un spectacle de rock star… j’ai bien dit presque ! On a donc terminé la soirée dans une fête privée, à danser (« tenter de se trémousser le popotin dans tous les sens comme les congolaises sans y arriver et en tentant de garder sa dignité » décrirait mieux l’action que dire que nous avons simplement « danser » !!!) avec plein de congolais dans la cour arrière d’une villa. L’histoire reste muette sur les suites du béguin avec le chanteur, si suite il y eut ! Désolée !

« Aux AAAAArmes citoyens… ! »

14 juillet oblige, je suis allée souligner l’anniversaire de la prise de la Bastille à la résidence de l’ambassadeur de France! C’est que ça peut vite devenir une habitude ces soirées! Cette fois-ci, j’y suis allée avec des collègues et j’y ai croisé des connaissances, pour la plupart d’autres humanitaires venus témoigner de leur patriotisme envers l’hexagone et, accessoirement (mais bien sûr!), savourer champagne et petits fours. A l’instar de son homologue américaine, Madame la femme de Monsieur l’ambassadeur, Geneviève de son petit nom, a présenté la grandeur de son pays à travers ses différentes spécialités culinaires et gastronomiques, mais elle avait plutôt opté pour une formule buffet… c’est tellement fin un buffet! (Eh non, pas de p’tites bouchées chaudes à l’ambassade de France… j’en connais un qui aurait été déçu!) Ce fut une très belle soirée, beaucoup plus festive que la version US, se déroulant cette fois encore dans un cadre enchanteur avec vue imprenable sur le fleuve Congo et Brazzaville en arrière plan.

Courrier du lecteur
La rédaction tient à remercier chaleureusement et sincèrement son fidèle public pour les marques d’encouragement et de soutien qu’il lui prodigue. Votre intérêt quant à ma constance face aux bonnes résolutions prises est touchant et il me fait plaisir de vous rassurer à ce sujet. La mince (quoique pas tant que ça finalement…) variété d’options pour faire du sport ne m’a pas trop empêchée, jusqu’à maintenant, de bouger un peu. Depuis quelques semaines, en effet, la piscine du Cercle culturel français fait partie de ma routine quasi quotidienne (et le w-e, les options bronzette et lecture s’ajoutent au forfait). C’est juste très dommage qu’elle ait fermé hier (à défaut d’aller nager chez les français, je suis allée me rafraîchir autrement chez eux!) et qu’elle ne réouvre pas avant un mois et demi! Mais ce détail ne saurait ébranler la détermination qui nous habite, c’est pourquoi le plan B sera mis à exécution pas plus tard que… demain (me suis couchée tard hier!) : le jogging!

ACF n’autorise pas plus la course que la marche dans les rues de Kinshasa, mais il y a un quartier (et un seul) où cela est permis. C’est dans le quartier (je vous le donne en mille)… le quartier des ambassades!! On n’y échappe pas! J’y suis déjà allée à 2 reprises et c’est un très bel endroit pour courir et/ou marcher : longue rue interdite aux voitures (à part pour les grosses bagnoles luxueuse de l’année des résidents), bordée d’IMMENSES maisons agréables à regarder et longeant le fleuve. On y croise d’ailleurs de nombreux adeptes de la course. La difficulté principale avec ce plan, c’est l’horaire. Si on veut aller courir sur semaine, il faut partir tôt du bureau (quitter le bureau avant 18h30 ici c’est considéré tôt, même si officiellement la journée se termine à 17h). La nuit tombe très tôt et très rapidement ici : à 18h00 il fait encore clair comme en plein jour, à 19h00 c’est la nuit noire ! Il faut aussi prendre en compte la politique environnementale du gouvernement visant à réduire la consommation d’énergie et la pollution lumineuse (seulement 1 réverbère sur 2 voire sur 3 fonctionne, et projette un brin de lumière faiblard!!!!!!!!). Qu’à cela ne tienne, c’est sûrement gérable d’y aller 2 soirs par semaine et 1 fois la fin de semaine. Dossier à suivre!

Premiers pas dans le merveilleux monde de l’humanitaire… et de ses (multiples) réunions!
Sinon, tout va toujours bien… la santé, le moral, le boulot. Je commence à recueillir et à distribuer des cartes d’affaires (ah oui, je ne vous avais pas dit, j’ai des cartes d’affaires!!! hou la la! c’est du sérieux!!), je connais et reconnais de plus en plus de monde quand je vais dans des réunions (ou des fêtes chez l’ambassadeur!!), et je ne me contente plus de simplement assister sagement aux réunions, je commence même à y participer activement! Il arrive que ce soit de mon plein gré, parce que j’ai quelque chose à dire, ou encore on me donne la parole sans que je ne l’aie réclamée « Et ACF ? Qu’est-ce qu’elle en pense de la stratégie 2009 ? » Heu, ben, c’est-à-dire queeeeeeeeeeee…!! Je participais ce jour-là à une réunion pour la préparation du Plan d’Action Humanitaire 2009 pour la RDC pour les projets d’eau et assainissement. Je représentais le coordonnateur Eau et assainissement d’ACF qui est en mission sur le terrain. Mais je n’avais pas grand-chose à dire en fait. J’ai donc avoué mon peu de connaissance et j’ai posé une question d’ordre plutôt général à l’experte qui a été bien gentille d’y répondre et de relancer la discussion sur un autre sujet. Vous inquiétez pas, je ne vous ai pas trop fait honte, promis!

Aujourd’hui, je me suis proposée pour prendre les notes pendant la réunion inter-agence hebdomadaire et pour préparer le compte rendu. Je vous surprendrai peut-être, mais j’ai beaucoup de mal à ne pas lever la main quand on demande un volontaire et que tout à coup tout le monde disparaît sous la table ou est soudainement passionné par la mouche qui vole! Et puis j’allais faire un compte rendu de toute façon pour le chef de mission, aussi bien que ça profite pour marquer des points auprès du mec d’OCHA qui m’était très reconnaissant!

« Oh, say can you see ? »

4 juillet, jour de l’indépendance des États-Unis, jour de fête et de liesse pour nos voisins du Sud. Même ici, au fin fond de l’Afrique, l’américain célèbre sa chère patrie, symbole de liberté et de démocratie… ouais bon… Pour la première fois de ma vie, j’ai pris part aux festivités, sur l’invitation express de M. l’Ambassadeur lui-même ! Il faisait un ‘garden party’ à sa résidence.

Après avoir bien vérifié que mon nom (ou plutôt le nom de la personne dont j’avais récupéré l’invitation et que je représentais fièrement !) était bien sur la liste, après être passée par le détecteur de métal, après avoir fait fouiller mon sac (non, non, je ne m’apprêtais pas à prendre l’avion !!!), j’ai pu pénétrer à l’intérieur de l’enceinte (lire ici haute palissade de béton coiffée de barbelés) et j’ai reconnu le goût des grandeurs bien américain ! Un immense terrain bordé d’arbres géants, de buissons et de fleurs, un court de tennis, une vaste piscine creusée avec ‘pool house’ attenante. On oublie vite que, de l’autre côté du mur, les 8 à 11 millions de kinois (habitants de Kinshasa) n’ont pas tous accès à l’électricité ou à l’eau courante potable. Et que dire du reste du pays !?

Je suis arrivée juste à temps pour les hymnes nationaux et le discours en français cassé de l’ambassadeur. Les États-Unis, pas l’entremise de leurs agences de coopération et d’aide internationales (USAID et OFDA) sont un important bailleur de fonds en RDC. Certains programmes d’ACF sont d’ailleurs financés par les deniers de l’oncle Sam.

La partie protocolaire terminée, vint le temps des ‘tites bouchées’. Pour célébrer la diversité étatsunienne, les différentes parties du pays étaient représentées à travers leur spécialité culinaire. On m’avait prévenue, mais je n’avais pas voulu y croire, et pourtant ce fut le cas : on nous a servi des mini-burgers et des mini-hot-dogs ! Toutes les bouchées arboraient de mini-drapeaux et on s’essuyait le bec avec des serviettes de papier en forme de bannières étoilées! Patriotisme quand tu nous tiens !!

Comme j’y suis allée seule et que mon réseau est encore assez restreint à Kinshasa (aucun visage connu à l’horizon !), je me suis dirigée vers le groupe de jazz qui jouait au clair de lune sous les palmiers et j’ai apprécié leur musique. J’ai finalement engagé la conversation avec une très sympathique congolaise dont le mari travaille au ministère des affaires étrangères. On a discuté un long moment, c’était très agréable. On a échangé nos numéros de portable, peut-être nous reverrons-nous?

Mais détrompez-vous, cet épisode tiers-mondain n’est pas représentatif de mon quotidien! Mon travail commence à prendre forme. Entre autres occupations, j’accompagne le chef de mission dans diverses réunions d’organisations humanitaires, pour rencontrer les partenaires et éventuellement le représenter pendant ses vacances (du 15 juillet au 15 août !) ou quand il ne pourra pas y aller.

Tous les vendredi, c’est la réunion HAG (humanitarian advocacy group), organisée pas OCHA, l’agence de l’ONU qui s’occupe de coordonner les activités humanitaires dans le pays. C’est l’occasion pour les ONG, les agences de l’ONU et la MONUC (les casques bleus en RDC) de partager l’information sur la situation humanitaire et sécuritaire. J’étais assez impressionnée !

Evidemment je n’ai rien dit, (à part pour me présenter à tout le monde), mais j’ai beaucoup observé et absorbé. C’était très intéressant ! C’est comme si ça donnait un sens et une réalité à ce qui peut paraître si loin, si théorique quand on ne l’a jamais vu. Ces jours-ci, il y a un dossier chaud qui concerne les expulsés de l’Angola. Pour faire une histoire courte et simplifiée, depuis plusieurs années de nombreux africains (congolais, mais aussi d’Afrique de l’ouest) se sont rendus en Angola espérant profiter des mines de diamants. Leur statut n’a jamais été trop clair, ni réglo. Mais voilà que le gouvernement angolais a décidé unilatéralement de les expulser de son territoire et de les refouler de l’autre côté de la frontière, en RDC. Et le gouvernement congolais n’est pas d’accord d’accueillir ceux qui ne sont pas ses ressortissants.

Que faire de ces gens ? D’un point de vue strictement humanitaire, voire humain et éthique, il me semble qu’il faut les aider (ils n’ont rien! ni vivres, ni eau, certains sont malades, blessés…), mais d’un point de vue politique, c’est plus délicat, car ces gens n’ont pas de statut en RDC, ils n’ont pas les papiers requis pour rester. En tant qu’ONG on est apolitique et neutre, mais quand les problèmes politiques ont des répercussions humanitaires, on marche sur une fine ligne. La solution n’est certes pas humanitaire, ce qui n’empêche pas qu’une action en ce sens puisse être requise. J’ai beaucoup lu sur ce genre de situations et de questionnements pendant mes études, je ne pensais pas que j’en verrais une se dérouler devant moi, et surtout que je serais témoin de la réponse des ONG, de l’ONU, etc.

Ces questions humanitaires m’intéressent beaucoup. Elles baignent en pleine zone grise avec des considérations aussi bien géo-politiques, humanitaires, éthiques, organisationnelles, stratégiques, sécuritaires, qu’économiques… C’est un aspect qui, pour moi, donne un sens au travail quotidien. Au-delà des rapports à rédiger, de la gestion courante pour faire tourner la machine, la finalité de tout cela revient tout simplement aux questions humanitaires, aux humains qui souffrent et qui subissent.

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