Archive pour la catégorie ‘David Tousignant’

Trois jours, trois nuits

Jeudi, le 19 juin 2008
Keur Gbeul, Sénégal
9h50

À 120km de la frontière du Mali, l’autobus roule à environ 40km/h dans un chemin accidenté de terre battue. Si tout va bien, nous en avons pour 36 heures afin de parcourir les 1250 km séparant Dakar de Bamako (capitale du Mali).

Nous sommes partis hier, mercredi, à 18h de Dakar.

Mon intention initiale était d’emprunter le train mythique reliant ces deux villes avec l’intention d’effectuer un reportage chemin faisant. Suite à une discussion avec le chef de gare, j’ai acheté mon billet le mardi pour le mercredi 13h50. Arrivée à la gare à l’heure d’embarquement, ah non le train ne part pas aujourd’hui. Revenez demain, même heure, me dit le préposé au guichet. Suite à une nouvelle discussion avec le chef, je décide de me faire rembourser et me voici ainsi dans le bus bien bondé. Même les places de l’allée sont occupées. Nous sommes, attendez je compte les rangées (12 x5) 60  dans ce vieux bus à la suspension solide.

Les bagages sur le toit doivent faire 2 étages. Beaucoup de marchands traversent les frontières afin de vendre leurs marchandises de l’autre côté de la frontière.

Un spectacle nocturne se déroule de minuit à 7h du matin. Cordés comme des sardines chaque humain doit combler son besoin primaire de dormir. Cependant, il n’y a pas d’espace pour appuyer sa tête. Les têtes se promènent donc dans une chorégraphie avant-arrière, gauche-droite incessante.

Nous sommes comme des cousins qui dorment tous ensemble dans le lit d’une tante à Noël. Les gens font les choses tous ensemble. Il y a une symbiose qui unit ce mouvement.

Jeudi, 5h du matin

A 5h cette nuit, l’autobus arrête au milieu de nulle part, dans la savane du Sahel. Milieu semi-désertique qui varie en fonction des pluies. Actuellement en période d’hivernage, il s’agit de quelques averses et le paysage se transforme. À la grande joie des troupes de buffles, de chèvres et d’autres animaux d’élevage qui peuvent brouter tranquillement cette verdure naissante et rapidement abondante.

5 heures du matin, donc, pouf! Crevaison dans ce décor dépourvu de vie humaine. Mon voisin Ivoirien, me sort de mon demi-sommeil en me disant que nous avons crevé. Allons voir. Le calme plat de la nuit et la brise fraiche caresse la peau gentiment. La pleine lune ajoute à l’ambiance surréaliste du paysage.

Trois hommes observent le pneu crevé, le responsable du bus et les 2 mécanos armés d’un petit outil et d’une bonbonne permettant de souder au besoin. Cinq messieurs font pipi à quelques mètres dans la savane, les femmes peu nombreuses restent dans le bus. Des lumières au loin, un camion passe et continue sa route. Ce qui nous arrive semble normal. Tout le monde est détendu. Trois hommes sont étendus au bord de la route en avant du bus. Position précaire à mes yeux, mais quelle bonne idée que de profiter de cette malchance pour s’étendre à la belle étoile. Un homme voulait me laisser sa chemise sur laquelle il s’était étendu. Non merci ca va ainsi. Nous sommes restés ainsi une trentaine de minutes à sommeiller tout doucement dans la savane à la pleine lune. D’autres sont venus nous rejoindre au sol en avant du car. Tous partagent les mots du silence.

Jeudi, 14h16

Tout allait bien, l’autobus filait à environ 45 km/h depuis 5 minutes, les trous se faisant moins nombreux. L’équipe à l’avant se met à parler en wolof, mon voisin ivoirien me dit qu’ils trouvent que ca sent bizarre. Puis PAF, un bruit sourd retentit et l’autobus penche soudainement du côté gauche. La suspension vient de prendre congé.

En moins de 2 minutes, l’ensemble des passagers est regroupé tranquillement en dessous des arbres en bordure de la route. Il est 14h, nous sommes au plus chaud de la journée. Il doit faire 45 degrés à l’ombre me lance calmement mon éternel ami et voisin ivoirien qui me suit partout. Même si je vous écris ou lis un livre, sa belle présence sereine m’accompagne.

Pendant ce temps, les mécanos nous fournissent une douce musique métallique. En moins de 2 heures, ils retaperont la suspension. Soudure et tout ce que cela implique…

Jeudi, 19h48

Elle est moins drôle celle-là.

Je dormais paisiblement et profondément lorsque soudain la poussière pénétrant dans le bus me réveille. L’autobus arrête. Tous dehors une autre fois, j’apprends en écoutant les camarades que nous avons frôlé la catastrophe. Roulant à toute vitesse, environ 100km/h, sur une route enfin belle, le pneu arrière droit s’est désintégré. Gardant péniblement la route, le chauffeur a évité le pire. Lors du bris de l’après-midi mon ami ivoirien avait parle au chauffeur du pneu fissure. Rien ne fut fait.

Pour les Africains, il y a un ordre invisible qui contrôle le monde. Ainsi, nos nombreux problèmes mécaniques furent attribués à une passagère d’une vingtaine d’années. Tout récemment mariée, elle n’a pas respecté une tradition qui veut qu’une jeune femme se lave d’une façon spécifique. Pendant que les mécanos réparaient le véhicule, encore une fois, la jeune femme s’est donc lavée pour ensuite entrer la première dans le car. Ainsi, le fait d’avoir un véhicule mal entretenu, des pneus fissurés en plus d’être ‘’sur » surchargé, n’a rien avoir avec nos déboires.

Samedi, 21 juin
9h45

Encore sur la route…

Trois jours et trois nuits dans l’autobus à la belle étoile, nous voilà à la porte de Bamako. Environ 120 km à faire. La joie est de retour puis boum… un 9e ou 10e  bris mécanique. Jusqu’à maintenant, les mécanos ont résolu la suspension, remplacé 2 pneus désintégrés, changé la courroie, chargé la batterie. Cette fois-ci?

Tout comme les autres fois, le groupe sort du véhicule avec calme et sérénité.   

Amy, mon amie

Dimanche, 8 juin 2008

15h22


Quelque part entre Kaolack et Dakar, mon épaule gauche contre celle de ma voisine et la droite contre celle de mon voisin. Au Sénégal, ces bon vieux ‘’station wagon » Peugeot, souvenir de l’ancienne colonie française, 7 places promènent les voyageurs partout sur le territoire à 5$ par personne pour 250km.<p><p>


Pendant les 3 prochaines heures voir plus, le paysage aride du Sahel défilera sous nos yeux. Propice à l’observation et au recueillement, le trajet malgré la proximité des corps s’effectue en silence.<p><p>

 Lors de notre passage à travers un village, les splendides vendeuses de la route tenteront de nous attirer avec de magnifiques sourires et en brandissant les bras énergiquement. <p><p>

Je quitte à l’instant Amy Sarr, la présidente d’une association de femmes entrepreneures. Afin de se prendre en main et de contribuer à la sante économique de leur famille et de leur communauté, ces femmes se sont réunies afin d’unir leur force et de s’organiser. Certaines sont couturières, teinturières, productrices de jus ou de céréales. C’est le cas d’Amy qui achète des céréales et effectue la transformation en couscous et en 4-5 autres produits qui se retrouveront dans les assiettes de Sénégalais et même à l’étranger. La production maison d’Amy et c’est le cas de le dire, tout s’effectue de la maison familiale (garage, cours, cuisine et couloir pour la vente directe). De plus, la maison au complet met la main à la pate.<p><p>

En Afrique, les enfants sont matures très tôt. Un enfant de 2 ans sénégalais agit comme un enfant de 7 ans dans les sociétés occidentales.  »Ils doivent se débrouiller »: me lance simplement Amy.<p><p>

Cette jeune grand-maman sait de quoi elle parle. Après avoir élevé ses 5 enfants, elle s’occupe maintenant de ses petits-enfants et des plus jeunes enfants (3) de sa sœur. Où trouve-t-elle le temps pour s’occuper de ces magnifiques enfants, de la maison, de son mari et de son entreprise?<p><p>

Plus de 50 femmes font partie de l’association dont Amy est présidente. Des femmes courageuses et travaillantes qui se battent pour le statut de la femme.  Certaines filles se marient à 15 ans et enfantent dés lors. En découle, un taux élevé d’analphabétisme,  d’abandon scolaire et une grande dépendance envers le mari.<p><p>

Mon voisin de gauche semble s’être assoupi sa tête vient de plonger librement vers l’avant. Ma voisine de gauche elle se cache du soleil le plus efficacement possible (elle a hérité du côté soleil). Ma position du centre est précaire, dans l’éventualité d’un accident, je file directement entre le pilote et son voisin percuter le pare-brise déjà craqué, ce qui faciliterait mon passage. Les ceintures dans ces véhicules? Oui absolument, pour tenir les pantalons.<p><p>

La belle Adama, 7 ans, vit chez sa grand-mère Amy depuis sa plus tendre enfance. Sa maman, la fille d’Amy, vit et travaille à Dakar avec son conjoint. Ils visitent Adama quelques fois par mois.<p><p>

Un des fils d’Amy vit en Italie. Pharmacien de profession, il effectue de la supervision dans une usine au nord de l’Italie.<p><p>

Les fonds entrant au Sénégal en provenance de la famille vivant à l’étranger constituent le meilleur moyen de lutte contre la pauvreté.<p><p>

Dès mon entrée dans sa chaumière, je me sens chez-moi. Amy s’organise pour qu’il en soit ainsi. Tout juste entré, Amy m’invite à manger le plat sénégalais traditionnel le  »Thiebou diene ». Une assiette copieuse de riz, poisson et légumes. Un véritable délice. Le tout est arrosé d’un coca-cola bien frais. Fais comme chez-toi. La douche est là, ta chambre ici. Tu es chez-toi ici. L’effet Amy se fait rapidement sentir, je me sens à l’aise, tout-à-fait chez-moi alors qu’il y a 10 minutes Amy était une parfaite étrangère.<p>
La fille de Jose, un espagnol de 66 ans rencontré la semaine dernière, mariée à un Sénégalais qu’elle a rencontré à Paris. Venu s’installer à Dakar, sa fille a vendu la maison que Jose lui avait léguée. Désempare, il me confiait que sa fille vivait désormais dans un appartement loué et n’avait plus l’argent de la maison. Ce montant a été partagé à l’ensemble des membres de la famille de son époux.<p><p>

 »Je passe te chercher ce soir pour aller voir le spectacle d’amis espagnols au Centre-ville, j’ai le camion de la famille »: me propose-t-il. Après avoir passé 3 mois à Dakar au domicile de sa fille, il retourne en Espagne heureux de son séjour.<p><p>

De mon côté aussi, Amy, la famille et la charmante et rayonnante Adama du haut de ses 7 ans, m’ont donné tout ce qu’il faut et plus encore. 

Une question de securite

Thilene
Samedi 24 mai 2008, 18h05

Actuellement au nord du Senegal dans un village situe a environ 40 km au nord de St-louis, ancienne capitale du pays, j’attends Alioune. Ce producteur de riz sera au coeur de mon 1e reportage sur les Objectifs du millenaire.

Ayant tourne des images cet apres-midi au soleil eclatant de midi, je suis debarque seul (dans ce village ou je ne connais personne et qui m’est totalement etranger) a 16h extenue et amorti par ce soleil puissant. Les cloches d’eau entourant mes chevilles et mes mollets s’eclatent au max.

Les sympathiques membres de la federation d’agriculteurs m’accueillent chaleureusement a l’image de la temperature exterieure. Ils me montrent la piece arriere du batiment. Les matelas au sol, destines principalement a la priere (5 fois par jour chez les musulmans les plus fervents), me sautent aux yeux. Le couloir commencant a tourner joyeusement, je dois m’allonger de tout mon long, d’autant plus qu’Alioune par telephone annonce etre en reunion. J’y serai dans 30 minutes, dit-il… Il etait alors 16h30, il en est 18h15 actuellement. Ah! Un instant…

18h18, il vient d’arriver.

Une question de securite

L’enjeu de la securite alimentaire se situe au coeur de la sante et de la vie d’un peuple. Encourage par les institutions monetaires internationales a se specialiser et a acheter, principalement, les produits agricoles des pays developpes (grandement subventionnes), un grand nombre de pays pauvres ont delaisse leur propre agriculture. Ils deviennent ainsi vulnerables aux fluctuations du marche international tout en perdant un nombre important d’emplois dont ils ont pourtant bien besoin.

La jeunesse et l’espoir

Avant de debarquer dans ce petit village rural de 1000 habitants, j’ai assiste a l’assise annuelle des etudiants en administration, economie et comptabilite des lyces et universites senegalaises.

Discussions articulees et profond desir d’ameliorer le sort de l’Afrique pauvre.

Dimanche 25 mai 2008, 13h40

Le tournage dans le champ de riz a Alioune s’est deroule ce matin. Alioune a entretenu son champ et l’a defendu contre les oiseaux. Eux-aussi ont besoin de se nourrir de cereales, peut-etre meme plus que nous, me dit-il. Il doit tout meme se contraindre a les effrayer, en criant et en tapant sur une chaudiere, afin de nourrir sa famille, les membres de son village et si possible a vendre les surplus sur le marche senegalais.

Une grande famille

Les 1000 habitants de Thilene sont tous lies par une filiation commune (freres, tantes, cousins, neveux). Ce qui est plutot rare pour une village de cette taille, me lance-t-il.

Au retour du champ, nous attend un delicieux repas (riz local avec sauce aux oignons et boeuf) que les femmes ont prepare soigneusement toute la matinee.

Travail physique dans les champs pour les hommes et la cuisine pour les femmes. La complementarite… Ensemble ils arrivent a nourrir et a subvenir aux besoins des 4 enfants vivant avec eux.

Dakar 
Lundi, 26 mai, 22h35 

Retour a la maison

Apres 5 jours passes en milieu rural, je reviens a Dakar avec le sentiment d’etre a la maison. La joie de retrouver son monde, son chez-soi et ses reperes.

Ce sejour a la campagne m’a aide a mieux comprendre la societe senegalaise. Par sa perennite, la vie en campagne contient l’essence meme d’une societe, les cles qui permettent d’acceder a ses racines.

Arrive a Dakar, recherche des prochains sujets. Un reportage par semaine, le rythme est effrene mais quelle aventure!!!

Senegal
David Tousignant

Retour en Afrique

Cinq ans apres mon premier sejour en Afrique, voila que j’effectue un retour au source. En 2003, j’ai vecu en Afrique du Sud (le pays de Nelson Mandela et de l’apartheid) afin de contribuer a la mise sur pied d’un journal communautaire et d’une emission de radio a Bophelong, un township pres de Soweto.

Cette experience formidable a change ma vie et ma vision du monde. J’ai alors recu la plus grosse piqure de ma vie: l’amour de l’Afrique et de ses merveilleux habitants.

C’est donc avec une joie immense que je me retrouve depuis une semaine a Dakar au Senegal, ma porte d’entree de l’Afrique de l’Ouest. Cette aventure de  »Managers sans frontieres » m’amera du Senegal au Mali, en passant par la Mauritanie.

Semaine d’adaptation

Le defi de mon arrivee au Senegal etait d’etablir rapidement des liens avec des personnes de confiance impliquees socialement afin d’integrer les reseaux senegalais.

Des mon arrivee, le soleil et sourires eclatants m’accueillirent chaudement. Ne connaissant personne, je me suis installe au centre-ville de Dakar. Trois jours a m’organiser et a essayer de comprendre le fonctionnement de cette ville aux mouvements perpetuels. Ce tourbillon a engendre la perte de mon sens de l’orientation contribuant a m’identifier encore plus comme un touriste fraichement debarque. Comment sortir de cette image pourtant bien reelle et veridique? Touriste, touriste, nous avons besoin d’argent… Allons le voir, il devrait partager.

Un telephone, je dois telephoner, quitter le centre-ville, me faire un allie, quelqu’un en qui je peux compter. Francois Coulombe de l’ONG Alternatives m’a fourni les coordonnees de Mamadou Mignane Diouf un homme bien, m’ecrit-il, implique au sein des ONG senegalaises. J’ai un bon feeling.

Le 3e jour, je quitte le centre-ville a la rencontre de Migname vers Sicap, un arrondissement de Dakar a environ 5 kilometres du centre-ville.

Pays de confession musulmane (90%), les mosques, les incantations et la priere tapissent ce pays aux racines africaines bien ancrees. Nchallah, si Dieu le veut, retentit de partout.

Dieu l’a voulu, Mignane est effectivement un homme bon et genereux. Mignane honore la reputation d’accueil de qualite des Senegalais. Quelques minutes apres notre 1ere poignee de mains energique conventionnelle, il me proposait de m’heberger sans frais pour tout mon sejour… La teranga (hospitalite en wolof) a son meilleure.

En trois jours passes a Sicap (arrondissement de Dakar), j’ai la chance de faire des recontres formidables. J’apprends beucoup avec l’equipe du CONGAD (un reseau d’organisations non gouvernementales).

La table est mise afin de travailler activement sur les projets relies aux Objectifs du millenaire.

David Tousignant
Dakar, Senegal

Recherche