Archive pour la catégorie ‘Alexandre Binnie’

Un séjour écourté

Il y a trois jours, lorsque j’étais en train de travailler tranquillement au bureau à Birendranagar, j’ai reçu un appel du CECI Népal. Rajendra, un employé du CECI posté dans la capitale, me demanda quelle date j’avais planifié mon retour à Katmandou. Je lui ai répondu que je voulais revenir vers le deux ou trois de mai. Mon avion est le 6 mai, j’ai pensé que ça me laissait du temps pour relaxer juste un peu et faire le débriefing de mon stage. Alors Rajendra a répondu : « Non, tu reviens aujourd’hui ou demain, les Maoïstes prévoient une grande grève et des protestations pour faire démissionner le Premier ministre et prendre le gouvernement ». Je ne me suis pas trop posé de questions… Mon séjour dans le Mid-Ouest népalais a été alors un peu écourté. À peine le temps de dire au revoir aux gens qui m’ont traité comme si j’étais un membre de leur famille et me voilà à Katmandou. Le retour à la capitale fut très rapide comparativement à mon aller vers Surkhet. Une heure d’avion au lieu de 12 heures de VUS, ça se prend bien!

SAM_1069Maintenant, j’ai hâte de voir ce qui va se passer au point de vue politique. Hier, j’ai vu de la fenêtre du salon défiler 4000 personnes marchant en brandissant des drapeaux soviétiques. Voyez-vous, le jeune système démocratique népalais contient trois grands partis politiques et quelques autres partis de moindre envergure. Deux des trois grands partis sont de gauche : l’UML (Marxiste-léniniste) et les Maoïstes. Présentement, une coalition de gauche détient le pouvoir. Les Maoïstes, qui ne détiennent pas la majorité, veulent prendre le pouvoir sous peu et la démission sur le champ de l’actuel Premier ministre.

Question sécurité, il faut prendre des précautions mais ne pas trop s’inquiéter. Le Népal n’est pas un pays de grandes violences. Ce n’est aucunement à comparer à la gravité de l’Afrique subsaharienne. Néanmoins, nous avons fait quelques provisions de nourriture et nous n’irons pas nous pointer le nez au centre-ville.
Je ne resterai pas dans cette situation pour très longtemps, mon avion est dans moins d’une semaine. J’espère que les choses seront calmées d’ici là.

Prenez soin de vous, j’en ferai autant!

Je vous redonne des infos sous peu.
Alexandre

Être traditionnel ou Être rationnel

La fin de mon stage approche à grands pas. Dans à peine deux semaines, je retournerai à Katmandou afin de prendre mon vol de retour. J’espère que le Eyjafjalljökull arrêtera de projeter ses cendres volcaniques dans la haute atmosphère. J’aimerais rentrer bien pénard au Canada. Dans tous les cas, si ce volcan essayait de prononcer son nom, ça lui fermerait la trappe pour quelques semaines.

Maintenant, passons aux choses sérieuses. Si je devais mentionner seulement une leçon apprise au cours de mon stage je mentionnerais la réalité suivante : la réussite de projets de développement est fortement liée aux croyances et attitudes des populations visées. Je me suis demandé au début de mon stage s’il fallait que je respecte par-dessus tout la culture du pays dans lequel je travaille. Je crois qu’il est facile de respecter la musique, le folklore et certaines valeurs précieuses aux yeux du peuple visité. Cependant, lorsqu’il survient de développer des régions et des communautés, certaines valeurs traditionnelles vont directement à l’encontre du développement.

Au Népal, la répercussion du système de castes et de certaines valeurs traditionnelles poussent certaines communautés vers un perpétuel cycle de pauvreté. Le meilleur exemple pour illustrer mes propos est celui de la communauté Raji. Traduit en français, Raji veut tout simplement dire pêcheur. Devinez ce que cette caste fait depuis des siècles? Et oui… elle pêche! Cependant, un petit problème est survenu depuis quelques années, il ne reste plus assez de poissons dans la rivière. Les activités commerciales ne vont pas bon train et le peuple court à sa perte. Les Rajis sont à la croisée des chemins et un choix s’impose : être traditionnel ou être rationnel. Le traditionnel choisira de rester pêcheur. L’option de changer de travail ne lui traversera peut-être même pas l’esprit. Il persistera à faire ce que ses ancêtres ont fait car il croit que c’est la position qu’il lui est destiné sur cette terre. Il ne permettra pas à sa communauté de changer de métier et les traditionnels des autres castes n’accepteraient pas non plus un changement hors normes. La culture, leurs croyances religieuses et leur attitude empêcheront donc les Rajis d’améliorer leurs conditions de vie. De l’autre côté, le rationnel observera que la rivière n’est plus ce qu’elle était et arrivera à la conclusion que certains membres de son peuple doivent changer de métier s’ils veulent survivre. Il acceptera le changement et les rationnels des autres castes l’accompagneront dans cette évolution.

Je suis donc arrivé à la conclusion que le développement est supporté par des valeurs universelles: l’éducation, la science, la rationalité et l’égalité etc… Je suis loin d’être un fervent admirateur de la globalisation culturelle. J’apprécie la diversité et celle-ci est bénéfique pour l’humanité. Néanmoins, le choix des traditions coûte cher à certains peuples. Je souhaite simplement aux Rajis et aux autres peuples qui sont dans la même situation de trouver le juste milieu entre développement et culture. Quand j’y pense, il ne faut pas aller jusqu’au Népal pour rencontrer se dilemme. Les autochtones du Canada sont dans cette impasse. Bonne chance à ces peuples!

Trêve de philosophie et à bientôt!
Alexandre

Escapade à Rotamata

Cette semaine j’ai eu l’occasion de faire un petit voyage terrain très enrichissant pas très loin de la ville où je suis posté. Un haut superviseur de la Commission Européenne en matière d’eau et d’assainissement faisait partie du voyage. C’était donc une belle opportunité d’apprentissage.

Notre destination Rotamata est une communauté pauvre et marginalisée de notre district. Les gens de ce village ne se sont pas retrouvés dans un tel état de pauvreté sans aucune raison. Premièrement, même si l’État népalais a déclaré illégal le système de caste, en milieu rural ce système reste très respecté. La communauté de Ratamata est majoritairement composée de Dalits, la classe des intouchables. Lorsque l’on naît Dalit, on n’a pas accès à grand chose : l’éducation est un luxe, les champs que l’on cultive appartiennent à quelqu’un d’autre et on ne pense même pas à s’en sortir puisque de toute façon, on ne connait pas les ressources disponibles. Face à une telle situation, 90 % des hommes sont partis travailler en Inde ou au Moyen-Orient comme journalier. Quand ils reviennent dans leur village, ils ne rapportent pas pour des grosses sommes d’argent puisqu’ils forment le « cheap labour » des pays en voie de développement. Je vous laisse imaginer leur salaire… Les femmes sont celles qui écopent le plus dans cette histoire-là. Les hommes partis, les femmes doivent à la fois cultiver le champ, nourrir les animaux et bien sûr s’occuper des tâches ménagères qui se font toutes à la main. Elles triment dure!

Le travail d’Oxfam GB (Grande-Bretagne) et de mon ONG partenaire EDS va particulièrement aider ces femmes marginalisées. Un système d’eau potable vient tout juste d’être construit. Elles n’auront bientôt plus à marcher une heure avec en vase de 30 kilos d’eau sur le dos. Le plus grand avancement reste quand même que la communauté boira dorénavant de l’eau potable au lieu de l’eau de rivières. C’est fou lorsque l’on pense que dans certaines régions du monde l’eau potable est un luxe. Le pire dans tout ça c’est que le Népal n’est aucunement en manque d’eau. Simplement le manque de ressources financières et techniques en sont la cause. Cette communauté souffrait donc d’épidémies de diarrhée particulièrement dangereuse pour les jeunes enfants.
Ah oui, j’oubliais, cette communauté n’avait même pas de toilettes… Ils allaient dans la forêt ou près de la rivière pour leurs besoins, rien pour améliorer la qualité de l’eau des environs et la propagation de maladies. À la suite du projet, environ 300 toilettes seront construites. Elles ressemblent aux bécosses de nos arrières grands-parents, elles sont à l’extérieur à côté de leur maison. Cependant, celles-ci ne sont pas construites en bois mais plutôt de ciment. L’important reste qu’elles fonctionnent et cela pour plusieurs décennies.

Sur ce, à bientôt et tâchez de remercier après avoir lu ce message les deux choses les plus importantes qui vous tiennent loin de la gastroentérite : l’eau potable que vous buvez et votre toilette!
Merci!
Alexandre

Le temps c’est précieux!

Déjà plus de la moitié du mandat qui est derrière et il me semble que je viens tout juste d’arriver. Je me rends compte qu’il est difficile de faire de grande réalisation en si peu de temps.

Mon mandat est bien d’une durée de trois mois. Cependant, si on calcule le transport en avion aller-retour (6 jours), la semaine d’intégration -information sur le Népal et le CECI à Katmandou, la semaine de cours de langue, la semaine de voyage et d’établissement à Surkhet (le district de mon stage), le retour à Katmandou et mon « debriefing » (environ 5 jours)… eh bien, cela représente 33% du temps total qui n’est pas dédié directement à mon mandat proprement dit. Ce calcul ne tient même pas en compte les fameux jours de congé et de banda (grève générale dirigée principalement par le parti Maoïste) ni les fameuses péripéties du quotidien. Rien de plus facile que de constater que le temps est une ressource rare.

En trottant, j’ai presque fini de produire les documents organisationnels que je dois fournir à mon ONG partenaire. À cette étape de production, j’ai besoin de l’aide de quelques membres d’EDS pour rédiger et trouver de l’information. J’ai donc organisé un petit meeting pour départager les tâches et afin de choisir une date butoir. Tout s’est fait dans une sorte de grande discussion commune où chacun à dit son mot ou presque. J’ai bien hâte de voir si le temps alloué sera respecté. Franchement, je ne compte pas trop là-dessus, le temps est assez élastique par ici. Il ne faut pas trop que ça s’allonge puisque je n’ai pas beaucoup de temps en extra. Je vais pousser les choses avec patience et respect. Ça sonne bizarre, mais cette antithèse est la méthode qui fonctionne. Donc, comme eux, j’essaie d’être calme et sans le moindre stress, pas facile avec mon tempérament.

Tout de moins, je crois que je vais retourner au Québec avec un tantinet de zen Népalais.

Sans doute, plusieurs personnes en seront ravies et la qualité de mon Golf s’en verra améliorée!

À très bientôt, je suis en train de pondre un petit éditorial.

Alexandre

Place aux petites anecdotes!

Après avoir parlé de mon travail dans mon dernier message, j’ai décidé d’y aller un peu plus léger en contenu cette fois-ci. Rien de mieux qu’une bonne mise en scène du pays pour faire le travail. Depuis mon arrivée au Népal, j’ai vécu plusieurs petites expériences farfelues teintées d’incompréhension. Je vous en fait part de deux. L’une concerne les contacts humains et l’autre l’aspect culinaire.

Anecdote 1 : L’affection népalaise

Lorsque je me promène dans les rues, il est fréquent d’apercevoir des amis gars marchant deux par deux de manière très rapprochée démontrant leur affection l’un envers l’autre. L’un marche avec un bras autour du cou de son ami sans oublier de bien lui tenir la main. J’ai presque oublié de mentionner que cette scène d’affection est assurément accompagnée d’un cellulaire jouant de la musique Hindi avec un son à enterrer n’importe quel orchestre symphonique.  Quand j’ai vu pour la première fois cette démonstration affective, je me suis dit que les Népalais toléraient l’homosexualité. Après tout, le Kamasutra ne vient-il pas de cette région du monde? Cependant, après un bref instant, je me suis rendu compte que j’étais totalement dans les patates. Puisqu’un jour, lorsque j’étais à la maison du Chef de programme de mon ONG partenaire, sa fille caressait avec sa main le bras de son cousin tout en parlant tranquillement avec son père. J’étais tout simplement ébahit devant cette scène loufoque. Comment est-ce possible ? Comment concevoir mentalement un tel degré d’affection et de proximité sans une minime connexion à la sexualité.  Vous vous demandez bien si j’ai goûté à cette médecine? La réponse est oui! C’est les risques du métier…  Il m’arrive souvent de me faire prendre le bras par un ami ou un collègue de travail. Mais Alexandre n’est pas si fou que ça! Il a développé quelques astuces. Si après 2 ou 3 secondes la personne me tient toujours le bras ou la main, je me gratte la tête ou je pars une conversation tout en m’assurant de parler avec mes mains comme le ferait un Italien. Comme cela, la distance qui m’apparait confortable entre hommes est rétablie. Que du plaisir!

Anecdote 2 : De la viande, oui mais…

Je vous en prie, à tous les végétariens et les cœurs sensibles, ne pas lire ce message parce qu’il est doté de descriptions que vous n’aimeriez point! Pour les autres, profitez-en! ;)

Un jour, lorsque le mangeur de viande que je suis avait une petite rage provoquée par une alimentation à base de riz, de légumes et de fèves pendant environ deux semaines, j’ai demandé au propriétaire de mon appartement de m’accompagner au marché afin de me procurer de la bonne vieille protéine animale. Tous les deux avions le temps, le « timing » était parfais. Nous sommes donc partis à marcher et ce, sans être main dans la main, vers le vendeur de viandes porcines. Arrivés sur les lieux du crime, une cabane «  non hermétique » construite en bois avec un toit en tôle, remplace la rangée réfrigérée de notre bon vieux IGA. Me voilà stupéfait. Une fesse de cochon, peau et sabot en trop, est jonchée sur une vieille table en bois et semble s’amuser avec plusieurs de ses amies mouches. Mais n’allez pas croire que cette relation amicale perdurera bien longtemps puisqu’un homme avec une sorte de fouet tente de briser leur plaisir, du moins, pour l’instant d’une seconde ou deux.  Un client se trouvant devant moi demande un kilo de viande (tout se commande au kilo ici). C’est alors que le boucher commença la boucherie! Il prit son outil de prédilection, un objet mi-couteau mi-hache, et avec la délicatesse du Géant Ferré, découpa une pièce de viande. Ensuite, il déposa cet amalgame de peau, de graisse, d’os et d’un minuscule morceau de « viande » sur une buche déjà ensanglantée. À ce moment, j’ai pensé qu’il changerait d’outil pour découper plus finement la viande. Mais non, peine perdue, il broya le gros morceau en petits morceaux tout en gardant les mêmes proportions de l’amalgame. Puis, il les déposa dans un sac de plastique.  Les étapes de transformation étaient terminées. Cependant, tout commençait pour moi, c’était à mon tour. Mais, suite à ma demande et avec un léger montant en plus, « Jason » usa de plus de délicatesse. Je suis retourné chez moi et me concoctai une belle recette de chez nous. La viande était « surprenément » fraiche et je n’ai pas été malade. Suite à ce délice, je décidai alors d’aller voir les méthodes sanguinaires du marchand de poulet du coin!

J’espère que vous avez apprécié ces petites scènes qui habitent mon quotidien! J’ai volontairement ajouté un peu de sauce à ces anecdotes mais bon, c’est toujours plus délicieux ainsi!

À la semaine prochaine!

Namaste!

Alexandre

Recherche