Carnet de voyage

Samedi, 30 janvier, 2010 - 04:33

Yako, c’est ma ville… Celle de ma destinée au FASO.

 C’est seulement maintenant, après 3 mois de résidence, que je vous raconte ce qui suit.

 aYako est un carrefour, celui des gens affectés par la maladie mentale. Ceux-ci errent, , dans les rues de la ville, toute la journée, parlant à voix haute à moitiés vêtues. Yako c’est la ville à travers laquelle tout le monde passe, mais ou personne ne reste… C’est une petite localité à seulement 1h30 au Nord de la capitale Ouagadougou, la bruyante. De cette agglomération du PASORÉ, nous pouvons nous rendre dans presque toutes les villes du pays. Le seul Centre d’Hébergement qui s’y trouve, se situe à la SEMUS. La plupart du temps, les gens ne restent que pour la nuit, ils sont de passage …

En route vers une AUTRE DESTINATION.

Ces malades qui errent en vain, dans la ville déserte, viennent des quatre coin du pays. La majorité du temps, leur famille affligée par la honte, les ont abandonnés en chemin. Ils représentent pour eux des damnés desquels ils doivent fuir. Certains de ces malades ont une mémoire sociale tellement forte qu’ils arrivent à retrouver leur noyau familial, … C’est pourquoi, au coeur de ce coin perdu qu’est Yako, toute possibilité de repère est perdue. L’homme est alors victime d’errance perpétuelle tandis que la ville, elle, se peuple d’habitants, non désirés … De marginaux sociaux, délaissés et sans issue.  

 Yako se situe en plein territoire MOSSI (groupe ethnique majoritaire à 48% au Faso),  plusieurs de ces habitants adhèrent aux croyances animistes perçu comme la religion de l’âme et des esprits. Ainsi, chaque peuple, voire chaque village ou chaque clan pratique son propre animisme qui est basé sur une tradition spécifique. Les rituels qu’ils pratiquent visent principalement à cimenter la société. L’animiste croit aux pouvoirs surnaturels, à la magie et aux contacts spirituels avec leurs ancêtres. L’animiste explique les phénomènes sociaux par des raisons surnaturelles ou spirituelles. Par exemple, une personne atteinte de troubles mentaux peut être le résultant d’une mauvaise action posée dans une autre vie ou bien une punition que Dieu inflige à la mère de l’enfant en question.     

 

La discussion que j’ai eu avec un agent social de BOBO (deuxième ville du pays nommée la ville de la culture) nouvellement arrivée à Yako, m’a permis de confirmer mes observations. De fait, le plus gros fléau social de Yako, est sans aucun doute, l’EXCLUSION sociale. Celle que vive les veuves délaissées par leur famille parce que, soi-disant, elles sont des sorcières, celle des filles-mères, celle des handicapés, des prostitués ou des sidatiques et autres.

 LÀ

La situation des filles-mères  me préoccupe d’avantage, peut-être parce qu’elles sont nombreuses et visibles. Dans bien des cas, celles-ci furent rejetées de leur cours familial parce qu’elles ont enfanté hors mariage. Tandis que, tous les autres membres de cette même famille sont menacés d’expulsion si jamais ils osent lui adresser la parole ou bien même en cherchant à lui porter secours. Elles sont donc laissées à elle-même avec cet enfant ne tardant pas à prendre pied dans la vie. Il arrive fréquemment, que ces jeunes femmes tentent de tuer leur fœtus et même leur bébé qui vient à peine de naître. Bien entendu, elles le font pour pouvoir retrouver la dignité familiale. D’autres les abandonnent en bourse. Les orphelinats polluent de ce type de situations…

 Et puis, il y a celles qui toute la journée tournent dans la ville à la recherche d’un quelque chose à se mettre sous la dent. Nous les remarquons pagnes défraîchis accompagnées de leur nouveau née grevé à leur dos. Jusqu’au soir venu, ou elles retournent sous leur maison sans murs comme ces chiens amaigris, jamais rassasiés et poussiéreux. À Yako, la stigmatisation est violente. Il y existe une dualité certaine entre les liens familiaux-communautaires que la culture burkinabé entretiens et valorisent, alors qu’à l’autre extrême, existe cet ostracisme du marginal, cette exclusion de la différence.

 ICI, trop de gens deviennent des sans avenirs au sein de cet univers fermé sur le noyau dure du clan. Il faut cependant concevoir l’avenir comme un gage d’évolution… Cette mutation de l’être réalisable que lorsque nos besoins primaires sont en quelque sorte comblés au minimum.

 LA FAIM JUSTIFIE LES MOYENS … Ainsi à Yako les gens parlent haut et fort dans les rues, mais il n’y a personne pour les entendrent.

 Donc pour en revenir à la semaine dernière, je suis finalement allée visiter l’hôpital psychiatrique de Yako. J’y suis allée dimanche passé vers les 16h, il faisait soleil et chaud comme toutes ces journées passées au centre de ce pays tout près de la frontière SAHELIENNE, aride. En arrivant sur place, j’ai demandé à rencontrer un responsable. Il n’y en avait pas. C’était jour de congé. Presque tous les malades se trouvaient dans la cours avec un parent accompagnateur de leur malheur, cohabitant au quotidien avec eux, faute de structure sociale. Sans leur présence, ils ne pourraient pas être mesure de manger et dans certains cas, mêmes se doucher. La plupart d’entre eux se trouvaient attachés à un arbre à l’aide d’une chaîne à la cheville, soit ils étaient couchés par terre complètement assommés par l’effet des piqûres qu’ont leur eu injectées. Ainsi, jusqu’au retour de l’agent social, ils ne pouvaient faire autrement que de se tenir tranquilles. En tout et partout, le personnel se compose d’un psychiatre, d’un agent social, d’une infirmière et, je l’espère d’un garde de sécurité (absent ce dimanche en question). Je me suis fait la réflexion, qu’au moins ces individus ne sont pas conscients de leur situation et qu’ainsi ils ont à cœur de vivre. Ils m’ont tous, sans exception, demandé de leur donné une photo d’eux … Ça m’a fait sourire avant mon départ.  

 Yako, c’est un carrefour duquel les médecins canadiens viennent et reparte. J’espère que ce partenariat de 5 ans entre EUMC-UNITERRA, la Fondation médicale Canadienne et la SEMUS en lien avec les soins palliatifs perdurera et apportera beaucoup de soulagement aux âmes errantes de YAKO. Je garde en souvenir l’OPTIMISTE de ce DOCTEUR Labrie qui, en deux semaines, a parcouru l’ensemble des structures de santé de la ville. Merci d’être qui vous êtes ! 
EUMC,

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