Et voilà. Plus que 10 jours avant la fin de mon mandat. 10 jours durant lesquels je ne chômerai certainement pas.
Qu est-ce qui m’a occupé récemment? Les fameuses activités de suivi. En effet, une partie de mon mandat était de développer une méthodologie et des instruments afin de monter un registre des entreprises qui se sont créés à la suite des ateliers de projets dans la région de Bejuco (toujours au Guanacaste) et de faire l’analyse des impacts du cours.
Cette partie, je l’ai terminée il y a environ trois semaines. On m’a donc programmé une sortie pour aller appliquer cette fameuse méthodologie. Ainsi, du 26 au 28 mai, je suis restée dans une maison louée à un des participants aux ateliers qui a maintenant une entreprise d’hébergement. Je disposais de tout ce dont j'avais besoin et même plus: une chambre confortable, deux salles de bain, une cuisine full equiped et même la télévision satellite, mais surtout une grande table ou je pouvais étendre toute ma paperasse!
Voici donc le mandat qui m'est imparti pour ces 3 jours. Localiser les 60 personnes qui ont participé aux ateliers et réaliser une entrevue avec chacune d'entre elles (utilisant de ce fait même les instruments que j'ai développés). Le hic, aucun transport motorisé n’étant disponible, je dois me déplacer en bicyclette! J’hérite donc d’une bicyclette de très moyenne qualité, ce dont je ne me plaindrais pas normalement, mais le contexte cette fois-ci, est tout autre. Le pueblo ou je suis logée, Corozalito est au niveau de la mer, sur le bord de la plage et c est bel et bien un trou, dans le sens ou la seule façon d’en sortir est en montant d'énormes côtes au nord comme au sud. À l’ouest, c'est la jungle, à l’est c'est la mer.
Donc, ce vélo de piètre qualité ne m’a malheureusement guère servi à franchir les côtes (qui sont parmi les plus abruptes que j’aie eu la chance de contempler) puisque l’engrenage n’avait pas l air de servir à faire le changement de vitesse, le tout se faisant en effet de manière très aléatoire. Bon, les côtes ce n'est pas tout. J'ai deux jambes et il se trouve que je suis quand même en forme et donc, elles ne furent pas un défi insurmontable.
Je crois que réellement le pire fut que les routes sont pratiquement faites en pierres, non pas en douces pierres pavées ou en gravier, mais bien en grosses pierres rondes et pointues et donc la partie de mon corps qui a le plus souffert de cette balade, c'est sans aucun doute mon derrière!! Ah comme je m ennuyais de ces fameux bancs de gélatine...
Malgré toutes ces misères, ces trois jours furent des plus intéressants et des plus divertissants. Eh oui, je me suis surprise à éprouver du plaisir dans l’exécution de cet effort physique intense. C’est quand même pas tous les jours qu’on a l’occasion de se payer un trip de vélo de montagne dans une région reculée d’Amérique centrale. De plus, le mandat de rencontrer les gens étaient des plus plaisants, c’était un peu comme un petit rallye : arriver dans un village, s’asseoir tranquillement avec une famille de ticos et prendre en note les adresses et les numéros de téléphone de tout le monde!
Les entrevues furent également des plus intéressantes. Je ne veux pas tirer de conclusions hâtives, il me reste encore à faire l’analyse des résultats, mais c’est encourageant de voir le nombre de micro-entreprises qui se sont créées et de toutes les sortes : cabinas, atelier d’ébénisterie, restaurant, artisanat, production agricole, élevage, garage, crèmerie, construction, groupe folklorique, il ne manque rien!
Les gens sont très contents de se confier, de raconter leurs problèmes, comment ils les ont surmontés et c’est toujours un peu déconcertant (désolée pour le préjugé) d’être face à face à quelqu’un qui n’a pas terminé l’école primaire, mais qui discute aisément de l’instabilité des prix sur les marchés, d’une baisse de la demande et de ses nouvelles stratégies de commercialisation.
Miguel Sobrado, le coordonnateur du projet d’Alphabétisation entrepreunarial a toujours dit que le plus difficile dans ce projet, c’était faire confiance aux gens, croire que ceux-ci pouvaient surmonter les difficultés et se sortir eux-mêmes de leur pauvreté ou du moins améliorer sensiblement leurs conditions de vie.
Face à tous ces gens que j’ai rencontrés la semaine dernière, j’étais continuellement portée à les comparer avec les étudiants actuels des ateliers de projet, qui sont à l’étape de l’élaboration, qui prennent 10 minutes pour calculer un pourcentage, qui formulent leurs idées bien maladroitement. Deux ans plus tard, avec l’expérience et la pratique, les participants de Bejuco sont beaucoup plus sûrs d’eux, ils ont assimilé les concepts et ils travaillent eux-mêmes au développement de leur communauté et de leur région.
Mon bilan de ce stage est extrêmement positif : j’y aurai fait de belles rencontres, j’aurai appris à travailler directement avec les communautés, j’aurai connu une réalité extrêmement différente de la mienne et par le fait même une conception de la vie différente.
C’est donc des projets pleins la tête que je serai de retour au Québec le 30 juin prochain!
Pilas, une des communautés cibles






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