Carnet de voyage

Lundi, 11 mai, 2009 - 11:59

Lagarto, c’est une petite communauté de pêcheurs située dans le district de 27 de Abril.  L’indice de pauvreté y est très élevé, l’unique source de revenus est la pêche, il n’y a pratiquement ni service ni commerce et les habitants ont conscience qu’ils vivent au moins 50 ans en arrière, mais ceux-ci n’ont jamais appris à rien faire d’autre que pêcher et donc, c’est ce qu’ils font.  Malgré sa situation en bord de mer et son climat ensoleillé, son éloignement l’a gardée à l’abri des touristes.   

Toutefois, on sait tous que c’est rarement bon pour une région de n’avoir qu’un seul moyen de subsistance.  Aussi, en avril dernier, est survenue une marée rouge dans les environs, qui a eu des conséquences dévastatrices sur la communauté.  Pendant des semaines, rien n’a pu être pêché et certaines zones n’ont pas encore été décontaminées. 

Lagarto est une des régions où nous sommes allées présenter le projet.  Comme ici, les pouvoirs municipaux se concentrent dans les villes et laissent les régions s’organiser elles-mêmes, pour contacter ces différentes communautés, nous avons passé par les leaders communautaires, c’est-à-dire le comité scolaire ou le comité de l’église.  À Lagarto, il n’existait aucune association de ce genre au moment de la convocation, puisque le comité scolaire venait de s’effondrer par manque de participation.  Nous avons donc convoqué un monsieur du nom de Don Luis Alberto Calderon, qui est un leader informel, dans le sens où, par lui-même, il prend des initiatives pour la propreté des lieux, le développement d’une coopérative de pêcheurs, etc. 

C’est donc à lui que nous avons confié la tâche d’informer les gens que nous viendrions faire une présentation de notre projet à Lagarto.  Il a réuni un certain nombre de gens et avec eux, nous réalisons un premier diagnostic du village, c’est-à-dire, les sources de revenus, les problèmes sociaux, les organisations existantes, etc.  Nous nous informons toujours du nombre de familles pour avoir une idée de la population et les gens présents (environ 25 personnes, la moitié étant des femmes et l’autre moitié étant des hommes) nous ont affirmé qu’il y avait environ 16 familles, ce qui nous a semblé tout à fait possible puisque Lagarto en entier ne contient qu’une seule rue et se traverse à pieds en 5 minutes. 

Quelle ne fut pas notre surprise et notre déception de ne voir seulement que 10 personnes inscrites au cours et parmi ces dix personnes, aucune femme et pratiquement que des membres de la future coopérative de pêcheurs.  Cela nous a intrigué.  Nous nous sommes donc rendus à la municipalité pour faire des recherches sur la communauté et avons découvert qu’il y avait en fait une soixantaine de familles enregistrées à Lagarto et un autre secteur un peu plus éloigné.  La dame qui nous a accueilli là-bas nous a d’ailleurs raconté une histoire qui a confirmé nos soupçons.  Elle avait organisé une activité afin que les pêcheurs de la zone (Lagarto ainsi que quelques autres communautés des alentours) puissent obtenir certains permis et avait convoqué une réunion.  Personne de Lagarto n’est venu.  En revenant à la municipalité, elle a rencontré des pêcheurs de Lagarto et ceux-ci lui ont affirmé que Don Luis, qui avait été mis en charge d’informer les pêcheurs, n’avait pas passé le message. 

Cette semaine, alors que nous commençons les ateliers de projets dans toutes les autres communautés, Lagarto est toujours en stand by.  Denia et moi, nous sommes rendues sur place pour tenter de clarifier la situation.  Nous avons rencontré Don Luis qui nous a effectivement confirmé qu’il y avait 60 familles à Lagarto, mais celui-ci nous a affirmé que toutes les autres familles ne sont pas intéressées par le développement du village, qu’elles préfèrent continuer à vivre ainsi et donc que ça ne vaut pas la peine de les inviter.  Ces gens font partie du nouveau comité scolaire et ils refusent de prêter l’école à Don Luis et ses compagnons pour l’atelier de projets.  En ce qui concerne le manque de participation des femmes, le fils de Don Luis nous explique qu’en fait, les femmes à Lagarto ne sont que des « medias personas », alors il ne faut pas s’en faire. 

Nous avons réussi à lui extirper quelques noms et numéros de téléphone des gens faisant partie du comité scolaire (nouvellement formé) sous prétexte de les convaincre de nous prêter l’école.  Nous sommes donc allées rencontrer Doña Esther et nous avons découvert qu’il existait une grande rivalité entre les familles de Lagarto et ainsi Don Luis et sa clique avaient exclu le reste du village de la capacitation!! 

Nous avons fixé une réunion avec elle pour la semaine prochaine afin de développer des stratégies pour rejoindre le reste des gens du village.  Reste à voir si ce sera possible d’allier les différents clans et de les rassembler dans une seule classe…

Les pêcheurs de Lagarto

Denia en discussion avec Doña Esther

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