Archive pour mars 2009

Le pourquoi du projet

Maintenant que vous êtes familiarisés avec la méthodologie de capacitation massive, voici un petit aperçu du contexte dans lequel est né le projet, du pourquoi on l’applique ici dans la province de Guanacaste. Originellement, cette province située au nord-ouest du Costa Rica était un territoire autonome du Nicaragua. 

La région était divisée en seigneuries et donc quelques riches et puissants avaient main mise sur tout.  De cette situation, s’est développée une certaine culture de servitude, dans le sens où les gens se sont habitués à une agriculture de subsistance et à ne pas être propriétaires.  Ainsi, maintenant, soit les costaricains de la région travaillent pour des producteurs étrangers ou de grandes compagnies ou ils continuent à pratiquer une agriculture de subsistance.  Plusieurs sont devenus propriétaires, car une organisation l’Instituto de Desarrollo Agrario (IDA) a développé un programme de redistribution des terres.  Toutefois, la plupart des bénéficiaires de ce projet n’ont pas su en tirer profit.  Chacun a des poules, quelques vaches, un cheval et cultive un peu de riz et de maïs et vend ses surplus, mais sans projet mercantile précis. 

Cela leur permet au moins d’avoir un logement, de se nourrir et d’avoir accès à l’eau potable (quand il y en a, le Guanacaste est la région la plus aride du pays avec six mois de saison sèche sans une goutte de pluie et il arrive souvent que l’eau courante vienne à manquer) et à l’électricité.  Toutefois, on ne peut pas nécessairement parler de qualité de vie, seulement de la satisfaction des besoins primaires. 

De plus, dans les dix dernières années, le tourisme est devenue la principale activité économique du pays.  Or, si le tourisme peut parfois être saludaire, il peut également être dévastateur pour les locaux lorsqu’ils n’en n’ont pas le contrôle.  Le tourisme, s’il produit de l’emploi, produit rarement des emplois de qualité : ceux-ci sont saisonniers, mal rémunérés, sans avantages sociaux et les gens sont complètement dépendants des étrangers (par exemple, dans un contexte de situation économique comme celui que l’on connait actuellement, l’industrie est durement touchée par un facteur extérieur sur lequel le pays n’a aucune prise).   De plus, sans apporter les problèmes sociaux qui sont souvent déjà présents dans les communautés, ils peuvent les aggraver, entre autres, la consommation de drogues et la prostitution (deux services pratiquement essentiels dans un contexte de tourisme de masse).  Dernièrement, le Costa Rica, réputé pour son extraordinaire biodiversité et sa conscience environnementale hors pair, perd beaucoup lorsqu’il vend des territoires protégés à des promoteurs voulant construire des condos ou de grands complexes hôteliers. 

La plus vieille démocratie d’Amérique Latine fait la sourde oreille aux réclamations des citoyens qui souhaitent conserver leur patrimoine et qui s’organisent de plus en plus face à ce fléau.  Or, si pratiquement tout le monde sait lire et écrire, beaucoup sont peu scolarisés (il ne manque pas d’écoles ici, mais il manque de professeurs prêts à s’installer dans les régions éloignées; autre problème quant à la scolarité, c’est que beaucoup ont des enfants très jeunes (14 ans) étant donné le tabou de la sexualité et le peu d’informations à propos des moyens de contraception) et ne disposent donc pas des outils pour se prendre en main et proposer des projets concrets.  La région fourmille de bonnes idées et de ressources également (il y a en effet une grande présence d’ONG, de crédit populaire et de programmes de développement gouvernementaux, ce qui lui manque c’est une certaine pensée entrepreneuriale, des instuments concrets pour que les idées passent du rêve à la réalité. 

C’est là qu’intervient le projet d’Alphabétisation entrepreunariale et son programme de capacitation massive.  Si jusqu’à maintenant, il semble avoir obtenu un certain succès dans la région (on compte un grand nombre d’entreprises s’étant développées), on n’a toutefois jamais fait d’analyse approfondie afin d’en mesurer les impacts.  De plus, un des principaux instigateurs du projet est décédé subitement en janvier dernier en emportant la plupart des informations clés dans sa tombe puisqu’il ne gardait aucun registre écrit ou informatique. 

Une équipe (dont je fais partie) travaille donc à remettre le projet sur les rails en tentant de le réaliser dans de nouvelles communautés et parallèlement, on veut essayer de recueillir de l’information sur les expériences antérieures afin de connaître les méthodes expérimentées et déterminer à quel point la capacitation a vraiment influencé la création d’entreprises. Pour terminer, voici quelques photos des communautés où nous avons présenté le projet.

Publicité à 27 de Abril

La charmante ville de 27 de Abril

Présentation du projet à la communauté La Florida Scène typique de la Florida

Le cours de couture du LOT de Santa Bárbara

L équipe de travail

La communauté Lagarto

Life is not fair… but your coffee can be.

Bonjour à tous! Désolé de ne pas avoir écrit plus tôt. J’ai pris quelques moments afin de développer mes réflexions concernant mon placement à savoir quoi écrire. J’ai tenu un journal à jour afin de conserver mes observations et mes impressions. Je vais ajouter des informations fréquemment donc je vous invite à visiter le site souvent.

Merci

Nicholas

12 janvier 2009

J’effectue présentement un stage au bureau national de l’organisme. Je découvre peu à peu les rouages de l’administration. Mon travail s’articule présentement autour de l’évaluation des différents programmes canadiens. Au cours des prochaines semaines je serai responsable de diriger une équipe de volontaires afin de réaliser une étude sur l’intérêt pour le commerce équitable à l’échelle du pays dans plus de vingt-cinq universités. De plus, je travaille afin de coordonner une journée de sensibilisation sur le commerce équitable. J’ai bien hâte de voir quels défis m’attendent dans l’accomplissement de cette tâche.

Mon périple n’a définitivement pas la même saveur que mes pairs. À la sorti de l’avion, ce n’est pas l’odeur de la forêt tropical ni le vent chaud et sec du désert qui m’a accueilli. J’ai été reçu à Toronto par le vent, la neige et le froid. Toronto est considéré comme la métropole du Canada. La région métropolitaine de Toronto comprend plus de 5 millions d’habitant. La plupart des habitants sont anglophones, mais il existe plusieurs communautés ethniques. En somme, ça fait un mélange culturel intéressant où il est possible de voir beaucoup de diversité en se promenant dans rues de la ville.

Ma première semaine allait s’achever et je me préparais tranquillement à quitté pour la fin de semaine quand le co-fondateur d’ISF est arrivé comme un coup de vent dans mon bureau. Il me donne sa carte de crédit et les clés de son bureau et me demande d’aller chercher du vin… beaucoup de vin. Abasourdis, je me lance à la recherche du LCBO le plus proche, file au rez-de-chaussée en dévalant les escaliers, enjambe le vélo et me lance sur la route. Me voilà en plein milieu du centre ville de Toronto, en vélo dans les rues en plein heure de pointe. Au même moment je me rappelle des consignes que l’on donne normalement aux volontaires avant de partir outremer : ne conduisez pas de motos sans casques…  j’aurais  peut-être dû prendre un casque… (Bon rassurez-vous rien de mal n’est arrivé). Je combats le trafic, me faufile entre les voitures et les wagons du tramway pour faire ma place. J’atteints finalement l’objectif après avoir évité quelques pare-chocs. J’explose la porte, empoigne le plus de bouteilles possible (un bon vin de l’Afrique du sud à 7$ la bouteille… que voulez-vous, je ne bois pas!) et quitte le magasin. J’enfourche le vélo à nouveau, maintenant chargé avec douze bouteilles sur le dos et entame le chemin du retour, qui fut d’ailleurs sans embûches. Chaque vendredi les gens du Bureau national d’ISF se regroupent pour boire à la santé des succès de la semaine. Le premier verre fut levé afin de saluer ma venue dans l’équipe.

21 janvier 2009

La candidature de Laval pour la conférence national d’ISF na pas été retenue. Mémorial University à Terre-Neuve a été choisi contre Laval pour être l’hôte de la conférence en 2010. J’ai été déçu d’apprendre que la qualité du dossier de candidature, les nombreuses lettres d’appui ainsi que les heures mises dans la préparation n’ont pas été considéré dans le processus d’application. L’attribution s’est faite uniquement en fonction des gens que le Bureau national d’ISF voulait récompenser. Je crains que cette décision ait des conséquences négatives sur la section de Laval. Je détecte un peu d’amertume envers le Bureau national déjà en raison du manque de support que la section a reçu pour le projet Massif sans frontières (activité de financement). Probablement que la conférence national d’ISF qui s’en vient bientôt pourra rétablir la situation.

29 janvier 2009

Cette semaine avait lieu la conférence Nationale d’ISF. Ce rassemblement regroupe plus de 600 personnes provenant des différentes sections universitaires du pays. Le gens participe à l’événement afin d’apprendre sur le développement international et comment répondre aux enjeux. La conférence nationale d’ISF a grandement contribué par le passé au développement de mes connaissances concernant les enjeux liés à la pauvreté en Afrique.

Cette année des grands conférenciers ont abordés plusieurs sujets du développement international. Comme par exemple Sakiko Fukuda-Par, ancienne directrice du rapport mondial sur le développement humain au Nations-Unis,  et  Roy Steiner de la fondation Bill and Melinda Gates. L’un des conférencier les plus intéressent était Neil Turok, fondateur de l’institut africain des sciences et mathématiques. M. Turok prétend que le développement de l’Afrique passe par l’éducation universitaire et en encourageant les études supérieurs. Il vise à ce que le prochain grand savant de l’humanité vienne du continent africain. Vous pouvez visionner un discours de M. Turok à l’adresse suivante :

http://www.ted.com/index.php/talks/neil_turok_makes_his_ted_prize_wish.html

Toutefois, la conférence de cette année fut tout de même très controversée. Tout d’abord, le contenu francophone fut très limité voir même inexistant. Outre le 4h30 de traduction en temps réel et un atelier de 1h en français, près de 95% de la conférence était entièrement anglophone. Ceci s’avère problématique pour une organisation qui s’annonce bilingue et qui tente d’améliorer ses connections avec le Québec. En fait, le peu de contenu francophone a causé énormément de frustration auprès des membres des sections du Québec et en particulier ceux de la section de l’Université Laval. Je me suis senti interpellé par leurs plaintes et je me suis retrouver à mener une campagne pour défendre le français. Nous avons profité de l’assemblée générale pour poser des questions à propos du français. J’ai notamment soulevé le point de la traduction du site Web, qui un an après avoir été promis, n’était toujours pas complété. Les questions ont continué très tard dans la soirée et par deux reprises les membres, principalement anglophones, ont décidé d’étendre la période de question. La discussion s’est soldé par une motion de tenir le conseil d’administration responsable de l’intégration de la francophonie dans l’organisation. Ce qui fut accepté à l’unanimité parmi près de 200 membres encore présent. Francophones et anglophones ont célébrer ensemble toute la nuit avec l’impression que les événements de la soirée les avaient rapprochés et que les différences linguistiques et culturelle s’étaient estompés. Je crois que le français est bien reçu dans l’organisation et que l’intégration de la francophonie rendra l’organisation plus forte.

Le leg de Clodomir Santo de Morais

Clodomir Santo de Morais est né au Brésil en 1928.  En 2008, il a reçu le prix Right Livelihood (prix des Droits humains pour la lutte contre la pauvreté) à titre de reconnaissance pour ses contributions aux théories de l’organisation et au développement des plus pauvres.

Il fut d’abord fondateur et rédacteur en chef de la revue La Voz del Norte, un journal engagé qui le mena à l’activisme politique.  Il fut élu député communiste dans les années 50, emprisonné par la dictature et finalement exilé au Chili.  C’est là qu’il poursuivit ses études pour devenir sociologue et il participa également à un cours de l’ONU de conception et administration de projets qui le mena où il est aujourd’hui.

Sa méthode de capacitation massive (MCM), qui nous intéresse aujourd’hui est née de plusieurs constats :

Premier constat : La pauvreté et le sous-emploi est un macro-problème et il a donc besoin d’une macro-solution (sans toutefois nier que les micro-solutions ont leur utilité).

Second constat : Les pauvres ne s’en sortiront pas en entrant en compétition les uns contre les autres comme le dicterait la libre concurrence, mais en s’unissant, en étant solidaires.

Troisième constat : Les programmes de développement des banques ne rendent pas les pauvres auto-suffisants.  Au contraire, ils s’endettent et souvent n’arrivent pas à se sortir de leur condition.

Dernier constat : Éducation formelle ne rime pas non plus avec prospérité.  Par exemple, au Costa Rica, le taux d’alphabétisation est très élevé (92%), et pourtant la pauvreté subsiste comme un des principaux problèmes sociaux.

Il était donc clair pour de Morais qu’un nouveau programme de formation était nécessaire, un programme qui permettrait aux communautés de développer leurs habiletés organisationnelles, et donc de créer par eux-mêmes les conditions propices au développement.

La MCM est donc structurée en deux parties :

1)      Atelier de projet

Ils sont basés sur le fait que les gens ne sont pas des pages blanches, ils ont déjà une expérience organisationnelle pertinente, bien que la plupart du temps, elle soit informelle.  Par le fait même, chaque personne a développé une structure idéologique organisationnelle qu’ils auront tendance à transférer aux processus organisationnels.  Or, ce transfert de connaissances acquises dans des organisations simples (famille) à des organisations complexes (entreprises) ne se fait pas sans peine.  Les ateliers de projet visent donc à formuler de façon théorique ces connaissances souvent intuitives par le biais d’un exercice appliqué, en l’occurrence, la rédaction d’un plan d’affaires.

2)      Laboratoires organisationnels

Il s’agit en fait de cours offerts à la communauté pour que ceux-ci puissent acquérir les connaissances techniques nécessaires à la réalisation de leur plan d’affaires.  Toutefois, ces cours sont entièrement gérés et organisés par la communauté.  Ils n’ont d’autre choix que de développer une structure, distribuer les rôles, ce qui leur permet de voir les limites des connaissances acquises et de faire naître de nouvelles pratiques organisationnelles.  Ce ne sont pas les professeurs qui leur enseignent, mais bien le contexte qui leur montre la voie à emprunter.

C’est sur cette méthodologie que se fonde le projet de Développement de micro-entreprises du CEMEDE, aussi appelé Alphabétisation entrepreneuriale et c’est sur ce projet que je travaillerai prioritairement.  C’est ce qui fut décidé lors de la réunion sur la clarification de mon mandat de la semaine passée.

Jusqu’à maintenant, la formation MCM a déjà été réalisée dans cinq communautés, est présentement en cours dans une sixième et débutera sous peu dans une septième.  Mes responsabilités seront donc les suivantes :

-          Réaliser un registre des entreprises nées à la suite des formations données dans la région au cours des cinq dernières années ainsi qu’une analyse des résultats.

-          Faire un bilan des Laboratoires organisationnels des deux dernières communautés.

-          Appuyer les activités de montage et d’organisation des laboratoires dans ces mêmes communautés et agir comme assistante dans les ateliers de projet.

Il va sans dire que je suis rassurée par ce déroulement des choses.  Comme quoi la communication est la solution à bien des problèmes.

Recherche