En 1998, la “United Nation of Drugs and Crime” publiait un tableau statistique présentant le nombre d’homicides par 100 000 habitants. Les données représentent 65 pays, ce qui équivaut à environ la moitié de la population mondiale de l’époque. Qu’entend-t-on par homicide? «Tous les décès dus aux homicides et aux lésions traumatiques infligées par un tiers dans l'intention de blesser ou de tuer, par un moyen quelconque, à l'exclusion des lésions traumatiques dues à des faits de guerre ou à l'intervention de la force publique » (http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/stats/0/2005/fr/16/carte/CRIME.HOMI.TOT.IN/x.html)
Le Guatemala figure parmi les 5 pays les plus violents du tableau aux côtés de la Colombie, de l’Afrique du Sud, de la Jamaïque et du Swaziland. On y recense 30.65 homicide/100 000 habitants. C’est énorme! Le Canada fait aussi partie de ces statistiques, il cumule 1.68 homicide/100 000 habitants. On réalise tout de suite qu’on ne joue pas dans la même ligue…
Ces statistiques n’incluent pas les accidents de la route qui sont très fréquents. Les pays d’Amérique Latine sont très peu reconnus pour leur respect du code de la route! Je ne peux dire le nombre de décès à ajouter à la liste mais je pense que se serait impressionnant.
En arrivant ici, je ne savais pas vraiment ce que ca représentait. Le danger? Le désespoir? Maintenant, près d’un mois après mon arrivée, je dirais que ca représente le deuil perpétuel. La mort fait partie de la vie, c’est ironique mais c’est la réalité. À Ceiba, on enseigne aux jeunes qu’ils sont des touristes sur la terre, des êtres spirituels expérimentant la vie humaine. J’imagine que de penser ainsi les aide à passer à travers les rudes étapes du deuil.
J’ai moi-même été en contact avec la mort ici en un mois autant que dans toute ma vie. Je visitais des appartements avec Jaime, un collègue de travail. Nous roulions (à toute vitesse) en direction de la zone 1, le centre historique de Guatemala city. Tout à coup, bouchon de circulation. La cause : accident de la route, 1 mort. Une voiture a frappé un piéton qui tentait sans doute de traverser la rue (6 voies) en cowboy. Ici, on ne se complique pas la vie avec les formalités, un petit sac de poubelle sur la tête et hop, on passe à autre chose. C’est ainsi que j’ai vu mon premier mort (encore chaud) et en position… d’accident! Pas joli joli. J’étais ébranlée, un frisson dans le dos. C’est alors que je demande a Jaime, question stupide, « est-il mort? ». Bien sûr totoche, il a un sac de poubelle sur la tête!
Jeudi dernier, un compagnon de travail avec qui je vais diner tous les jours s’est absenté du travail. Pourquoi? On a tué son frère. 19 ans. Les gangs de rue. Il a fréquenté Ceiba quelques années mais il semble au bout du compte, il ait choisi une voie différente. Une voie certes plus payante pour l’instant, peut-être même plus valorisante mais une voie rapide en sens unique vers la mort.
Je suis triste, triste de constater la fatalité de la chose mais également triste de voir avec qu’elle indifférence on traite la mort, le meurtre. « Ca fait partie de la vie ici, Véro ». Ah bon.






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