Carnet de voyage

Mercredi, 6 août, 2008 - 07:15

J'etais assis bien peinard sur un banc, dans une position frolant le contortionnisme, avec mes genoux pointant vers la diagonale gauche. Bizarre direz-vous? Dans un autobus ou tous les gens semblaient parfaitement confortable, je peux seulement dire que le manque d'espace est relatif. Si je mesurais moins de six pieds, je dirais probablement que la distance entre chaque siege etait parfaitement adequate. Cependant, je dois avouer qu'avec ma grandeur, peu commune en Asie du Sud-Est, 10 heures d'autobus peuvent se reveler une epreuve d'endurance assez intense. Apres avoir endure une douleur pointue dans les genoux et dans les fesses, l'autobus s'est finalement arrete peu apres la frontiere dans une petite ville du nom de Poipet. Une journee et une nuit dans cette ville etaient requises avant de poursuivre la route vers Phnom Penh, la capitale du Cambodge. J'etais visiblement le seul touriste, du moins le seul touriste blanc, dans cette ville. Pour la premiere fois de ma vie, tous les regards se poserent sur moi en raison de la couleur de ma peau. Heureusement pour moi, l'accueil etait plus que chaleureux. Les enfants riaient et me disaient “hello, hello”, les filles ricanaient en groupes et les hommes me regardaient avec un leger sourire, avec un air de curiosite. Toute cette attention etait definitivement une experience inconnue pour moi jusqu'a ce moment la. Meme a Mae Sot, en Thailande, ou il y avait tres peu de touristes, les gens ne semblaient pas autant curieux de voir un blanc. Il faut le dire, c’etait assez special a vivre. 

Arrive a Phnom Penh, le temps commencait a presser. Tout comme mon collegue Guillaume, il me restait deux reportages a faire et la tache s'est averee beaucoup plus difficile que ce que l'on peut imaginer. Il me restait un reportage a faire sur la sante maternelle et un reportage dont le sujet m’etait libre de choix. Pour mon topo libre, j'ai finalement choisi de le faire sur un sujet assez difficile a digerer: le trafic humain. Dans un des pays les plus pauvres de l’Asie du Sud-Est, vendre un enfant peut s’averer une solution profitable pour ceux qui luttent pour survivre. Comme je l’explique dans mon reportage, plus d’un tiers de la population vit avec moins d’un dollar par jour au Cambodge. Sur 1000 enfants nes au pays, 143 n’atteindront pas l’age de cinq ans. Lorsqu’un membre de la famille tombe malade ou qu’il ne reste plus rien a manger, certains parents decident de vendre leurs enfants a un prostituteur local, une boue de secour bien troublante. Il arrive meme que les trafiqueurs viennent directement voir les parents afin de les persuader de vendre leurs filles. D'autres fois, ils font des prets, laissant les familles endettees et forcees a vendre un enfant.

C’est assez difficile d’avoir des chiffres exacts, mais des estimations qui m’ont ete fournies par Oxfam Quebec, suggerent qu’il y a entre 30 000 et 100 000 femmes et enfants victimes de trafic humain au Cambodge. Environ le tiers de ce nombre total sont des Vietnamiennes, apparamment preferees par les prostituteurs locaux en raison de la blancheur de leur peau comparativement a celle des Khmers. Souvent, elles sont recrutees avec de fausses promesses de meilleurs emplois ou d’un futur meilleur. Je suis alle visiter un taudis d’une communaute vietnamienne a Phnom Penh, le village Psa Touch. Riverkids, une ONG supporte par Oxfam Quebec, concentre ses efforts dans ce petit village ou les jeunes sont a haut risque d’esclavage sexuel. Le taux de chomage est tres eleve et le taux d’education tres bas. On y retrouve plusieurs problemes sociaux comme la pedophilie, la violence domestique, la toxicomanie, la dependance aux jeux d’argents, etc. Riverkids tente d’implanter plusieurs programmes de prevention. Ils fournissent des formations a vocation professionnelle et organisent des ateliers educatifs expliquant les impacts du trafic humain aux enfants et aux parents. Si les enfants developpent des competences leur permettant de gagner un salaire, ils peuvent contribuer aux finances de leurs parents. Ainsi, ces derniers seront moins portes a les vendre.

  

Les ONGs que j'ai contactees oeuvraient majoritairement dans la prevention. Il est extremement complique d’obtenir une permission pour interviewer des gens travaillant pour des ONGs impliquees directement avec les victimes, soit pour des raisons ethiques, soit pour des raisons de securite. De plus, je me suis dit que j’etais peut-etre mieux de rester dans la prevention etant donne la lourdeur du sujet.

Je pense qu’il est aussi important de mentionner que la prostitution et le trafic humain ont atteint leur apogee avec l’arriver de UNTAC en 1992, en mission de la paix au Cambodge. Plusieurs accusations suggerent que la presence de 22 000 soldats de l’ONU auraient considerablement augmente le nombre de prostitues et de bordels dans le pays. Selon Refugees International, le nombre de prostitues aurait augmente de 6000 a 25 000 entre 1992 et 1993, accompagne d’une hausse du taux d’infections au VIH. Ces accusations sont assez troublantes vu la nature de la mission de ces soldats. Toujours selon Refugees International, plusieurs Cambodgiens se sont plaints des comportements du personnel d’UNTAC: consommation d’alcool et association avec des prostitues. Le representant special du Secretaire general, Yasushi Akashi a replique: “Boys will be boys”. Aucune sanction disciplinaire n’a ete prononcee.

Maintenir la paix c’est bien beau, mais a quel prix?

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