Pain baguette, drogues et developpement

Les restaurants comme La Terasse et Le Provencal et les rues avec des noms francais comme la rue Francois Ngin, nous rapelle que le Laos est une vieille colonie francaise. D’ailleurs, il est meme possible de parler en francais avec les generations plus agees et d’acheter du pain baguette a plusieurs coins de rue.

Le Laos vit au rythme du Mekong, donc avec douceur et sans stress. Les gens sont gentils et sourrient beaucoup, tout comme en Thailande. Toutefois, les chauffeurs de tuk tuk semblent avoir une plus grande determination encore a vendre quelque chose, du moins d’apres mon observation. Dire “non” au tour de tuk tuk amene generalement a une tentative de vente de drogue ou bien de seances de massage. En effet, il y a quelques annees, le Laos etait le 3e plus grand producteur d’opium dans le monde. Aujourd’hui la production de l’opium et le nombre de toxicomanes ont grandement baisses a cause d’une lutte gouvernementale contre la culture du pavot a opium. Toutefois, on ne peut esperer d’un des pays les plus pauvres en Asie du Sud-Est et des moins developpes du monde de venir a bout, tout seul, de ce probleme. Comme j’ai pu en temoigner, la consommation de drogue reste toujours tres presente a Vientiane, la capitale du Laos.

C’est dans le but de faire un reportage sur le 8e objectif du millenaire: Etablir un partenariat mondial pour le developpement, que je suis alle a Vientiane. Deux entrevues avec deux employes de la Banque Mondiale, une entrevue avec un employe de l’UNDP et une entrevue avec une activiste independante m’ont permis d’avoir plusieurs perspectives differentes sur le sujet.

D’un cote, il semble y avoir eu beaucoup de progres en termes de developpement. Le Laos se situe dans une region dynamique ou plusieurs pays ont une economie en expansion, ce qui doit considerablement aider a reduire le taux de pauvrete. Il y a environ 3 ans, les routes principales etaient bosselees et les routes secondaires faites en terre battue. Ca prenait plus d’une heure se rendre a Vientiane apres avoir traverse la frontiere. Aujourd’hui, le meme chemin se fait en vingt minutes. C’est ce que Cayentano Casado, recherchiste et analyste pour la Banque Mondiale m’a explique. De plus, des progres notables ont ete remarques en ce qui concerne la mortalite infantile et la sante maternelle, meme si le chemin qui reste a faire est encore bien long. Effectivement, la mortalite maternelle est encore la plus elevee du Sud-Est asiatique apres le Cambodge.

D’un autre cote, les relations entre les ONGs et les autorites sont d’autant plus complexes qu’il y a de corruption. Un employe de la Banque Mondiale m’a partage qu’on peut meme qualifier “d’immoral” pour un officier de ne pas aider sa famille en utilisant les fonds publics. En Occident, on voit ca comme de la corruption. Semblerait-il que c’est tout ce qui a de plus normal au Laos. Effectivement, c’est un probleme des plus complexes quand on veut etablir un partenariat mondial pour le developpement.

Mon entrevue avec une activiste independante a egalement ete interessante. Elle a voulu garder son anonymat pour des raisons de securite. D’ailleurs si j’ai pu remarquer une difference entre la Thailande et le Laos, c’est que les gens au Laos ont beaucoup plus peur de se faire filmer qu’en Thailande. Si on parle mal contre le gouvernement ou qu’on parle tout simplement de sujets qui ne flattent pas l’image du Laos, il est possible de perdre son emploi ou de subir d’autres consequences non desirees. J’imagine que c’est pour ces raisons que les gens n’apprecient pas toujours de se faire filmer. Comparativement en Thailande, ou les gens me remerciaient presque lorsque je sortais ma camera, la difference etait assez flagrante.

Donc, pour en revenir a l’entrevue, parce qu’elle ne voulait pas etre “politically correct” et qu’elle voulait reellement dire ce qu’elle pensait, en ce qui concerne la situation du Laos en termes de developpement, l’activiste independante a desire rester dans l’anonymat. Pour elle, ce qui est le plus urgent n’est pas necessairement l’aspect economique du pays, mais bien tout ce qui touche le social et les droits humains. Bien sur, elle considere que le developpement economique est important, mais elle pense que celui ci ne sert a rien si les droits humains fondamentaux et les lois du pays ne sont pas respectes. Construire des routes c’est important, mais il y a trop peu d’investisseurs “progressistes” qui sont pret a donner de l’argent afin de reduire les problemes sociaux. De plus, les fermiers vivent constamment dans la peur de perdre leurs terres, me confit-elle. Les titres de propriete et les taxes payes sur les terres ne veulent apparamment rien dire. Pour elle, les objectifs du millenaire, sur papier c’est un beau reve. On lit la theorie et on dort bien la nuit. Mais lorsque vient le temps d’implanter les nouveaux programmes, elle dit que les organisations veulent tous garder leurs propres philosophies et leurs propres methodologies. En bref, si on ecoute cette activiste, la cooperation entre les organisations n’est pas tres fameuse.

Egalement, les experts etrangers peuvent venir et offrir leur aide. Cependant, sans vraiment developper les capacites du gouvernement, l’aide international n’est que provisoire. Par exemple, depuis 1999, une nouvelle politique gouvernementale a ete enclenchee afin d’arreter la production de l’opium. Pour cette raison, plusieurs fermiers ont du abandonner leurs pratiques traditionnelles d’agriculture. Afin de s’adapter a cette nouvelle situation, ces fermiers avaient besoin de beaucoup de support, mais plusieurs d’entres eux n’ont pas recus les sommes qu’ils etaient supposees recevoir a cause d’un manque de transparence gouvernementale.

Toutes ces discussions me font comprendre a quel point le developpement est une tache ardue. Sur papier, c’est bien beau, mais qu’en est-il dans la vraie vie?

2 réponses à to “Pain baguette, drogues et developpement”

  • Amra Ridjanovic dit :

    Salut Timur,

    Très bon texte! C’est intéressant de comparer les opinions différentes. Cela nous fait réfléchir et comprendre combien il est difficile, surtout si l’on ne connaît pas bien la situation dans un pays, de leur offrir de bonnes solutions, car souvent celles qui nous semblent très logiques de l’extérieure ne peuvent pas bien convenir dans leur contexte
    Amra

  • Yolande Marois dit :

    Bonjour Timur,

    Toujours aussi intéressant à lire. Tu es très objectif dans tes reportages. Tu essaies toujours de nous montrer les différentes facettes des problèmes qui existent que ce soit économique, sociologique, etc. Et dans le même ordre d’idée qu’Amra, vu de t’extérieur, les solutions semblent faciles à trouver, mais quand tu connais la réalité du pays, c’est toute autre chose. Bon travail, Timur, continue de bien nous informer et de repousser nos jugements trop facile à porter. Bonne continuité, et au plaisir de te revoir à ton retour. Yolande :)

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