Carnet de voyage

Vendredi, 8 août, 2008 - 06:37

Maintenant rendu à ma période de mi-mandat, je m’arrête pour réfléchir. Je veux réfléchir sur tout ce que j’ai entendu, tout ce que j’ai vu et tout ce que j’ai ressenti depuis ces 3 mois au Niger. Je dois avouer que la première chose qui me vient en tête pour faire se résumé est de bien faire la distinction dans mes propos entre les jeunes et les vieux. Il faut aussi dire qu’ici sois tu es enfant (de 0 à 14 ans) sois tu es jeune (de 14 à 35 ans) sois tu es vieux (de 35 ans à la mort).  Pour la première catégorie, il n’est peut-être pas trop nécessaire de s’y attarder puisque des enfants ici ou des enfants ailleurs ça reste la même chose. La particularité d’ici à ce niveau est celle des rôles sociaux des enfants selon les sexes, mais en fait se sont les mêmes qui dureront tout au long de la vie. Un petit garçon peut plus jouer qu’une petite fille, puisque celle-ci doit s’attarder aux différentes tâches de la maison dès son jeune âge.  Pour la deuxième catégorie, les jeunes, la particularité de celle-ci est l’absence des jeunes filles. Mais où sont les filles ?? Cette question a été la ligne directrice de mes deux dernières semaines, je cherche les filles. Oh ! J’ai trouvé une fille dans une formation sur le genre et le VIH, dès que je la voie je lui demande une entrevue pour discuter de ma question obsédante. La journée prévue de la rencontre, je me retrouve autour d’une table avec 4 hommes. J’insiste pour qu’on attendre la jeune avant de débuter, puisqu’à la base c’est elle que je devais rencontrer et pas les autres ! Ils me font comprendre que c’est elle qui les avait informé de notre rencontre, mais que sûrement elle ne pourrait pas venir. Ah oui et pourquoi ? Voila mon explication qui me ramène à la réalité d’une jeune fille nigérienne. Les jeunes filles ne peuvent pas trop s’absenter de la maison parce qu’elles ont beaucoup de boulot à faire à la maison ; parce qu’une fille qui est trop souvent sortie a mauvaise réputation ; parce que la moyenne d’âge de mariage des filles est de moins de 20 ans donc finit la vie de jeune elle est devenue femme.  Ok, je me résigne je prendrai donc la version des jeunes garçons pour me faire une idée e la vie des jeunes nigériens. Dans leur discours je sens leur déchirement entre la tradition et l’appel de la modernité. Les cellulaires, les ordinateurs et les vidéos de coupé-décalé (musique ivoirienne avec des vidéos clips très explicites et une danse très provocante) font partie du quotidien de ces jeunes. De l’autre côté, ces jeunes perpétuent les traditions qui font partie de leur identité, ils portent les scarifications, ils participent aux différentes cérémonies et transmettent les croyances. Je ne veux pas être trop précise sur les différentes traditions parce que beaucoup de celles-ci dépendent des régions, des ethnies et des familles. Après discussion, je réalise que ce déchirement se traduit aussi dans les informations qu’ils reçoivent. D’un côté ils reçoivent tous les messages rationnels de prévention de toute sorte et de l’autre côté les messages de leurs aînés, des marabouts et des chefs religieux. Pour la troisième catégorie, les vieux, la particularité de celle-ci est l’écoute et l’importance qui leur est donnée. Le droit d’aînesse ici est respecté au plus au niveau, si c’est le vieux qui a dit ou fait on doit de respecter et  ne pas remettre en doute. Il est très intéressant d’assister à des discussions de groupe composé de jeunes et de vieux pour voir les différences de préoccupations et de réalités. Les vieux s’inquiètent pour la jeunesse, parce que la vie a changé depuis leur temps, mais ne sont pas prêt à accepter les solutions proposées par ceux-ci. Les jeunes ont des idées, mais ne veulent pas nécessairement être ceux qui vont contredirent les aînés. Étrangement, c’est dans ces dans la catégorie des vieux que les hommes et les femmes semblent s’entendre le mieux. Les femmes ne sont plus dans les illusions, acceptent la réalité et connaissent les hommes. Mais ce qui m’inquiète c’est que les jeunes filles deviennent vite des femmes et disparaissent tôt des débats publics. Bien que certaines d’entre elles restent impliquées dans les ONG et dans certaines sphères publiques, elles nomment clairement qu’elles sont d’abord femmes et mères. Ce qui sous entends que leur priorité c’est de s’occuper de leur mari, de la maison et des enfants. Difficile de trouver du temps pour militer à temps plein ! Si vous revenez au début du texte vous voyez que dès qu’il est dit aux fillettes qu’il n’est pas le temps de jouer cette phrase leur reste à vie. Tout ce que je leur souhaite c’est de le faire par choix et de s’épanouir dans leur vie de femme.   

Commentaires

Très bonne réflexion Méli....

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