Archive pour août 2008
De retour à Québec
Bonjour!
Me voici maintenant de retour à Québec. En effet, j’ai quitté le sol africain samedi le 9 août et j’ai finalement retrouvé le confort de ma maison après deux jours de galère dans les aéroports et les avions. Je reviens heureuse de revoir mes amis, ma famille, de retrouver tous les petits luxes que l’on apprécie seulement quand on revient de voyage, mais en même temps, je suis nostalgique d’avoir quitté le Burkina Faso et tous les gens fantastiques que j’ai rencontré sur place :
Au revoir… Azizou, Issakou, Zacharie, Abdoulaye, Abdoul Ady, Lazarre, Jérémy, Raphaël, Karim Kader, Salimata, Aïcha, Abou, Nana, Robert, Alice, Boureima, Issaka, Alassane, Simon et tous les autres.
À bientôt… Anne, Benoît, Marie-Claude, Nicolas, Mathilde, Lou, Anna, Catherine, Aski, Joanie, Géraldine, Antoine, Sara, Serge, Angèle, Pathe et tous les autres.
Maintenant, c’est le dur retour à la réalité : retour au travail, début de la session d’automne qui approche, rapport de stage à terminer, etc. Mais aussi, c’est la satisfaction d’avoir accomplie quelque chose durant mes trois mois en Afrique de l’Ouest et l’espoir que les projets initiés vont continuer à être utile pour le Réseau des Jeunes de la Sissili et du Ziro. Merci aussi, à tous ceux et celles qui ont consulté et commenté mon blog tout au long de cette belle expérience!
Stéphanie
Le syndrome de Peter Wood
Il était une fois Peter Wood. Comme bien des hommes de cette planète, Peter exerçait une double fonction. Le jour, il était juge de la cour australienne et le soir, il troquait sa toge pour un verre à bière puisqu’il devenait goûteur professionnel pour la bière de sa tendre patrie, Victoria Bitter (VB). À l’époque de ma rencontre avec Peter Wood, j’exerçais également deux fonctions vitales. La première était de servir de la VB dans un bar afin de payer les comptes et la deuxième était celle de psychologue, non-officielle, non-attitrée et bien évidemment, non-rémunérée. Bien que bénévole, j’offrais mes services à quiconque le pouvoir du houblon rendait soudainement volubile et ressentait la nécessité de proférer une plainte contre la terre entière à une spécialiste et ce, sans payer la note.
Un soir d’hiver, au bar où je travaille dans la contrée de Sydney, Wendy, une amie de longue date de Peter, est venue faire équipe avec lui dans la dure tâche du goûter officiel de houblon. Au cours de la soirée, elle se plaint que sa fille, Anna, ne semble jamais contente de rien. Aujourd’hui, en retour d’une trottinette, Wendy reçut deux choses bien précises : 1 merci et 1 sourire. À cette courte liste, la donatrice aurait aimé y voir apparaître 1 O, 2 W (WOW !!) et quelques étincelles…Quand Wendy offre un cadeau à sa fille, elle voudrait que ce soit elle qui s’emballe et non le cadeau. Aussitôt, Peter lui rétorque qu’elle n’a qu’elle-même à blâmer. Grâce à Wendy, Anna, 10 ans, jouit d’une éducation exemplaire. Elle fournit à sa fille école privée, leçon de piano, d’équitation, camp de vacances ainsi que le dernier cri Toys r Us. Wendy fait également voyager sa fille. Anna a fait des châteaux de sable à Bali, mangé des sushis au Japon, glissé sur les Alpes et visité de la famille au Delaware. Non mais que reste-t-il à voir après le Delaware ? Même si Anna ne lit plus ses contes de fées depuis longtemps, sa vie semble en être un fait sur mesure.
Entre 2 gorgées bien goûtées, Peter lui délivra alors une information qui me laissa bien pantoise. Selon lui, les voyages sont comme l’alcool : à consommer avec modération car apparemment, trop de voyages tuent ! « Tuent quoi » ? Lui ai-je demandé en m’initiant dans la conversation que j’écoutais de toute façon parce que toute barmaid qualifiée se doit d’épier ses clients et entretenir le potinage local. « Trop de voyages tuent la capacité d’émerveillement et d’ailleurs toi, Mélissa, avec tous tes périples, la tienne crèvera tôt au tard aussi ! » Je lui ai répondu aussitôt qu’aux dernières nouvelles, l’état de santé de ma capacité d’émerveillement se portait….à MERVEILLES, que je trouvais ça merveilleux et que ce n’est pas demain la veille que je vais le convoquer aux funérailles. En tant que barmaid qualifiée, je lui ai également suggéré de cesser le goûter de la « bitter » puisque visiblement, l’amertume lui montait à la tête !
J’ai quitté la contrée australienne le 9 juillet 2001. En guise de cadeau de départ, Peter m’a offert 2 choses : Un paquet de bouquins aux auteurs méticuleusement sélectionnés et une carte. À l’intérieur on pouvait y lire: « GOOD LUCK WITH YOUR LIFE AND BE CAREFUL, IT’S A JUNGLE OUT THERE. » Décidément, si Peter Pan ne voulait pas vieillir, Peter Wood, lui, l’avait fait trop rapidement.
De nombreux pays et quelques centaines de WOW plus tard, je suis de retour au Québec. Par une sublime journée d’automne, telle que je les connais par chez moi, me prend l’envie d’aller marcher en montagne question d’admirer les couleurs. Je demande à mon copain de l’époque de choisir l’endroit de son choix et de nous y conduire. Dans ma région, aussi sacrée soit-elle, plusieurs Saints se sont établis au cours des dernières décennies et détiennent la capacité d’émerveiller lorsque vient le temps des couleurs. La liste est longue : Côme, Émélie, Zénon, Sauveur, Jovite, Adèle, Alphonse et j’en passe…Bien que rempli de saintes intentions, mon copain arrête son choix divin sur un autre saint : BRUNO !!! Bruno, tout comme Peter et moi, possède une double fonction. C’est à la fois une montagne et à la fois une……carrière ! Or, lorsqu’on arrive dans le stationnement près de la carrière, on y observe peu de couleur…Je cherchais rouge, orange, vert et jaune pour finalement y trouver…gris. Gris carrière pour être plus précise dans ma palette. Enfin, après avoir vu gris, j’ai finalement vu noir. Pas parce qu’à côté d’Everest, Uluru et Biarritz, Bruno en arrache légèrement mais parce qu’un crime venait d’être commis. Sans le vouloir, j’ai tué ma capacité d’émerveillement au pied d’une carrière et je ne détenais même pas le numéro de téléphone de Peter pour l’inviter aux funérailles. J’étais désormais affligée par le syndrome de Peter Wood.
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Mon périple dans les Balkans m’a récemment amené en Bosnie-Herzégovine. Le fait que le territoire ici ait été combattu, réclamé, défendu, perdu et reconquis plus de fois que ce que le commun des mortels peut compter, a doucement dessiné un paysage multiculturel sans pareil. Aujourd’hui, malgré les traces encore visibles des atrocités vécues par la population dans les années 90, les églises, orthodoxes ou catholiques, côtoient presque paisiblement les mosquées et synagogues. WOW. Et la situation politique du pays semble s’être stabilisée. Mes premiers jours en terre bosniaques, je les ai passés à Sarajevo. Ville olympique, il s’agit selon moi du trésor caché des Balkans. Sa situation géographique en a déjà fait une prison à ciel ouvert pour des milliers d’habitants. Mais aujourd’hui, Sarajevo a tourné la page. Située dans une vallée aux couchers de soleil à couper le souffle, avec ses maisons à flan de montagne, la ville offre un spectacle unique pour le voyageur en quête d’expérience inédite. Bien sûr, j’ai également été abasourdie par le nombre de cimetières. Ils sont littéralement partout à l’intérieur et autour de la ville…Ici, c’est une génération entière qui repose en ces lieux. Macabre comme paysage vous allez me dire ? Eh bien non. Sans vouloir rétrograder ces lieux sacrés au rang d’attraction touristique, la visite demeure, à mon avis, importante puisque qu’elle ouvre la voie de la réflexion. Que s’est-il passé ? Comment les êtres humains en arrivent-il à se détester autant ? Qui a tué qui ? Pourquoi ? Comment se porte la conscience des survivants ? Plus je recevais de réponses à mes questionnements, plus il y avait de nouvelles questions dans ma tête…À la fin d’une journée, quand le soleil plombait sur les milliers de tombes blanches dans les vallons à travers la ville, deux enfants sont apparus dans le cimetière où je me trouvais. Leur ballon à la main, ils ont traversé ce lieu de repos pour rejoindre le terrain de soccer voisin. Chaque jour, en allant jouer au ballon, ils croisent la pierre de Zijad, Salim ou Husejin…Les cimetières sont également lieux de mémoire pour nous rappeler le passé car nous, les êtres humains, notre Alzheimer collectif nous joue parfois des tours…
Puis il y a les gens. À mon premier échange avec la population locale, je demeure subjuguée par l’accueil. Une chaleur humaine et une hospitalité comme jamais je n’ai vues auparavant. Je crois que le flot minime mais grandissant de touristes dans la capitale signifie bien sûr la renaissance d’un secteur économique prometteur mais surtout l’aboutissement d’une nouvelle ère. Celle de la réconciliation et de la réouverture sur le monde. L’économie bosniaque n’est pourtant pas solide. Le chômage y est extrêmement élevé et les salaires ridicules en comparaison avec le coût de la vie…Mais par observation personnelle, je vous assure que les gens ont du cœur au ventre ! Le travail est dur mais l’espoir est présent. On m’a dit à plus d’une reprise (avec rien de moins que de l’entrain et un sourire !!) qu’un jour les conditions de vie seront meilleures et qu’un jour, le pays joindra l’Union Européenne…Les gens de Bosnie ont non seulement espoir mais ils sont patients…WOW.
Si le décor enchanteur de la capitale de la Bosnie m’a coupé le souffle, j’avais mal imaginé sa campagne. En matière de paysage, ici, on parle plutôt d’arrêt respiratoire ! En effet, mon travail m’a amené à prendre l’autobus de Sarajevo à Split en Croatie. Une fois de plus, trois lettres sont apparues à mes lèvres : WOW. Les montagnes, les neiges éternelles, les routes sinueuses, les villages typiques offrent un décor immaculé. Pour une très rare fois, je n’ai pas l’impression de regarder une carte postale, je suis DANS la carte postale ! La route pour se rendre au sud-ouest longe également la rivière Neretva. À tous ceux qui se sont fait dire (comme moi) à la garderie que le turquoise de la boîte feutre Crayola ne représente pas la véritable couleur de l’eau de rivière, révoltez-vous ! Cette rivière, qui traverse d’ailleurs la ville de Mostar, vient défier l’éducation préscolaire et la palette de tous les peintres qui tentent d’y reproduire la couleur exacte dans un tableau ! WOW demeure encore le qualificatif le plus approprié mais il faut vraiment le voir pour s’en faire une idée.
Depuis mon retour en Serbie, plusieurs me demandent mon opinion concernant mon aventure sur les terres de Bosnie. À cela je réponds, vous l’aurez deviné…WOW. Provocatrice ? Non. Je ne suis pas ici pour initier un nouveau conflit ! Honnête ? Tout à fait ! De mon voyage en Bosnie, je garde un souvenir plus que précieux. Les paysages, la population en sont en partie la cause certes, mais surtout parce qu’un certain soir de juin, lorsque j’y ai posé pied pour la première fois, un miracle s’est produit. Un pays, perdu dans les montagnes des Balkans, a ressuscité ma capacité d’émerveillement ! La Bosnie fait des miracles, son peuple a donc raison d’y croire.
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Je n’ai pas l’adresse de Peter Wood. Ce juge qui a vieilli trop vite et qui pose un regard très critique sur le monde est toujours en Australie probablement en train de tester le houblon de temps à autres. Dommage, car 7 ans plus tard, je l’aurais bien invité à célébrer le Saint miracle qu’est le retour à la vie de ma capacité à m’émerveiller ainsi que ma convalescence officielle de son terrible syndrome ! Dans sa carte, je me rappelle encore ses mots… « Be careful, it’s a jungle out there ! »…À l’endos d’une carte postale de Bosnie, aujourd’hui, je lui aurais joyeusement répondu : « You were right Peter. The world IS a jungle. And it amazes me ! »
Fin
Quand la routine s’installe…
Sous la pression de mon cher public, n’écoutant que mon désir de le satisfaire et de le combler, je réponds à la remarque d’un lecteur assidu qui m’a gentiment souligné que mon dernier message remonte à… il y a trop longtemps. Je fais donc amende honorable et me remets à mon clavier, pas trop certaine de quoi vous entretenir…
Voilà ce qui arrive après quelque temps dans un même endroit : la routine s’installe, tout devient normal. Alors, que raconter de ce quotidien, somme toute, banal ? Il faut dire que la saison des soirées dans les ambassades semblent terminée. Il y eut une faible tentative de reprise hier. Je suis allée à un BBQ de Canadiens/Québécois chez des collègues humanitaires où j’ai rencontré, à défaut d’un ambassadeur, des gens qui travaillent à l’ambassade du Canada. Je sais, je sais, on est loin des tites bouchées en talons hauts dans le gazon d’une immense villa. Mais c’est hors saison, il faut être indulgent !
Parlons donc saison… je ferai des jaloux en disant que ce qu’on appelle l’été au Québec est la saison sèche ici. C’est le temps le plus frais de toute l’année et la saison des moustiques. (Bon d’accord, là vous n’êtes plus jaloux !) Le ciel est grisounant en permanence. On est tout content quand on voit un soupçon de tentative de percée de soleil et c’est le comble quand le ciel prend l’allure d’un fond de bleu délavé. Mais la végétation est bien verte, les hibiscus sont en fleurs.
Dès le mois de septembre-octobre le mercure prendra une tendance vers le haut. Il fera de plus en plus chaud pour atteindre les sommets vers mars-avril. Les pluies vont aussi commencer à l’automne. Le ciel redevient bleu, le soleil brille (entre les averses, bien évidemment !) Sur les routes très sablonneuses et dans un état parfois déjà très délabré en saison sèche, j’ose à peine imaginer ce que ça donne en saison des pluies. Même à Kinshasa, certains quartiers doivent beaucoup souffrir lors des précipitations. Imaginez dans le reste du pays, sur les pistes en pleine forêt ! Certaines deviennent impraticables ! Mais bon, je ne parle pas par expérience, je rapporte ce qu’on m’en a dit.
Je suis ici depuis 2 mois. Je me suis concocté une petite routine kinoise fort pépère et pantouflarde ! Je poursuis les efforts pour intégrer l’activité physique à mon quotidien. Jusqu’ici je suis assez assidue. Avec le temps plus chaud qui commence, la course deviendra peut-être de plus en plus difficile, mais la piscine reprend du service le 1er septembre, ce qui sera bienvenu. Et avec les talents culinaires de notre cuisinier, roi des gâteaux, des tartes, des pizzas, et friand des féculents à chaque repas, vaut mieux rester active et garder la forme !
Je m’accommode assez bien de la vie de commune. Il y a des hauts et des bas, mais dans l’ensemble c’est plutôt positif. C’est une expérience de vie intéressante, où on découvre des côtés de soi qu’on ne connaissait pas, des façons de réagir, d’interagir, de voir les choses. Cette expérience étant assez circonscrite dans le temps, avec une échéance précise et connue, je garde une certaine distance, un certain détachement. Je suis bien intégrée au groupe et je m’investis dans mon travail, mais je sais que je pars dans quatre mois… Ce qui présente l’avantage que je reste « cool Abdul » face à des situations qui pourraient autrement m’irriter, mais l’inconvénient que je me sens aussi « en attente » d’être ailleurs.
Je sympathise de plus en plus avec le personnel national, notamment certains chauffeurs et gardiens et quelques collègues congolais dans les bureaux. Ce sont des gens faciles d’approche, souvent curieux et intéressés à en savoir plus sur moi, mon pays (la neige et le –30° sont un succès assuré !!), et ouverts pour parler de leur famille, leurs enfants, etc. Je crée de bons liens avec les expats avec qui je partage mon quotidien à la maison et au bureau. On s’amuse bien et j’apprends beaucoup de leur expérience, car la plupart roule leur bosse dans l’humanitaire depuis de nombreuses années. Les anecdotes et histoires abracadabrantes ne manquent pas !
J’espère aller bientôt sur le terrain pour pouvoir vous raconter un peu les programmes d’ACF (à Kinshasa il n’y en a aucun, que la coordination et la logistique), mes impressions de la vie au fond de la savane congolaise, et autres réflexions hautement philosophiques. Amener un peu d’eau au moulin de mon inspiration, qui tourne à vide un peu ces temps-ci, vous l’aurez remarqué !
A suivre donc…
Des femmes, un ministre et des vélos…
L´aventure tire à sa fin…demain je quitte le Nicaragua. Ces trois mois auront été très riches en rencontres et en apprentissages. Je m´étonne et je me réjouis encore du support que j´ai reçu des personnes avec qui j´ai été en contact; de l´accueil que m´ont donné les organisations que j´ai visitées et de l´humilité avec laquelle les bénéficiaires des projets se sont confiés à ma caméra et avec laquelle il se sont laisser filmer.
Oui, j´ai vu de la pauvreté, en quantité impressionnante et oui il reste beaucoup beaucoup à faire avant que ces pays aient des conditions de vie telles qu`on les connaît… Je dois avouer que c´est triste, c´est difficile de voir ces jeunes, ces personnes âgées, ces mères de familles, ces hommes, travailler durement pour quelques « pesos »…
Par contre, il m´aura été difficile de transmettre en paroles et en images cette pauvreté. Les projets que j´ai visité me semblent bénéfiques, bien montés et pour moi il me semblait plus facile et naturel de montrer ce qui est fait de bien. Je manque peut être de critique, mais je me plais plutôt à penser qu`il faut rester positif.
Les derniers projets
Pour terminer le tour d´horizon des projets que j´ai eu l´occasion de visiter, voici une brève description de mes trois derniers reportages.
Pour mon huitième reportage, qui porte sur l´objectif 3, “Promouvoir l´égalité des sexes et l´autonomisation des femmes” je suis allée passer quelques jours sur l´île d`Ometepe. Je suis allée visiter le projet sur lequel travail ma collègue “Managers Sans Frontière Louise Genest”.
Il faut d´abord mentionner que l`île est tout simplement magnifique avec ses deux volcans et est un lieu très prisé par les touristes.
Même si l`île a son lot de visiteurs, les habitants vivent majoritairement de l´agriculture de subsistance et l´hiver venu, les hommes partent travailler au Costa Rica. Les femmes sont habituellement confinées à la maison…pour s´occuper des enfants et des tâches ménagères.
En se formant, l´objectif de l´association était de donner plus de pouvoir, d´autonomie et de responsabilité aux 16 membres, dont 14 sont des femmes. Et surtout, de leur procurer un revenu supplémentaire. De quelle façon? En recevant des groupes d´étudiants pour des séjours d´initiation à la coopération internationale. Les étudiants vivent une immersion complète, en habitant dans les familles. Les étudiants doivent débourser un certain montant par jour, lequel est remis au membre de l´association. Les femmes ont donc un revenu additionnel avec lequel elles gèrent elles-mêmes. Une partie de ce revenu est donné à l´association afin que celle-ci puisse mettre sur pied différents projets. Lors de mon passage un groupe de Plan Nagua était sur place pour un séjour de presque 3 mois.
Ma rencontre avec les femmes fut très intéressante. Elles étaient fières de me dire qu´elles peuvent maintenant acheter des items pour leurs enfants tels que des souliers et des cahiers. Elles étaient aussi très heureuses de me dire que depuis qu´elles se rendent à la mairie pour présenter des projets, elles sont écoutées et considérées.
Le projet est encore à ses débuts, mais je crois que, déjà, le peu qui a été fait permet aux femmes d´avoir un peu plus confiance en elles et de se voir un peu plus autonomes.
Pour mon reportage portant sur l´objectif du millénaire 8 « Mettre en place un partenariat mondial pour le développement », je me suis penchée sur le programme PROASE du gouvernement du Canada. Le gouvernement canadien remettra sur une période de 5 ans plus de 90 millions de $ au Ministère de l´éducation du Nicaragua. Cet argent n`est pas seulement celui des contribuables canadiens mais aussi des hollandais et des danois. Il s´agit d´un partenariat entre les 3 pays. Ce type de partenariat nommé « alliance stratégique entre les donnateurs » permet d´utiliser au maximum les capacités de chacun dans le but d´améliorer l´efficacité de l´aide.
Il faut savoir que l´éducation est la priorité du gouvernement nicaraguayen. Plus de 25% du budget total du ministère de l´éducation provient de la communauté internationale. De ce montant, près de la moitié provient du Canada.
Ne vous inquiétez pas, il faut savoir qu´avant d´avoir entamé le programme, des études ont été effectuées afin de valider les systèmes de contrôle du ministère. De plus, afin d´assurer la transparence et le contrôle des fonds, chaque année des compte-rendus et les plans d´opération annuels sont remis aux pays partenaires, en plus des audits externes qui sont effectués.
Afin de bien comprendre le projet et pour réaliser le reportage, j´ai eu droit une rencontre avec le bureau de l´ACDI ici à Managua, capitale du Nicaragua et en prime un entrevue de 30 minutes avec le Ministre de l´éducation.
La rencontre avec Monsieur le Ministre fut très enrichissante. Évidemment, c´est avec joie qu´il a remercié le Canada pour son aide. Il a mentionné prendre le temps de me rencontrer, car selon lui, la collaboration avec le Canada est très précieuse et importante. Il a spécifié que sans cette aide, il y aurait longtemps que le système scolaire se serait effondré. Par contre, il m´a mentionné que bien que l´aide de la coopération internationale soit nécessaire et apprécié, si nous vivions dans un monde plus juste, et que tous les pays pourraient être autonomes, cela serait encore mieux. Hé oui, ca serait l´idéal! Quand je lui ai demandé si l´objectif du millénaire portant sur l´éducation allait être atteint, il m´a dit que si cela dépendait seulement du Ministère de l´Éducation oui l´objectif serait atteint, mais qu´il y a la culture qui doit être considérée; pour bien des gens ici, envoyer leur jeune travailler pour avoir quelque chose à se mettre sous la dent est prioritaire…
Aussi, je suis allée visiter une école avec le Directeur Général de l´administration financière du Ministère du Nicaragua. L´école que nous avons visité était très belle, mais elle était à moitié vide…Elle a une capacité d´accueil de 1000 élèves et ils ne sont que 500… Il ne reste plus qu´à attirer les jeunes sur les bancs d´école…
Oui, il reste du travail à faire, mais au moins il est intéressant de voir que les pays font des partenariats, travaillent ensemble afin d´être plus efficaces.
Finalement, j´ai décidé de faire mon dernier reportage – sujet libre – sur Cyclo Nord-Sud. Il s´agit d´une organisation Montréalaise qui collecte nos vélos usagés dans tout le Québec et qui les envoi dans 13 pays en voie de développement. C´est à Esteli, au Nicaragua, où je me suis basée durant ces trois derniers mois, que 480 vélos sont arrivés en juillet. Les vélos sont vendus entre 25 et 100$…Le vélo est un moyen de transport très utile et efficace ici, en plus d`être économiquement la meilleure option. Les vélos sont vendus par une organisation locale et tous les fonds sont remis a une ONG locale qui s´occupe de projets éducationnels pour des jeunes avec déficiences visuelles. Je suis allée visiter ces jeunes. Ce fut une des rencontres les plus touchantes que j´ai eu. Ils sont environ 8 et la plupart viennent de villages à quelques heures d`Esteli, ils habitent donc en permance dans les locaux de l´organisation. Ils apprennent le braille, particient à des formations sur divers thèmes. Certains des anciens élèves ont maintenant même intégré le système scolaire régulier. Sans aucun doute, quand je vais rentrer, je vais envoyer mon vieux vélo à Esteli. Il est clair qu´il sera plus utile ici que dans mon garage…
Voilà. Ça aura été trois mois enrichissants, remplis de nouvelles informations, de découvertes et bien sûr de questionnements. Je vais prendre le temps de laisser « mijoter » tout ça dans ma tête. Pour moi, ça aura été un plaisir de partager avec vous au fil de ce blog et des reportages.
A bientôt j´espère,
Catherine
benoit4rine@hotmail.com
Comment sauver le monde en un instant (tané) ?
Jusqu’à maintenant, ma temporaire carrière journalistique télévisuelle se qualifie, à mon humble avis, de « désastre parfait ». L’aspect journalistique du travail à accomplir ici me satisfait amplement. Afin d’évaluer l’implémentation des objectifs du millénaire dans les Balkans, je cueille l’information, je rassemble des données, je m’entretiens avec les autorités concernées, j’analyse, je mesure, j’évalue, j’interprète. Mon parcours en administration me facilite grandement la tâche, je dois l’avouer, et l’ensemble des données recueillies autant que les gens rencontrés, me donne l’impression que je suis en mesure de dresser un portrait presque « parfait » de la situation des OMD dans cette région.
En revanche, l’attribution du mot « désastre » à l’aspect télévisuel de mon aventure frôle outrageusement l’euphémisme de ce qui est en fait, ma réalité….Dans ma course effrénée à trouver de la pauvreté et capter des images exotiques à faire partager au public québécois, une opportunité surprenante s’est soudainement offerte à moi. Je devais faire une capsule sur l’éradication du VIH SIDA en Serbie. Dans un pays où le taux d’infection s’avère extrêmement bas, de quoi puis-je bien parler ??
12 coups de téléphones, 3 rencontres préliminaires, 1 réparation de caméra, 1 semaine de délibération, 92 000 autorisations officielles et 100 euros plus tard, je rencontre finalement Docteure Jelena Svircovic. Dans son temps occupé, elle est médecin dans l’une des urgences de Belgrade. Dans son temps libre, elle dirige la plus ancienne organisation qui lutte contre le SIDA dans tout le pays. Parmi leurs nombreuses activités, l’ONG compte sur plusieurs travailleurs de rue qui font de la prévention contre le VIH/SIDA dans le milieu de la prostitution. Le sujet sera bon, les images, percutantes. Je salive.
L’entrevue commence. J’ai besoin de chiffres, de statistiques…parce que du développement, ça se mesure ! Du SIDA aussi ça se mesure ! Pour comprendre la situation et conséquemment évaluer l’objectif du millénaire concerné, il me faut des réponses claires et tangibles…Quel est le taux d’infection per capita ? Le taux de prévalence ? Qui sont les groupes les plus vulnérables ? Quelle est l’accessibilité des soins ? Quelles mesures sont implantées par les autorités ? Quels résultats jusqu’à maintenant ? Dans le monde du développement, il faut des échelles. Entre le Liechtenstein et Haïti, les pays jouent à la « marche » musicale et l’ascension peut parfois être longue…En matière de SIDA, sur quelle marche de l’échelle la Serbie se situe-t-elle ? Quand on veut faire du développement, on détermine des problématiques tangibles. De ces problématiques découlent des objectifs et des objectifs spécifiques….Et bien évidemment, de ces objectifs découlent des indicateurs. Parce que pour mesurer des résultats, il faut les indiquer et les quantifier.
La tangibilité de mon entrevue se déroule à merveille. Docteure Svircovic me fournit du concret en quantité industrielle. À coup de chiffres, de statistiques, de données, d’indicateurs et de résultats, elle m’ouvre la porte vers le paradis de l’administration ! Puis, dans cet univers serbe, où la santé publique semble définie et calculable, Docteure Svircovic vient défier l’entièreté de ma logique en pausant un seul et unique geste. « Mind if I smoke ? » Puis, elle s’allume une cigarette. Que dis-je, une demi-quenouille serait le mot le plus approprié si je me fie à mes moyens cérébraux de quantification. Après son exaltation visible due à l’inhalation de nicotine, elle ajoute que s’il y avait plus de fumeurs en Amérique, il y aurait moins d’obèses !!! Une fois de plus, ma logique en prend un coup…À sa question, mon professionnalisme lui répond que non cela ne me dérange pas, bien évidemment. Mon fort intérieur, lui, tient un tout autre discours….Je tente mentalement d’effectuer un calcul rapide…Si je retiens mon souffle assez longtemps pour ne pas respirer dans cette minuscule pièce fermée tout en poursuivant l’entrevue, puis-je survivre le temps d’une demi-quenouille ? Et mon inquiétude sanitaire se poursuit…Puis-je tomber raide morte du fait que 1. Je suis assommée de l’échelle nominale utilisée en Serbie pour la fabrication de cigarette et 2. Je suis assommée par l’absurdité qu’un docteur en santé publique fume. Dans tous les cas, je me dis que si je subis une défaillance cardiaque due à l’une de ces trois causes, je suis entre bonne main. La réanimation goûtera le tar mais je survivrai. Après tout, elle est médecin !
Malgré mon asphyxie sévère et un changement drastique de couleur (bleuté je dirais !), j’ai appris que plus de 2050 personnes sont infectées du SIDA de façon officielle en Serbie. Il s’agit environ de 14 personnes sur 100 000. Ce n’est pas énorme mais c’est tout de même trop. Parmi les groupes les plus vulnérables, on y retrouve les travailleuses du sexe. L’ONG concentre ses efforts d’intervention en distribuant des condoms, en offrant des consultations médicales gratuites et un soutien psychologique professionnelle. Depuis l’année dernière, l’organisme a même ouvert un centre où ces femmes de la rue peuvent se réunir, discuter, consulter, apprendre l’anglais, suivre des cours d’informatique ou encore de coiffure. Les chiffres et les faits sont intéressants.
Puis, après la disparition complète de la demi-quenouille en fumée et un certain retour au pêche en ce qui a trait à ma couleur corporelle, je reprends mon souffle et enchaîne avec les questions qui tuent.
- Quels sont les principaux défis de l’organisme, selon vos indicateurs de résultats, qu’est-ce qui ne fonctionne pas ? À cela, apparemment, la réponse semble toujours évidente….Le manque de fonds. Le calcul s’avère simple et logique…Un manque de fonds entraîne un manque d’équipements, de ressources, l’offre ne correspondant pas toujours aux besoins. Dans cette situation, on panse la plaie et on se retrouve à plusieurs quenouilles complètes (mon nouveau mode de calcul !) d’un objectif de développement à long terme…On te donne un condom mais tu te prostitues toujours.
- Selon vos objectifs et vos indicateurs de résultats, à quoi attribueriez-vous votre plus grand succès ? Qu’est-ce qui est le plus grand facteur de succès dans votre organisme ?
Et Docteure Svircovic de répondre : la machine à café.
- « La quoi ? Pouvez-vous spécifier, Docteure, combien de machines à café car je dois quantifier et trouver dans quelles colonnes vont les machines à café. Est-ce un extrant ? Un intrant ? Un indicateur ? On calcule quoi ici exactement…des millilitres ?
- Demandez à ces femmes, elles vont répondront tous la même chose…Lorsqu’elles viennent au centre, ce qu’elles apprécient le plus, ce n’est pas les cours ou l’aide médicale que nous leur offrons…C’est la machine à café, où elles se rassemblent et se confient entre elles. En discutant ensemble, elles partagent leurs maux, leurs peurs, leurs problèmes, leurs idéaux. 2 extrants découlent de cette machine ajoute-t-elle. La réalisation de ne pas être seule dans la stigmatisation et une augmentation notable de leur estime de soi. En l’espace d’un instant (tané), ces femmes obtiennent ce qu’elles chérissent le plus au monde…la normalité, l’ordinaire, l’absence totale de discrimination. L’une est l’autre et l’autre est l’une.
Suite à cette réponse, ma logique disparaît soudainement en fumée 10 fois plus vite que la demi-quenouille de Docteure Svircovic (calculé au dixième près !)
- Mais Docteure, dans quelle colonne voulez-vous que je mette ça moi de l’estime de soi ? Non, mais est- ce que quelqu’un peut bien me répondre ? De l’estime de soi, ça se calcule comment ?????
Je termine mon entrevue, je retourne chez moi et je songe. Finalement, je n’aurai pas les images percutantes voulues (une fois de plus, mon désastre se poursuit !) car le lien de confiance entre l’ONG et ces femmes est crucial pour l’impact de leurs interventions. Mon droit de tournage s’avère limité mais j’avoue que maintenant cela m’importe peu car la rencontre fût valable.
La Serbie, dans toute sa cacophonie politique, ses efforts en matière de développement juridique et économique, son histoire et sa condition sociale, demeure complexe à déchiffrer. Mais une leçon apprise ici est que tout n’est pas chiffre justement. Dans le monde du développement, trop souvent, la tendance est au calcul, à la quantification. Sans vouloir totalement dénigrer la nécessité d’utiliser certains outils administratifs afin d’orienter nos actions, Docteure Svirovic m’a drastiquement rappelé que dans sa logique à elle, le qualitatif doit toujours être pris en compte car après tout, la science du développement traite d’êtres humains. N’est-ce pas logique ?
Je ne sais toujours pas dans quelle colonne indiquer ma machine à café. Et je ne sais pas quantifier le nombre de café requis pour augmenter substantiellement l’estime de soi d’une prostituée. Mais une chose est sûre, je sais que quelque part à Belgrade, des dizaines de femmes se sentent moins seules en se réchauffant le cœur et les mains autour d’une bonne tasse d’estime de soi.