Carnet de voyage

Jeudi, 10 juillet, 2008 - 07:32

26 juin 2008 

Pour 2$ canadiens, j'ai reussi a nourrir 6 enfants de la rue. Pour seulement 2$... ll faut dire que c'etait dans un restaurant assez souterrain. Il etait situe dans une allee sombre; il n'y avait aucun signe, aucun menu et aucune decoration a part les 2 tables et quelques chaises en plastiques. Le plancher n'etait pas termine et les murs auraient bien pu recevoir quelques coups de peinture. Vous pouvez constater que ce n'est pas la casa grecque, mais au moins on n'a pas besoin de reserver! C'est ces enfants de la rue qui m'ont amenes la bas lorsque j'ai accepte de leur payer quelque chose a manger.  

Les enfants de la rue

Afin d'effectuer un reportage, j'etais de retour a Mae Sot, ou on peut trouver plusieurs enfants qui mendient dans la rue. Ils errent autour des marches dans l'espoir de trouver soit de la nourriture, soit du plastique, du carton ou d'autres materiaux recyclables qu'ils echangent pour quelques sous. La nuit, ils dorment sous ce qu'ils peuvent trouver: des planches de bois, des boites en carton, etc.  

Mes parents viennent de Sarajevo, la capitale de la Bosnie, ou on peut egalement trouver plusieurs enfants qui mendient dans les rues, la plupart d'eux des Tsiganes (Gitans). N'importe qui qui habite dans une region ou il y a plusieurs mendiants vous dira qu'apres quelques jours, ou memes quelques heures, on developpe rapidement une resistance a l'envie de donner. Certains d'entres eux montent meme des scenarios fictifs pour inciter les gens a donner de l'argent par pitie. Je me souviens avoir vu assez souvent, a Sarajevo, une femme qui pleurait agenouillee sur son enfant qui faisait semblant de mourrir. La premiere fois, c'etait assez traumatisant a voir, mais quand on decouvre qu'elle fait la meme chose plusieurs fois chaque jour, on commence a developper des doutes sur la veracite de son acte.  

Ce phenomene n'echappe pas la Thailande ; il y a des petits enfants partout qui essaient de vendre des fleurs ou des colliers aux touristes. Toutefois, lorsqu'on donne de l'argent a des enfants de la rue, on ne sait jamais a qui l'argent va reellement et pour quelles raisons. La plupart du temps, leur donner de l'argent les eloigne des services sociaux auxquelles ils pourraient avoir acces. Cela les encourage a rester dans la rue, hors de l'ecole, et a continuer a mendier ou a vendre toutes sortes de choses. C'est pour ces diverses raisons que je prefere acheter de la nourriture aux enfants plutot que de leur donner de l'argent. 

Mes repas coutent habituellement beaucoup plus cher que ce que j'ai paye aux enfants. C'est surement parce qu'en tant qu'occidental, je suis habitue a plus de variete. Meme si l'idee de manger que du riz, des patates et un peu de legumes 3 fois par jour ne me semble pas etre si deplaisant que ca, je ne suis pas autant desespere a epargner de l'argent. C'est pourquoi j'opte pour les restaurants qui ont des menus.

Ce jour la, j'etais en compagnie de Cya, une Thailandaise qui travaillle pour Compasio (une ONG fondee par Allan Brown. Voir post precedent pour plus de details). Je l'ai rencontre lorsque je suis alle visiter une des maisons dont Allan et sa femme ont achetee pour quelques enfants qui autrefois dormaient dans la rue. Allan m'a raconte qu'Aisha et son petit frere Ali l'avaient approches lorsqu'il etait avec Cya dans un restaurant. Aisha, une fille d'environ 12 ans, quetait un peu d'argent pendant qu'Ali, age d'environ 1 an et demi, n'etait pas loin, accroupi entrain de faire ses besoins dans la rue. Aisha et Ali avaient une famille, mais ils dormaient dans la rue assez souvent car ils etaient terrifies de rentrer chez eux les jours ou ils n'amassaient pas assez d'argent, en raison des punitions corporelles qu’ils recevaient. Lorsque Cya a vu la peur dans les yeux des enfants, elle a decide de les heberger chez eux pour la nuit en attendant de trouver une solution a plus long terme. Plusieurs jours plus tard, elle a reussi a obtenir une permission de garde, et c'est a ce moment qu'Allan et sa femme ont achete une maison a Mae Sot pour les heberger de facon permanente. Cette maison abrite maintenant 6 enfants. Comme j'ai mentionne dans le post precedent, Compasio tente de procurer un abri secure, de la nourriture, une education et, comme Allan le dit si bien, surtout de l'amour pour les enfants qui sont consideres a risque.  

Lorsque je suis alle visiter cette maison, ce qui m'a le plus frappe, c'est l'affection que les enfants demontraient, meme envers moi, un etranger total. Aisha est venue vers moi et m'a embrasse en me remerciant. Thank you, thank you qu'elle disait, toute fiere des quelques mots anglais qu'elle savait prononcer. J'imagine qu'elle pensait que j'etais un ami d'Allan et que je meritais de me faire remercier pour ce qu'il faisait pour eux. Allan m'a confie que le comportement des enfants a drastiquement change en quelques jours. Au debut, ils etaient tous effrayes et ne sourriaient pas, mais a ce moment la, je les voyais sauter partout, jouer entres eux et avec les enfants d'Allan, et rire a haute voix.  

Aisha et son petit frere Ali dans ses bras

Les enfants de la maison Compasio

Dans le cas d'Aisha, Allan et Cya etaient particulierement inquiets pour elle car son age et ses conditions de vie etaient propices a la mener vers la prostitution. En plus, son caractere tres affectueux aurait facilement pu etre mal interprete entre de mauvaises mains et ainsi engendrer une situation que je decrirais d'horrible. Malheureusement, ces situations ne sont pas rares et plusieurs enfants doivent subir ces horreurs. Le trafic humain est egalement tres present en Thailande et de nombreuses jeunes filles en sont victimes.

Par ailleurs, je dois dire que c'est particulierement facile de s'attacher a des enfants comme ceux dont jai rencontre a Mae Sot. Leur passe sombre et leur joie de vivre combines ensemble creent de profondes marques dans l'esprit et procurent un sentiment d'espoir. Personellement, ca m'a inspire de nombreuses reflexions.  

Si on examine le premier objectif du millenaire, la definition de la pauvrete se limite a la pauvrete de revenu, ce qui est tout a fait acceptable etant donne que les autres objectifs parlent de d'autres formes de privation ou de denuement humain. Toutefois, lorsque je regarde une enfant rayonnante comme Aisha et que je la compare a un enfant en occident qui pense que la fin du monde approche parce qu'il ne pourra pas avoir un X Box a noel, ma vision de la pauvrete se retrouve tout a fait chamboulee. L'environnement dans lequel on vit forge notre caractere et notre facon de penser, ce qui m'amene a croire que le developpement, idealement, doit tenir compte de tous les aspects humains qui visent un bien etre commun et individuel. Tout semble interrelie, et c'est pour ca que tous les objectif du millenaire doivent etre interrelies et doivent etre examines en tant qu'un tout.

L'objectif 1 est de reduire de moitie la proportion de la population dont le revenu est de moins d’un dollar par jour. Je suis conscient qu'un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas, mais j'ai l'impression que cette conception de la pauvrete ne reflete pas la realite des conditions de vie dans les pays en developpement. Plusieurs personnes peuvent gagner 2$ par jour mais ne sont tout de meme pas en mesure de satisfaire leurs besoins alimentaires, leurs besoins de sante, de logement, d'education, etc. Le fait de delimiter la pauvrete d'une telle facon, il me semble, limite les aspirations au changement social et neglige la vision des objectifs en tant qu'un tout. Par exemple, l'objectif 3 parle des droits des femmes. Le rapport de l'ONU indique que sans egalite des sexes, ni la lutte contre la pauvrete, ni la faim, ni la maladie n'est possible. Un des buts de l'objectif est de combattre la disparite de revenu entre les sexes, ce qui contribuerait a diminuer la pauvrete. Toutefois, plusieurs de ces femmes gagnent probablement un salaire de plus de 1$ par jour et se retrouvent ainsi excluent du premier objectif. Peut-etre suis-je trop critique ? C'est possible. Neanmoins, toutes ces pensees me laissent sur cette inevitable question : Quels sont les besoins vitaux essentiels, au 21e siecle, qui doivent etres assouvis afin de permettre l'epanouissement de toutes les composantes qui structurent l'existence humaine ?  

P.S.

Pour ceux et celles qui n'avaient toujours pas remarque, un autre de mes reportages se retrouve maintenant sur le site de TVA. Le reportage s'intitule: Beaucoup plus qu'une ecole : http://tva.canoe.com/stations/cfcm/videos.html

Commentaires

Bonjour l’Aventurier,

Wow! Encore un ‘post’ passionnant qui nous donne envie d’être là bas avec toi pour voir et absorber tout cela.

Merci de nous avoir envoyé la petite vidéo de toi en bungy.
Ce que Dže avait a dire : ahhhhh! Y’est MALAAAAAAADE!!! C’est débile! Ahhhhhhhha ha ha ha haaaaaaaa!

Je viens tout juste de visionner ton nouveau reportage. Encore une fois BRAVO. J’ai beaucoup aimé. Le sujet et vraiment bien amené, les prises de vues sont exceptionnel, et en plus j’aime bien que ce soi toi qui fait la narration (tu parles très bien devant et derrière la camera!). Keap up the excellent work Tim!

Bonjour Tim!

Contente de voir que ton travail et toi se portent bien! Je ne suis pas surprise de constater que tu reagis a tout ce qui t'offre a toi de maniere sereine, ou plutôt chill comme tu dis...lol. C'est ce qui fait ta force.

J'ai lu ton article sur les enfants de la rue je t'encourage a continuer a ne pas leur donner des sous malgre les consequences qui peuvent s'en suivre car c'est la meilleure solution a long terme. Je te reconnais dans ta compassion habituelle lorsque tu leur achete de la nourriture. Comment ne pas aider son prochain specialement un enfant. Je te supporte totalement! Tes photos sont belles et ca me serre le coeur de voir nos petits freres et petites soeurs adores du monde entier dansde telle conditions. Je te suis reconnaissante de les aider car nous ne formons qu'un avec eux!

Je partage ta vision des choses et je me pose exactement la meme question que toi concernant les besoins vitaux humains essentiels au 21e siecle. Je continue d'y penser lors de mes longues heures a velo et on s'en reparle a ton retour ce sera un sujet fort interessant.

Bonne chance pour le reste de ton periple peace out et je vais regarder tes reportages a mon retour car les ordis que je trouvent ne sont pas equipespour ca.

Lache pas ce que tu fais presentement t'apportera beaucoup!

P-S Meme commentaire que Dzemal concernant le Bungy!loooool

Mel

Je dois admettre ouvertement que les enfants sont mon « dada ». Je deviens remplie de fureur lorsque j’apprends que des enfants sont trafiqués, que d’autres mendits dans la rue et plus tragiquement que certains se prostituent pour des touristes friqués.

Je n’arrive pas à concevoir cette réalité où les mères placent « volontairement » leurs enfants dans ces conditions. Volontairement, c’est à dire qu’à leurs yeux la meilleure alternative devant eux pour obtenir de l’argent pour se nourrir, se loger et assurer un semblant de sécurité est de demander à ses enfants de quémander ou même de les vendre.

Je suis aussi d’accord avec toi que je m’habitue, contre mon gré, rapidement de cette mendicité lorsque je suis à l’étranger. Comme si mes idéaux ne tenaient plus la route lorsque je me retrouve devant « cette enfant menteur dans le rue me quémandant de l’argent. Comme si c’était vrai qu’il était pauvre! ».

Puis, je suis d’accord qu’il est souvent plus avantageux d’amener ces enfants manger au restaurant sans affiche dans le fond d’une ruelle, parce que du moins la personne lui demandant de quémander ne pourra pas lui enlever la nourriture de l’estomac – à moins de le faire vormir – et que l’argent ne pourra pas se faire voler sur la routedu retour à la maison.

J’aime aussi lorsque tu écris que « L’environnement dans lequel on vit forge notre caractère et notre façon de penser ». Définitivement, cette expérience à l’étranger forge mon caractère et modifie ma manière de penser. Surtout, je deviens de plus en plus critique face à l’énoncé du millénaire – tellement minimisateur. Mais je me dis qu’un c’est sans aucun doute un pas dans la bonne direction.

Rien n’est parfait dans ce monde, parce que si ce l’était, la vie serait tellement plate. T’imagines, aucun défi à relever!

À la question que tu lances dans les dernières lignes, je dois admettre qu’elle est assez philosophique et qu’un certain temps, voire des années, me sera nécessaire à formuler une réponse...

De Arusha, Guillaume

Mon cher Mišac,

Je viens de regarder tes reportages que je n’ai pas pu voir à Sarajevo, car la connexion pour l’Internet est trop lente et les cafés Internet bondés de touristes aumois de juillet. Tes reportages sont excellents : les images extraordinaires, les textes bien amenés. Je vois que tu réussis à te rapprocher des gens, qu'ils te font confiance et que t'a la facilité d'être à côté d'eux. Je suis très fière de toi pour tout ça. J’ai tellement hâte de te revoir et t’entendre parler de toutes tes expériences. J’imagine que des nuits entières nous ne seraient pas assez longues.

Voli te puno tvoja mama

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