Carnet de voyage

Samedi, 5 juillet, 2008 - 06:45

4 juillet, jour de l’indépendance des États-Unis, jour de fête et de liesse pour nos voisins du Sud. Même ici, au fin fond de l’Afrique, l’américain célèbre sa chère patrie, symbole de liberté et de démocratie… ouais bon… Pour la première fois de ma vie, j’ai pris part aux festivités, sur l’invitation express de M. l’Ambassadeur lui-même ! Il faisait un ‘garden party’ à sa résidence.

Après avoir bien vérifié que mon nom (ou plutôt le nom de la personne dont j’avais récupéré l’invitation et que je représentais fièrement !) était bien sur la liste, après être passée par le détecteur de métal, après avoir fait fouiller mon sac (non, non, je ne m’apprêtais pas à prendre l’avion !!!), j’ai pu pénétrer à l’intérieur de l’enceinte (lire ici haute palissade de béton coiffée de barbelés) et j’ai reconnu le goût des grandeurs bien américain ! Un immense terrain bordé d’arbres géants, de buissons et de fleurs, un court de tennis, une vaste piscine creusée avec ‘pool house’ attenante. On oublie vite que, de l’autre côté du mur, les 8 à 11 millions de kinois (habitants de Kinshasa) n’ont pas tous accès à l’électricité ou à l’eau courante potable. Et que dire du reste du pays !?

Je suis arrivée juste à temps pour les hymnes nationaux et le discours en français cassé de l’ambassadeur. Les États-Unis, pas l’entremise de leurs agences de coopération et d’aide internationales (USAID et OFDA) sont un important bailleur de fonds en RDC. Certains programmes d’ACF sont d’ailleurs financés par les deniers de l’oncle Sam.

La partie protocolaire terminée, vint le temps des ‘tites bouchées’. Pour célébrer la diversité étatsunienne, les différentes parties du pays étaient représentées à travers leur spécialité culinaire. On m’avait prévenue, mais je n’avais pas voulu y croire, et pourtant ce fut le cas : on nous a servi des mini-burgers et des mini-hot-dogs ! Toutes les bouchées arboraient de mini-drapeaux et on s’essuyait le bec avec des serviettes de papier en forme de bannières étoilées! Patriotisme quand tu nous tiens !!

Comme j’y suis allée seule et que mon réseau est encore assez restreint à Kinshasa (aucun visage connu à l’horizon !), je me suis dirigée vers le groupe de jazz qui jouait au clair de lune sous les palmiers et j’ai apprécié leur musique. J’ai finalement engagé la conversation avec une très sympathique congolaise dont le mari travaille au ministère des affaires étrangères. On a discuté un long moment, c’était très agréable. On a échangé nos numéros de portable, peut-être nous reverrons-nous?

Mais détrompez-vous, cet épisode tiers-mondain n’est pas représentatif de mon quotidien! Mon travail commence à prendre forme. Entre autres occupations, j’accompagne le chef de mission dans diverses réunions d’organisations humanitaires, pour rencontrer les partenaires et éventuellement le représenter pendant ses vacances (du 15 juillet au 15 août !) ou quand il ne pourra pas y aller.

Tous les vendredi, c’est la réunion HAG (humanitarian advocacy group), organisée pas OCHA, l’agence de l’ONU qui s’occupe de coordonner les activités humanitaires dans le pays. C’est l’occasion pour les ONG, les agences de l’ONU et la MONUC (les casques bleus en RDC) de partager l’information sur la situation humanitaire et sécuritaire. J’étais assez impressionnée !

Evidemment je n’ai rien dit, (à part pour me présenter à tout le monde), mais j’ai beaucoup observé et absorbé. C’était très intéressant ! C’est comme si ça donnait un sens et une réalité à ce qui peut paraître si loin, si théorique quand on ne l’a jamais vu. Ces jours-ci, il y a un dossier chaud qui concerne les expulsés de l’Angola. Pour faire une histoire courte et simplifiée, depuis plusieurs années de nombreux africains (congolais, mais aussi d’Afrique de l’ouest) se sont rendus en Angola espérant profiter des mines de diamants. Leur statut n’a jamais été trop clair, ni réglo. Mais voilà que le gouvernement angolais a décidé unilatéralement de les expulser de son territoire et de les refouler de l’autre côté de la frontière, en RDC. Et le gouvernement congolais n’est pas d’accord d’accueillir ceux qui ne sont pas ses ressortissants.

Que faire de ces gens ? D’un point de vue strictement humanitaire, voire humain et éthique, il me semble qu’il faut les aider (ils n'ont rien! ni vivres, ni eau, certains sont malades, blessés...), mais d’un point de vue politique, c’est plus délicat, car ces gens n'ont pas de statut en RDC, ils n'ont pas les papiers requis pour rester. En tant qu’ONG on est apolitique et neutre, mais quand les problèmes politiques ont des répercussions humanitaires, on marche sur une fine ligne. La solution n’est certes pas humanitaire, ce qui n’empêche pas qu’une action en ce sens puisse être requise. J’ai beaucoup lu sur ce genre de situations et de questionnements pendant mes études, je ne pensais pas que j’en verrais une se dérouler devant moi, et surtout que je serais témoin de la réponse des ONG, de l’ONU, etc.

Ces questions humanitaires m’intéressent beaucoup. Elles baignent en pleine zone grise avec des considérations aussi bien géo-politiques, humanitaires, éthiques, organisationnelles, stratégiques, sécuritaires, qu'économiques… C’est un aspect qui, pour moi, donne un sens au travail quotidien. Au-delà des rapports à rédiger, de la gestion courante pour faire tourner la machine, la finalité de tout cela revient tout simplement aux questions humanitaires, aux humains qui souffrent et qui subissent.

Commentaires

Message a la rédaction;

Vos histoires sont vraiment palpitantes et on a vraiment l´impression d´être a vos côtés en RDC.

Toutefois, vos lecteurs aimeraient savoir la suite du message intitulé Impressions premieres ... Est-ce que vous avez réussi à mettre en oeuvre votre résolution? Faites vous du sport? Quel type de sport faites vous? Ou vous rendez-vous ? Les lecteurs sont intrigués car pour ceux qui ont déja voyagé dans certaines régions d´Afrique il est facile de savoir que les installations sportives sont parfois peu nombreuses et difficiles a trouver. Pouvez-vous nous éclairer?

Ici a Esteli au Nicaragua il y a des supers cours de danse donnés par un prof qui se pense dans Flashdance…Juste pour ce cours ca vaut le détour a Esteli.Si jamais vous passez dans le coin...

Merci

Une fidèle lectrice

Catherine
Esteli Nicaragua

Pendant que nous nous préparons à ralentir le rythme et profiter de la chaleur de l'été, tu seras au coeur de l'action. Je pense à toi et j'ai hâte de lire tes prochaines réflexions. La réalité dépasse sûrement ce que tu avais imaginé. Bonne chance !

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