Carnet de voyage

Vendredi, 6 juin, 2008 - 23:38

Il y a quelques jours, je voyageais de nuit dans un bus a 2 etages qui m'amenait a Mae Sot. Le trajet etait plutot paisible. Les seuls bruits qu'on entendait ou presque, etaient ceux des emissions thais qui jouaient a la tele. A un moment donne, l'autobus s'est arrete et des officiers d'immigration sont embarques et ont fait sortir quelques personnes. Mae Sot est une ville pleine de refugies et de migrants birmans qui viennent en Thailande, soit pour des raisons economiques, soit pour fuire le regime militaire, ou tout simplement, en attente d'immigration dans d'autres pays comme les Etats-Unis, le Canada ou l'Angleterre. Le gouvernement thailandais semble tolerer ces migrants et refugies birmans a Mae Sot mais a installe des “check points” un peu partout pour empecher ceux-ci d'aller ailleurs.

Un benevole que j'ai rencontre la bas m'a explique que plusieurs Birmans paient des sommes assez elevees afin de pouvoir venir secretement a Bangkok pour y travailler. Lorsqu'ils ramassent assez d'argent, la facon la plus economique de retourner en Birmanie est de prendre le bus, se faire arreter par des officiers d'mmigration et se faire deporter. Bien sur, il y a egalement beaucoup de cas ou les gens sont deportes sans le vouloir intentionellement.

Il existe une enorme economie benevole souterraine a Mae Sot. La majeure partie des gens qui viennent faire du benevolat y vont pour fournir de l'aide aux refugies et aux prisonniers politiques de la Birmanie. Certains gens disent que la communaute birmane a Mae Sot est plus grosse que la communaute thai. Les Birmans, pour la plupart, n'ont pas de statut legal et ne peuvent pas avoir acces aux soins medicaux ou a l'education thai.

La clinique Mae Tao s'occupe de fournir les soins de sante dans la region. J'etais venu a Mae Sot initialement pour faire un reportage sur la clinique, mais finalement les procedures pour pouvoir filmer etaient de loin trop compliquees. La clinique occupe un statut semi legal. Beaucoup de gens contestent sa legitimite car les employes qui offrent les soins la bas, bien qu'ils recoivent des formations, n'ont aucune certification reconnue. Pour cette raison, je me suis fait rediriger dans le domaine de l'education. Je suis alle voir l'ecole CDC, ou Child Development Center, qui est finance par CUSO, une ONG canadienne. L'ecole va de la garderie jusqu'a l'annee 12, donc ils offrent l'education primaire et secondaire. L'ecole sert egalement de logement pour une grande partie des eleves qui n'ont pas d'habitation. Je suis alle filmer l'ecole et j'ai interviewe une professeure qui m'a donne plusieurs infos sur la situation de l'education dans la region, et plus particulierement sur l'ecole CDC.

J'ai egalement rencontre un Anglais qui travaille avec VSO, l'equivalent de CUSO pour l'Angleterre. Il s'occupe de preparer des curriculums, bases sur l'education thai et anglaise mais adaptes aux besoins des jeunes, pour les ecoles de Mae Sot. En parlant de l'objectif du millenaire lie a l'education avec lui, il m'a explique que le focus en ce moment etait beaucoup sur l'acces a l'education. Il m'a dit qu'il pensait qu'il devrait y avoir beaucoup plus d'efforts investis sur la retention scolaire. Beaucoup trop d'eleves commencent le primaire, et meme le terminent, mais abandonnent apres. Il y a extremement peu d'eleves qui restent pour faire leur secondaire. Il a ajoute que peut etre que l'ONU devrait rajouter a leur objectif certains programmes de retention scolaire qui permettraient aux eleves de continuer leur education apres le primaire. D'apres lui, dans cette region specifique, terminer le primaire n'est pas assez si on veut vraiment ameliorer les conditions de vie. Le probleme c'est que la pauvrete est tellement elevee chez les migrants et les refugies birmans que les parents ne peuvent pas se permettre de laisser leur enfant a l'ecole quand il pourrait travailler et ramener de l'argent a la maison. J'ai cru comprendre qu'habituellement, c'est a la fin du primaire que les parents retirent leurs enfants des bancs d'ecole.

Apres avoir filme mon reportage sur l'ecole CDC, je suis partie a Chang Rai afin d'aller voir les tribus montagnardes. C'est un cooperant de CUSO qui m'a accueillie et m'a explique la situation des tribus. La majorite des tribus ont immigres en Thailande pour fuire des conflits politiques et pour repondre a leurs besoins environnementaux. Ces tribus pratiquaient la culture par brulis. Donc, ils brulaient la vegetation avec du feu afin de creer des champs. Cette pratique se faisait de maniere cyclique et exigeait un mode de vie semi nomade. Plus tard, lorsqu'ils revenaient sur le meme territoire, normalement la terre avait le temps de se regenerer donc ca ne causait pas vraiment de problemes environnementaux. C'est lorsque les pratiques commerciales sont entrees dans le décor qu'il est apparu une surexploitation des sols deja degrades. Certaines tribus ont commences a faire leur culture dans des zones escarpees, ce qui a accelere l'erosion. A cause des politiques du gouvernement thai contre la deforestation, les tribus montagnardes ont ete expulsees des zones forestieres, sans se faire offrir des solutions.

Chez les differentes populations thais, les tribus montagnardes sont definitivement parmis les plus defavorisees. La majorite d'entre eux ne savent meme pas c'est quoi un acte de naissance, donc la plupart n'ont pas de citoyennete thailandaise. Le concept des frontieres leur etait inconnus auparavant. A cause qu'ils n'ont pas de citoyennete, ils ne peuvent pas avoir acces aux services publics comme l'education, la sante, les prets du gouvernement pour les fermiers, etc. Plusieurs organisations non gouvernementale essaient de les aider en fournissant des formations aux fermiers pour tenter d'adapter leurs methodes traditionelles d'agriculture avec des methodes plus modernes. Il y a egalement des groupes qui s'occupent de preter de l'argent aux fermiers et d'aider les montagnards qui vivent en Thailande depuis des generations a obtenir le statut legal de citoyen.

En ce qui me concerne, je vais toujours bien. Je me considere plutot chanceux d'avoir un ami quebecois en Thailande qui parle le thai. Chaque fois que j'ai des problemes de communication, j'apelle son numero et je dis: “Phil, j'ai besoin de tes talents d'interprete!” Apres un bon rire d'environ 5 secondes, je lui explique ce que je veux dire a la personne concernee et hop, il regle tout pour moi. D'ailleurs, un employe de Fedex etait suppose venir chercher ma casette a 5h PM le 3 juin a mon hotel. Moi qui pensais que j'avais toute la journee pour completer ma narration pour mon reportage, j'ai vu arriver l'employe de Fedex un peu apres midi. Bien sur, je n'avais pas encore fait ma narration alors j'essayais de lui faire comprendre, sans succes, qu'il devait attendre 15 minutes, le temps que je m'enregistre. Apres de longs regards confus de sa part, j'ai decide d'apeller Philippe pour qu'il lui explique ma situation. Apres quelques mots thai, dont je ne comprenais absolument pas le sens, et quelques “ahan, ooooooh” en signe d'approbation, il s'est assis sur la chaise dans ma chambre. J'en ai conclu qu'il avait compris et qu'il m'attendait. Pendant que je m'efforcais a terminer mon enregistrement en vitesse, une femme de menage est venue cogner a ma porte. Pour cette raison, et je m'en excuse, quelqu'un a TVA va entendre ma narration interrompu par un cris:”Can you come back in 15 minutes, I'm busy now!” J'espere toutefois que le resultat final, malgre les intemperies, sera adequat. Sur ce, a la semaine prochaine.

Timur

Commentaires

Allo Tim,
Wow! Contente de voir que tout semble bien se dérouler, t'es chanceux de t'etre trouver un ami québecois qui semble bien parler thai. J'ai bien aimé voir ta tronche lorsque tu t'es fait enlacer par un tigre... prends soin de toi et merci pour les nouvelles détaillées!

Ciao mon cher Timur,

Très beau texte sur les réfugiés. Je voudrais remercier à ton ami Philippe pour son aide précieux, et ravi de voir que tu te débrouilles aussi bien dans des situations compliquées. Je suis très contente de voir que malgré le temps très court (une semaine), tu réussis bien à te déplacer sur de grands territoires, de rencontrer des gens, d'enregistrer les images vidéo et de faire tes textes. Nous sommes très fiers de toi! Bravo!

Bonne continuation et bonne chance pour la suite !
ta maman
XXXX

WASSSSSUUUUPPP TIMMMMMMMMMBOOOOOOOUUUSSSS !!!!

Je lis un bouquin en ce moment qui s'appelle l'homme nomade, c'est une fresque historique qui part de la prehistoire jusqu'a aujourd'hui. En parlant des nomades modernes, il a justement mentionne les montagnards thailandais dont tu parles. Partout dans le monde, les nomades non-touristes sont les gens les plus defavorises du monde entier. Le livre est tres interessant, il est ecrit dans l;optique que l'histoire de l'humanite n'est qu'un long combat entre les nomades qui innovent, revolutionnent et inventent, et les sedentaires, qui avec le temps s'ecroulent toujours, tombent dans la lethargie culturelle, physique, sociale et spirituelle et tentent toujours de controler, sedentariser les nomades et les obliger de ''s'integrer'' a la civilisation...
En tous cas, nous autres nomades riches voyageurs, disons que nous sommes epargnes. Dis moi, pourrais tu dans ton prochain post parler un peu des animaux et de l'environnement, les dechets et la pollution ? Je suis curieux a propos de ces sujets. Mais encore une fois, un post tres interessant, bien ecrit et surtout tres pertinent. En effet, tu es tres chanceux d'avoir un interprete a portee de la main. J'en ai un egalement a Berlin en ce moment, ce qui simplifie considerablement les choses hehehe !

Ton bro qui t'aime beaucoup,

MC Master

Hello Cousin,
Je suis d’accord avec ton frère, ce serait très intéressant d’en connaître sur l’état de la pollution et comment la nature s’en sort maintenant au travers ces pays.
Je suis toujours tes aventures :

…Les Aventures de Timur
L’Explorateur du Lointain…

(Ce n’ai qu’un ‘je’ cette fois-ci car Dzemal travail tout le temps
– il a déjà fait 31 heures en 2 jours!)
Nous t’aimons beaucoup et continue de faire très attention à toi!

N.B. J’aime beaucoup pouvoir avoir des nouvelles de Oggy aussi par ce blog.
Hé Og nous avons nos billets d’avion!!

Mon cher Timur,
je t'ai déjà écrit mais ça n'apparaît pas dans les commentaires. J'ai beaucoup aimé suivre tes traces et tes explications. Fais attention à toi mais profite de tout pour connaître de nouvelles cultures et d'autres mentalités. Cela fait mûrir très vite.
Je t'embrasse bien fort.
Ta tante espagnole

Mon cher Timur, Je t'ai déjà écrit mais ça n'a pas apparu. J'ai beaucoup aimé suivre tes traces et tes explications. Fais attention à toi mais profite de tout pour découvrir de nouvelles cultures et d'autres mentalités.
Cela fait mûrir très vite.
Je t'embrasse bien fort.
Ta tante espagnole

Salut Tim!!

J'espère que mon commentaire va apparaître cette fois-ci! Définitivement, tu as une sensibilité culturelle et tu sembles retirer beaucoup de ton voyage! Tu est un très bon communicateur, c'est ma seule lecture durant mon voyage, et elle me divertit beaucoup! (J'aimerais pouvoir lire des livres comme Og le fait présentement, mais je dois bien regarder la route car lire sur un vélo...;) )

Tu es définitivement en train d'apprendre sur les autres, sur toi, et en plus tu constateras d'autres changements sur ta personne a ton retour, avec un nouveau regard. Tu fais bien de ne pas te laisser ébranler par les différences, il faut les noter, les accepter et apprendre, le choc n'est pas obligatoire! Je t'admire et je t'encourage.

Bien des choses a toi, et bonne continuation!

Melina

P-S Je n'ai pas de son pour ton reportage mais ta tête avec les tigres m'a fait rigoler, tout comme Lolotte!

À la lecture de tes aventures, j’arrive à comprendre que tu te promènes énormément et que tu établis plusieurs contacts. C’est sympathique ça!

Ironiquement, j’avais la même discussion quant au taux de rétention des étudiants entre le primaire et le secondaire dans les dernières semaines. Rapidement, ma discussion a pris un tournant vers l’éducation universitaire.

En mangeant un plat de currie à Kampala, une amie d’une amie me racontait comment les familles de la région accumulaient des dettes incroyable afin d’envoyer leur enfant à l’université. Ils croient qu’en ayant une éducation universitaire, un avenir prospère est devant eux. Bien souvent, ces jeunes diplômés ne peuvent obtenir d’emploi parce qu’ils sont surqualifiés et, à ses dires, n’accepteraient pas les sous-métiers. « Pardonnez-moi, mais j’ai une maîtrise en finance ».

Je suis d’accord avec l’énoncé que les objectifs, voire les programmes de développement en éducation, devraient prévoir des programmes de rétention des enfants dans la système scolaire. Or, comment favoriser cette appproche lorsque même si éduqué, la situation économique de la région ne leur permet pas de trouver un emploi. Les 5 ou 10 ans investit – en temps – dans une éducation de qualité deviennent rapidement une dette morale et financière à l’endroit de sa famille. Bien souvent, il aurait été avantageux de passer ces années à supporter les activités économiques de sa famille élargies. Ironique, non?

« What comes first? » C’est une excellente question, mais sans doute sans réponse. La question n’est pas nouvelle et les pistes de solutions ne sont pas uniques.

« Where do we start? » Après tout, le développement n’est-il pas un processus dynamique où tous les acteurs espèrent que les morceaux du casse-tête s’emboîteront prochainement.

Une des réalités que je me suis mises à accepter lors de ces dernières semaines en Afrique de l’est est l’importance de l’économie. Au même titre qu’une éducation sexuelle est le nerf de la guerre pour la lutte contre le VIH / Sida, l’accès à de l’argent est le nerf du développement.

Deux points pour appuyer ce propos.

À Kampala, j’ai assisté à une conférence internationale sur la santé reproductive en situation d’urgence. Beaucoup de conférences, de banquets, de vins et de bières ont permis à plus de 400 personnes d’assister à des séminaires sur le thématique. Un des présentateur a su rappeler à tous les acteurs présents qu’après tout la santé reproductive « it is all about sex! ».

À Arusha, j’ai visité la maison de la famille d’un enfant bénéficiaire d’un programme que j’ai visité. J’ai longuement parlé avec sa grand-mères, sa mère et ses tantes. Accumulé, ils ont perdu près de 6 enfants avant l’âge de 5 ans. Vers la fin de la discussion, je leurs ai demandé : « Si vous pouviez changer une chose dans votre situation, laquelle serait-elle? Eux de me répondre : « La maison ». Et moi d’ajouter : « Qu’est-ce qui vous en empêche? » Eux d’avouer l’évidence : « L’argent ».

Le sexe et l’argent! Il ne cherche pas l’éducation, la protection de l’environnement, voire même la réduction de la mortalité infantile. Les personnes que je rencontre quotidiennement recherchent de l’argent afin de bâtir une nouvelle maison adéquate pour leur famille, de l’argent afin de nourrir correctement leurs enfants. J’avais bien l’impression qu’ils se balançaient du taux de mortalité infantile – voire à priori. Bien évidamment perdre un enfant n’est pas la joie pour ses femmes, mais à la tête de leur priorité : trouver de l’argent afin de diminuer la dureté de leur existence.

J’aime lire tes publications!

De Arusha, Guillaume

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