Carnet de voyage

Vendredi, 27 juin, 2008 - 09:37

Jeudi, le 19 juin 2008
Keur Gbeul, Sénégal
9h50

À 120km de la frontière du Mali, l'autobus roule à environ 40km/h dans un chemin accidenté de terre battue. Si tout va bien, nous en avons pour 36 heures afin de parcourir les 1250 km séparant Dakar de Bamako (capitale du Mali).

Nous sommes partis hier, mercredi, à 18h de Dakar.

Mon intention initiale était d'emprunter le train mythique reliant ces deux villes avec l'intention d'effectuer un reportage chemin faisant. Suite à une discussion avec le chef de gare, j'ai acheté mon billet le mardi pour le mercredi 13h50. Arrivée à la gare à l'heure d'embarquement, ah non le train ne part pas aujourd'hui. Revenez demain, même heure, me dit le préposé au guichet. Suite à une nouvelle discussion avec le chef, je décide de me faire rembourser et me voici ainsi dans le bus bien bondé. Même les places de l'allée sont occupées. Nous sommes, attendez je compte les rangées (12 x5) 60  dans ce vieux bus à la suspension solide.

Les bagages sur le toit doivent faire 2 étages. Beaucoup de marchands traversent les frontières afin de vendre leurs marchandises de l'autre côté de la frontière.

Un spectacle nocturne se déroule de minuit à 7h du matin. Cordés comme des sardines chaque humain doit combler son besoin primaire de dormir. Cependant, il n'y a pas d'espace pour appuyer sa tête. Les têtes se promènent donc dans une chorégraphie avant-arrière, gauche-droite incessante.

Nous sommes comme des cousins qui dorment tous ensemble dans le lit d'une tante à Noël. Les gens font les choses tous ensemble. Il y a une symbiose qui unit ce mouvement.

Jeudi, 5h du matin

A 5h cette nuit, l'autobus arrête au milieu de nulle part, dans la savane du Sahel. Milieu semi-désertique qui varie en fonction des pluies. Actuellement en période d'hivernage, il s'agit de quelques averses et le paysage se transforme. À la grande joie des troupes de buffles, de chèvres et d'autres animaux d'élevage qui peuvent brouter tranquillement cette verdure naissante et rapidement abondante.

5 heures du matin, donc, pouf! Crevaison dans ce décor dépourvu de vie humaine. Mon voisin Ivoirien, me sort de mon demi-sommeil en me disant que nous avons crevé. Allons voir. Le calme plat de la nuit et la brise fraiche caresse la peau gentiment. La pleine lune ajoute à l'ambiance surréaliste du paysage.

Trois hommes observent le pneu crevé, le responsable du bus et les 2 mécanos armés d'un petit outil et d'une bonbonne permettant de souder au besoin. Cinq messieurs font pipi à quelques mètres dans la savane, les femmes peu nombreuses restent dans le bus. Des lumières au loin, un camion passe et continue sa route. Ce qui nous arrive semble normal. Tout le monde est détendu. Trois hommes sont étendus au bord de la route en avant du bus. Position précaire à mes yeux, mais quelle bonne idée que de profiter de cette malchance pour s'étendre à la belle étoile. Un homme voulait me laisser sa chemise sur laquelle il s'était étendu. Non merci ca va ainsi. Nous sommes restés ainsi une trentaine de minutes à sommeiller tout doucement dans la savane à la pleine lune. D'autres sont venus nous rejoindre au sol en avant du car. Tous partagent les mots du silence.

Jeudi, 14h16

Tout allait bien, l'autobus filait à environ 45 km/h depuis 5 minutes, les trous se faisant moins nombreux. L'équipe à l'avant se met à parler en wolof, mon voisin ivoirien me dit qu'ils trouvent que ca sent bizarre. Puis PAF, un bruit sourd retentit et l'autobus penche soudainement du côté gauche. La suspension vient de prendre congé.

En moins de 2 minutes, l'ensemble des passagers est regroupé tranquillement en dessous des arbres en bordure de la route. Il est 14h, nous sommes au plus chaud de la journée. Il doit faire 45 degrés à l'ombre me lance calmement mon éternel ami et voisin ivoirien qui me suit partout. Même si je vous écris ou lis un livre, sa belle présence sereine m'accompagne.

Pendant ce temps, les mécanos nous fournissent une douce musique métallique. En moins de 2 heures, ils retaperont la suspension. Soudure et tout ce que cela implique...

Jeudi, 19h48

Elle est moins drôle celle-là.

Je dormais paisiblement et profondément lorsque soudain la poussière pénétrant dans le bus me réveille. L'autobus arrête. Tous dehors une autre fois, j'apprends en écoutant les camarades que nous avons frôlé la catastrophe. Roulant à toute vitesse, environ 100km/h, sur une route enfin belle, le pneu arrière droit s'est désintégré. Gardant péniblement la route, le chauffeur a évité le pire. Lors du bris de l'après-midi mon ami ivoirien avait parle au chauffeur du pneu fissure. Rien ne fut fait.

Pour les Africains, il y a un ordre invisible qui contrôle le monde. Ainsi, nos nombreux problèmes mécaniques furent attribués à une passagère d'une vingtaine d'années. Tout récemment mariée, elle n'a pas respecté une tradition qui veut qu'une jeune femme se lave d'une façon spécifique. Pendant que les mécanos réparaient le véhicule, encore une fois, la jeune femme s'est donc lavée pour ensuite entrer la première dans le car. Ainsi, le fait d'avoir un véhicule mal entretenu, des pneus fissurés en plus d'être ''sur'' surchargé, n'a rien avoir avec nos déboires.

Samedi, 21 juin
9h45

Encore sur la route...

Trois jours et trois nuits dans l'autobus à la belle étoile, nous voilà à la porte de Bamako. Environ 120 km à faire. La joie est de retour puis boum... un 9e ou 10e  bris mécanique. Jusqu'à maintenant, les mécanos ont résolu la suspension, remplacé 2 pneus désintégrés, changé la courroie, chargé la batterie. Cette fois-ci?

Tout comme les autres fois, le groupe sort du véhicule avec calme et sérénité.   

Commentaires

Vraiment... à lire ton périple, je dois admettre mon sentiment de culpabilité à devoir prendre l’avion entre Kampala et Zanzibar parce que mon assurance ne me permet pas de traverser le Kenya. Ayoye! Non, mais quel périple... typique de ce coin du monde.

Et la jeune fille mariée, responsable de tous ces tracas mécaniques. Pourtant, elle le savait qu’elle devait se laver d’une certaine manière. Vraiment, pas fort!!!

Non, mais blague à part. Je crois que nos périples méritent d’être contés. Outre les apprentissages en lien avec les objectifs du millénaire et au MBA en développement international et action humanitaire, une grande leçon d’humilité se cache derrière nos aventures africaines.

En regardant derrière les péripéties laissant familles et amis bouchebée – comme par exemple parcourir 3000km pour brancher un disque dur externe dans l’ordinateur l’ayant mis hors-service suite à une panne de courant – des apprentissages de la vie sont facilement mesurable.

Espérant que la route du retour sera moins longues, moins sinueuse...

Et puis, non...

Je te souhaite toute qu’une aventure de retour vers Dakar, ça te fera quelque chose à raconter à tes enfants!

Allah’Am’Dulilaye.

De Arusha, Guillaume

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