Dimanche, 8 juin 2008
15h22
Quelque part entre Kaolack et Dakar, mon épaule gauche contre celle de ma voisine et la droite contre celle de mon voisin. Au Sénégal, ces bon vieux ''station wagon'' Peugeot, souvenir de l'ancienne colonie française, 7 places promènent les voyageurs partout sur le territoire à 5$ par personne pour 250km.<p><p>
Pendant les 3 prochaines heures voir plus, le paysage aride du Sahel défilera sous nos yeux. Propice à l'observation et au recueillement, le trajet malgré la proximité des corps s'effectue en silence.<p><p>
Lors de notre passage à travers un village, les splendides vendeuses de la route tenteront de nous attirer avec de magnifiques sourires et en brandissant les bras énergiquement. <p><p>
Je quitte à l'instant Amy Sarr, la présidente d'une association de femmes entrepreneures. Afin de se prendre en main et de contribuer à la sante économique de leur famille et de leur communauté, ces femmes se sont réunies afin d'unir leur force et de s'organiser. Certaines sont couturières, teinturières, productrices de jus ou de céréales. C'est le cas d'Amy qui achète des céréales et effectue la transformation en couscous et en 4-5 autres produits qui se retrouveront dans les assiettes de Sénégalais et même à l'étranger. La production maison d'Amy et c'est le cas de le dire, tout s'effectue de la maison familiale (garage, cours, cuisine et couloir pour la vente directe). De plus, la maison au complet met la main à la pate.<p><p>
En Afrique, les enfants sont matures très tôt. Un enfant de 2 ans sénégalais agit comme un enfant de 7 ans dans les sociétés occidentales. ''Ils doivent se débrouiller'': me lance simplement Amy.<p><p>
Cette jeune grand-maman sait de quoi elle parle. Après avoir élevé ses 5 enfants, elle s'occupe maintenant de ses petits-enfants et des plus jeunes enfants (3) de sa sœur. Où trouve-t-elle le temps pour s'occuper de ces magnifiques enfants, de la maison, de son mari et de son entreprise?<p><p>
Plus de 50 femmes font partie de l'association dont Amy est présidente. Des femmes courageuses et travaillantes qui se battent pour le statut de la femme. Certaines filles se marient à 15 ans et enfantent dés lors. En découle, un taux élevé d'analphabétisme, d'abandon scolaire et une grande dépendance envers le mari.<p><p>
Mon voisin de gauche semble s'être assoupi sa tête vient de plonger librement vers l'avant. Ma voisine de gauche elle se cache du soleil le plus efficacement possible (elle a hérité du côté soleil). Ma position du centre est précaire, dans l'éventualité d'un accident, je file directement entre le pilote et son voisin percuter le pare-brise déjà craqué, ce qui faciliterait mon passage. Les ceintures dans ces véhicules? Oui absolument, pour tenir les pantalons.<p><p>
La belle Adama, 7 ans, vit chez sa grand-mère Amy depuis sa plus tendre enfance. Sa maman, la fille d'Amy, vit et travaille à Dakar avec son conjoint. Ils visitent Adama quelques fois par mois.<p><p>
Un des fils d'Amy vit en Italie. Pharmacien de profession, il effectue de la supervision dans une usine au nord de l'Italie.<p><p>
Les fonds entrant au Sénégal en provenance de la famille vivant à l'étranger constituent le meilleur moyen de lutte contre la pauvreté.<p><p>
Dès mon entrée dans sa chaumière, je me sens chez-moi. Amy s'organise pour qu'il en soit ainsi. Tout juste entré, Amy m'invite à manger le plat sénégalais traditionnel le ''Thiebou diene''. Une assiette copieuse de riz, poisson et légumes. Un véritable délice. Le tout est arrosé d'un coca-cola bien frais. Fais comme chez-toi. La douche est là, ta chambre ici. Tu es chez-toi ici. L'effet Amy se fait rapidement sentir, je me sens à l'aise, tout-à-fait chez-moi alors qu'il y a 10 minutes Amy était une parfaite étrangère.<p>
La fille de Jose, un espagnol de 66 ans rencontré la semaine dernière, mariée à un Sénégalais qu'elle a rencontré à Paris. Venu s'installer à Dakar, sa fille a vendu la maison que Jose lui avait léguée. Désempare, il me confiait que sa fille vivait désormais dans un appartement loué et n'avait plus l'argent de la maison. Ce montant a été partagé à l'ensemble des membres de la famille de son époux.<p><p>
''Je passe te chercher ce soir pour aller voir le spectacle d'amis espagnols au Centre-ville, j'ai le camion de la famille'': me propose-t-il. Après avoir passé 3 mois à Dakar au domicile de sa fille, il retourne en Espagne heureux de son séjour.<p><p>
De mon côté aussi, Amy, la famille et la charmante et rayonnante Adama du haut de ses 7 ans, m'ont donné tout ce qu'il faut et plus encore.






Salut David,
J'aime bien ta reflexion sur ta position precaire (celle du centre) dans le vehicule...Quand j'embarque dans un bus ici, j'essai toujours de penser quelle place est la meilleure pour survivre a un accident...
Apres etude, et reflexion, je ne l'ai pas trouve!! et toi?
Cath
Bonjour David,
Merci infiniment pour cette description qui nous permet d'imaginer les situations, les paysages et les personnes; de ressentir vos sentiments.
Je vous souhaite une bonne continuation et d’autres belles rencontres,
Amra Ridjanovic
L’accueil sénégalais – impossibilité québécoise.
Cette publication me rappelle que les conditions d’accueil à laquelle je suis confronté sont uniques et difficilement possible au Québec.
Une impossibilité culturelle me rappelle qu’au pays d’où je viens l’accueil à ses limites. « J’espère qu’il ne restera pas longtemps – moins d’une semaine s.v.p ».
Et que la proximité physique dans un taxi, une voiture ou un autobus se traduit en arrogance. « Quel con, y s’est assoupi sur mon épaule! Monsieur, monsieur, réveillez-vous, mon épaule n’est pas une chambre d’hotel! »
Que des fillettes de 15 ans donnant naissance relève d’une incongruité mathématique. « Quelle dévergondée. Les condoms n’existent pas chez eux! »
Qu’une ceinture de sécurité est obligatoire. « Monsieur l’agent, je portais ma ceinture. » Et lui de répondre « C’est une farce ou quoi! » Et moi de dire « Non mais c’est une question de sémantiques et de vocabulaires – votre définition d’une ceinture est légitime, tout comme ma définition d’une ceinture – relativisme culturelle, monsieur l’agent »
Merci pour ce brin de réalité africaine.
De Arusha, Guillaume